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Esquisse du réseau structurant de transport en commun de la Ville de Québec montrant le passage de la ligne de tramway sur le campus de l’Université Laval

La Ville de Québec croit que la construction de son réseau structurant de transport en commun contribuera à la relance économique.

Photo : Ville de Québec

Baisse de l’achalandage dans les transports en commun, regain de popularité de la marche et du vélo, retour à l’auto solo pour certains : la crise sanitaire a jusqu’ici bouleversé les habitudes de déplacement des Québécois. Si plusieurs de ces changements ne sont que temporaires en raison du caractère ponctuel de la crise, ils donnent néanmoins matière à réflexion quant à l’avenir des différents modes de transport.

L'avènement du télétravail à vitesse grand V a réduit considérablement le nombre de déplacements sur le réseau routier au cours des dernières semaines. Dans ce contexte, certains s’interrogent sur la pertinence de financer à coups de milliards des infrastructures comme le tramway et le troisième lien, d’autant que la mise sur pause de l’économie a obligé les gouvernements à s’endetter lourdement.

Je pense que ces projets-là devraient être presque mis sur la glace et être revus suite à ce qui va arriver avec notre transport dans les prochains mois et les prochaines années, a déclaré cette semaine le président de Mallette, Mario Bédard, en entrevue à TVA.

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Québec, Jean-François Gosselin, s’interroge également sur la pertinence de ces deux projets.

Vue en contre-plongée du pont de Québec et du pont Pierre-Laporte depuis la Rive-Sud du fleuve Saint-Laurent. La photo a été prise lors d’un coucher de soleil.

Jean-François Gosselin en a surpris plus d’un en remettant en question le projet d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Les investissements qui devront être consacrés à l’amélioration des soins et des services offerts aux aînés, dont la crise a révélé les nombreuses failles, obligeront les pouvoirs publics à établir des priorités, dit le chef de Québec 21.

Quelle est la pertinence encore des grands projets? Là-dedans, j’inclus le tramway, j’inclus aussi le troisième lien. Les coûts, la pertinence, les impacts, tout ça doit être réévalué, insiste M. Gosselin.

Oui au tramway, non au 3e lien

S’il est d’accord pour que le projet de troisième lien soit mis de côté, le directeur général d’Accès transports viables, Étienne Grandmont, croit que le projet de tramway demeure pertinent, surtout dans le contexte économique actuel.

C’est un projet qui est extrêmement porteur pour l'économie du Québec, mais il est aussi extrêmement important pour les autres enjeux comme les changements climatiques et l’étalement urbain sur le territoire agricole, affirme M. Grandmont en entrevue à Radio-Canada.

Étienne Grandmont accorde une entrevue à Radio-Canada à l’extérieur, dans le quartier Limoilou, durant une journée de printemps.

Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables

Photo : Radio-Canada

Il ajoute que la crise sanitaire a mis au jour notre dépendance à l’endroit du transport en commun. Sans lui, bon nombre de travailleurs des services essentiels n’auraient pas été en mesure de poursuivre leurs activités durant la pandémie, fait remarquer le directeur général.

Étienne Grandmont soutient que la baisse d’achalandage est ponctuelle et finira par se résorber.

La demande en déplacements va demeurer élevée au sortir de la pandémie de COVID-19 et on aurait tout intérêt, comme société, à privilégier les options qui vont nous amener vers la mobilité durable.

Étienne Grandmont, directeur général, Accès transports viables

Selon M. Grandmont, les gouvernements, notamment ceux des villes, doivent aussi repenser l’aménagement du territoire pour faciliter les déplacements actifs comme la marche et le vélo, que ce soit en ajoutant des kilomètres de pistes cyclables ou en élargissant les trottoirs.

Deux jeunes femmes circulent en tandem sur la piste cyclable longeant le boulevard Champlain, à Québec. On aperçoit, à l’arrière-plan, le pont de Québec et le pont Pierre-Laporte.

Étienne Grandmont invite les villes à mettre en place des aménagements temporaires pendant la crise pour encourager le recours aux transports actifs.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

En attendant que la population recommence à utiliser les transports en commun en grand nombre, il est important de lui offrir d’autres options, fait-il valoir.

Changements durables

Jean Dubé, professeur agrégé à l’École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional (ÉSAD) de l’Université Laval, évoque pour sa part la possibilité que des personnes s’étant tournées vers les transports actifs durant la crise modifient leurs comportements de mobilité de façon durable.

Les ménages prennent [...] un pas de recul, et peut-être que ce pas de recul sera de dire : "Bien, écoute, j'ai changé des habitudes dans les dernières semaines, puis finalement, sais-tu, je ne suis pas si malheureux que ça pour certains trucs et, effectivement, je vais peut-être essayer d'intégrer de nouveaux éléments dans ma routine ou changer ma routine", explique M. Dubé.

À l’instar d’Étienne Grandmont, il est d’avis que la demande pour le transport en commun demeurera forte au sortir de la pandémie, et ce, malgré la montée en popularité du télétravail.

Jean Dubé accorde une entrevue à Radio-Canada dans son bureau à l’Université Laval.

Jean Dubé, professeur agrégé à l’ÉSAD

Photo : Radio-Canada

L’apparition d’horaires mixtes incluant le travail à distance et en présentiel pourrait même inciter des ménages à revoir leur rapport à l’automobile, avance Jean Dubé.

Ce sera peut-être un déclic pour [les] gens, plutôt que d'avoir deux voitures dans le stationnement, on va en prendre une seule [parce que] je fais moitié télétravail, moitié travail présentiel, explique-t-il.

En plus, en évitant l'achat d'une deuxième voiture, je viens pratiquement d'augmenter mon revenu au bout de l'année.

Jean Dubé, professeur agrégé à l’ÉSAD, l’Université Laval

S’ouvrir à de nouvelles idées

Le moment de recul qu’offre la crise aux ménages pourrait également profiter aux gouvernements. Sans vouloir jouer aux donneurs de leçons, Jean Dubé pense que les autorités gagneraient à écouter ce que les experts au sein de la fonction publique ont à dire depuis longtemps puis qu'on a mis un petit peu de côté pour d'autres prérogatives.

Ce sont des gens qui réfléchissent à la ville et qui la connaissent mieux que beaucoup de personnes. Donc, c'est peut-être un moment, en fait, pour essayer de s'ouvrir à ces idées-là, suggère le professeur agrégé.

De son côté, Étienne Grandmont soutient que la crise offre une fenêtre d’opportunité pour aller de l’avant avec les changements fondamentaux que requiert une économie plus verte.

Le faire dans un contexte où l'économie fonctionne à plein régime, où le taux de chômage est très bas, c'est très difficile à faire. Alors que là, tout est arrêté, c'est peut-être le bon moment pour réorienter le bateau, plaide M. Grandmont.

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