•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Confiné avec la femme de sa vie dans une maison de soins palliatifs

François Reny regarde son épouse Denise Champagne droit dans les yeux.

François Reny et son épouse Denise Champagne

Photo : Fondation Michel-Sarrazin

Mourir seul représente une peur que plusieurs patients en fin de vie ont affrontée en cette période de pandémie. Si plusieurs sont décédés dans des circonstances déchirantes, d’autres peuvent vivre leurs derniers moments côte à côte. Un homme raconte son confinement avec son épouse dans une maison de soins palliatifs.

Denise Champagne, atteinte du cancer, a pu obtenir une place à la Maison Michel-Sarrazin, à Québec, le 14 mars dernier. La veille, le premier ministre François Legault annonçait la fermeture des écoles pour deux semaines.

À ce moment-là, son mari François Reny ne se doutait pas encore que la COVID-19 allait frapper de plein fouet les milieux de soins. Quelques jours après, on s’est rendu compte qu’on était doublement chanceux qu’elle soit acceptée pour vivre du mieux possible ces dernières semaines, souligne-t-il.

Puis, peu de temps après, la santé publique a ordonné une interdiction de visite. Afin d’éviter que des patients meurent seuls, la Maison Michel Sarrazin a demandé d’autoriser la présence d’un proche aidant humanitaire auprès du patient.

On m’a donné le choix de quitter et de revenir seulement quand Denise serait en fin de vie, ou de rester confiné pour les semaines et les mois à venir. Donc, le choix était simple, j’ai décidé de rester confiné.

François Reny

Le proche aidant humanitaire devait rester 24 h sur 24 auprès du patient. Il aidait les équipes soignantes pour donner les soins, ce qui réduisait les besoins en bénévoles à la Maison et, par le fait même, les risques de faire entrer le virus dans la Maison, explique la porte-parole Sophie Gingras, précisant qu'aucun cas n'a été déclaré jusqu'à présent.

Depuis le début de la pandémie, la maison de soins palliatifs a été obligée de réorganiser ses équipes de travail, incluant ses infirmières et ses bénévoles. Considérant qu'un grand nombre de bénévoles est âgé de 70 ans et plus, les proches aidants humanitaires ont permis d'ajuster le tir.

J’ai assumé le rôle d’un bénévole, comme ça, j’assiste l’infirmière avec les soins de Denise, ajoute François Reny, qui dort sur un lit pliant, tout près de son épouse.

Les mesures ont été allégées le 13 avril dernier, et les patients peuvent désormais obtenir la visite de trois proches par jour, un à la fois.

Un coup de foudre

Denise Champagne aura 68 ans le 18 juin prochain, si son corps veut bien traverser les prochaines semaines.

Depuis 2009, elle a été frappée par un cancer du sein, puis un lymphome. Après plusieurs traitements, les spécialistes ont suggéré au couple de profiter des dernières années.

On se préparait mentalement et émotionnellement à l’inévitable, explique François Reny, qui est tombé amoureux de son épouse en juin 1990.

On s’est rencontrés sur la terrasse du Louis Hébert, dit-il en riant. Il se réjouit de pouvoir passer ces derniers moments avec la femme de sa vie.

C’était le coup de foudre! À ce moment-là, j’habitais en Angleterre, comme je venais deux fois par an au Québec pour rencontrer des clients, j’ai jumelé voyage d’affaires avec voyage personnel. Je venais en vacances ici.

Finalement, François Reny s’est installé au Québec auprès de Denise Champagne, avec qui il s’est marié le 7 mai 1997.

François Reny donne un baiser sur le front de son épouse.

François Reny profite de tous les moments avec son épouse Denise Champagne.

Photo : FONDATION MICHEL-SARRAZIN

Un bonheur à la fois

Depuis quelques semaines, François Reny quitte sa douce durant quelques heures pour faire des courses. Mais le reste du temps je suis là, sans faute, souligne-t-il.

Il est à son chevet la nuit pour lui venir en aide au besoin. J’aime être là, disponible, à 1 h, 2 h du matin. S’il y a quelque chose, ça fait plaisir de l’aider à se tourner dans le lit ou si elle a soif de lui donner à boire.

Je sais que les infirmières de nuit sont là pour le faire, mais le fait que je sois là, ça leur permet de se consacrer aux autres personnes.

François Reny

Les jours de Denise sont maintenant comptés. Son état se dégrade de jour en jour. Malgré tout, François Reny s'accroche aux petits bonheurs.

Ce matin elle voulait un changement. Au lieu d’avoir un œuf brouillé, elle a dit : “Oh, ça serait bon d’avoir une omelette avec du fromage dedans”. J’ai demandé ça au chef, et c’était beau de voir son sourire ce matin quand elle s’est délectée avec une omelette au fromage, des petits plaisirs comme ça pour ensoleiller chaque jour.

Constatant ce que certains proches de patients en fin de vie ont pu vivre durant la pandémie, François Reny s'estime chanceux. Sincèrement, je pense que tout le monde mérite ça, c’est le plus beau cadeau qu’on peut donner à un couple aimant, être ensemble jusqu’à la fin de nos jours.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Santé publique