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La station CBEF de Windsor fête ses 50 ans

Des écouteurs et une bague de micro portant le logo de Radio-Canada

Nouveau studio de Radio-Canada à Windsor

Photo : ICI Radio-Canada/Marine Lefèvre

Aux premières loges des luttes linguistiques et identitaires, la station de Radio-Canada est depuis 50 ans le reflet de la vitalité et de la résilience de la communauté francophone de la région.

C’est le jour de la Fête de Victoria, le 18 mai 1970, que les résidents du Sud-Ouest de l’Ontario entendent pour la première fois une émission de Radio-Canada produite localement à Windsor.

Chez nous, on était bien francophone. On avait la paroisse francophone, l’école francophone, mais il nous manquait quelque chose. Il nous manquait la radio et quand c’est arrivé tout le monde était bien content, se souvient Ursule Leboeuf qui réside alors à Pointe-aux-Roches.

Il faut dire que cela fait plusieurs années que les membres de la communauté francophone réclament au gouvernement fédéral une antenne de Radio-Canada dans la région.

En 1963, l’Association de la radio-télévision françaises du Sud de l’Ontario (ARTF) est fondée par des militants qui réclament d’abord une station pour Toronto, ce qu’ils obtiennent en 1964 avec l’inauguration de CJBC. Une section de l’ARTF est aussi créée pour Windsor avec le même objectif*.

La communauté doit finalement attendre sept ans avant d'obtenir une fréquence dans la ville du Sud-Ouest.

Au coeur des batailles de la communauté

À son ouverture, la station compte une dizaine d'employés. La programmation se limite aux nouvelles et à une émission le matin. Mais, elle prend rapidement de l’ampleur sous les auspices des premières équipes, notamment celles dont fait partie Mina Grossman Ianni, future directrice de la station.

C'est en 1971 que celle-ci fait ses débuts à Radio-Canada à Windsor alors qu'elle vient d'arriver dans la région.

Je cherchais quelque chose à faire. Je cherchais à être professeur de français, mais il n’y avait pas de poste. Y avait un poste à la station française de Radio-Canada explique-t-elle.

C’est le premier directeur, Lionel Forestier, qui l’embauche pour faire des annonces d’intérêt public. Elle est alors directement payée à partir de la petite caisse, lui explique le comptable de l'époque Jean-Guy Lessard.

Au cours des années 70, CBEF s’enrichit de plusieurs émissions. Les équipes organisent aussi des concerts et participent à de nombreuses émissions spéciales. 

On faisait tellement de choses à part les émissions, se rappelle Mina Grossman. On avait toute sorte d'émissions à distance. On faisait sortir les journalistes dans la communauté. On avait beaucoup de succès avec ça. On avait vraiment un impact.

La radio est au cœur de toutes les grandes luttes de l’époque aux côtés de la communauté que ce soit pour l’obtention  d’une école secondaire francophone ou la création du centre communautaire francophone.

Je n’ai jamais oublié la grande rencontre qu’on a eue avec la communauté qui a abouti finalement à l’achat de Place Concorde, explique Mme Grossman.

On faisait partie d’un grand réseau francophone dans la région : les écoles, la station française, les églises. Vraiment, on faisait partie de tout ça.

Mina Grossman Ianni, ancienne directrice de la station de Radio-Canada à Windsor

Au fil des années, de nouvelles émissions apparaissent. Une émission du midi sur le monde agricole, une émission d'affaires publiques en fin d'après-midi, une émission le samedi animée par des jeunes et une émission du dimanche. Les francophones du Sud-Ouest ont alors jusqu'à 37,5 heures de programmation locale par semaine.

Un pilier culturel

Pour l'écrivain Paul-François Sylvestre, CBEF joue un rôle essentiel, notamment en diffusant la culture francophone.

Il y avait évidemment les nouvelles locales et régionales, mais il y avait aussi cette présence culturelle. CBEF était un imprésario, estime-t-il.

Dans les années 1980 surtout, de nombreux artistes se produisent dans la région à l'invitation d'une des figures importantes de la station d'alors, Paulette Richer.

Elle faisait venir des artistes et enregistrait le spectacle. On parle d'artistes comme Robert Charlebois, Renée Claude, Tex Lecor, Zachary Richard. Et c'était rediffusé ensuite sur les ondes nationales, note M. Sylvestre.

Radio-Canada à Windsor contribue aussi à la visibilité de la région par le biais notamment de concours, comme Ontario Pop, qui met en valeur des artistes locaux.

Selon Carole Papineau, auditrice depuis toujours, ce qui fait alors la force de CBEF, c'est son omniprésence dans la communauté.

C’était notre lien culturel, vraiment. Avec toutes les émissions, il, y avait toujours quelque chose qui accrochait les jeunes autant que les plus âgés. C’était tout le monde qui était accroché dans ce temps-là à la radio, note-t-elle.

CBEF était partout avec nous autres, il était toujours là.

Carole Papineau, auditrice et ancienne employée de Radio-Canada

C’est aussi le souvenir d'Ursule Leboeuf, ancienne présidente du Centre culturel Saint-Cyr de Pointe-aux-Roches.

Comme présidente, j’ai fait venir beaucoup d’artistes et puis CBEF nous a toujours appuyée, nous a fait connaître des artistes à travers le Canada et puis ça donnait un nom à Pointe-aux-Roches. Ça a été très important, souligne-t-elle.

Les années difficiles

Après deux décennies d'essor, les choses se compliquent dans les années 1990. Le diffuseur public subit des restrictions budgétaires et Windsor n'y échappe pas. Dès lors, le nombre d'employés et d'émissions ne va jamais cesser de baisser.

En 2009, la direction de Radio-Canada décide de fermer la station de Windsor. Il n'y reste plus que deux personnes : le journaliste Gérard Malo et l'animateur Charles Lévesque, qui n'a plus que de courtes fenêtres à l'émission matinale de Toronto pour parler du Sud-Ouest de l'Ontario.

La communauté s'organise rapidement pour créer le mouvement SOS CBEF afin de sauver la station.

Quand on a appris que ça partait, on s’est débattus, on a fait des appels à tous et on a été capables de garder notre radio

Carole Papineau

En 2013, SOS CBEF obtient gain de cause auprès du CRTC. L'organisme fédéral impose alors à Radio-Canada une licence spécifique pour la station de Windsor qui prévoir la diffusion de 15 heures de production locale chaque semaine.

Aujourd'hui, la station compte sept employés. L'équipe produit pour la radio l'émission Matins sans frontières tous les jours de la semaine de 6 h à 9 h et des bulletins de nouvelles provinciaux. Les contenus de la page Web Ici Windsor complètent la production locale pour informer les francophones de la région.

Depuis 2019, CBEF a aussi élargi son aire de diffusion jusqu'à la région de Sarnia grâce à l'installation d'un nouvel émetteur.

Les artisans de CBEF

Au fil des années, de nombreux journalistes, techniciens, recherchistes et animateurs sont passés par CBEF. Beaucoup y sont venus apprendre leur métier.

Au début on a répondu à un besoin de la communauté. Après on a eu beaucoup d’émissions spéciales, on a eu besoin de beaucoup de gens. C’est vrai qu’on est devenu comme une école.

Mina Grossman

Mais comme pour toutes les écoles, une fois la formation terminée, ces personnes sont allées découvrir d'autres horizons. Plusieurs sont encore à l'antenne de Radio-Canada d'un bout à l'autre du pays, d'autres se sont joints à d'autres médias, certains ont tout simplement quitté le métier.

* Avec les informations du site Web du Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa

Avec des informations de Charles Lévesque et Mathieu Cordeau

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