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Ce « message d’un policier » contre le dépistage est rempli de fausses informations

Capture d'écran d'un article intitulé "Ne vous faites pas dépister" et une publication Facebook sur le même sujet. Le mot "FAUX", écrit en lettres majuscules, est transposé sur l'image.

Ce message circule depuis au moins le 7 mai en France.

Photo : Capture d'écran / Montage photo

Un message viral appelant à ne pas se faire dépister et affirmant que la COVID-19 est « un plan international d'asservissement et de réduction des populations » a été partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux dans la dernière semaine. Néanmoins, il contient plusieurs fausses informations, dont certaines qui circulent depuis longtemps et qui ont déjà été démenties.

PLANDEMIE/MESSAGE CAPITAL D'UN POLICIER QUE JE TRANSFERE TEL QUEL. Le lobbying est en train d'être activé dans toutes les entreprises et dans les médias pour une vaccination de masse, signale le début du message en question.

Son origine exacte est inconnue, mais il circule depuis au moins le 7 mai en France, selon Conspiracy Watch (Nouvelle fenêtre). Il s’est rendu jusqu’au Québec en étant copié-collé à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux en plus d’apparaître sur des blogues conspirationnistes. Ce billet contenant le message, publié sur La Table Ronde, un site connu de désinformation, a été partagé plus de 5000 fois.

Capture d'écran d'un article intitulé "NE VOUS FAITES PAS DÉPISTER", écrit en lettres majuscules.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cet article a été partagé plus de 5000 fois.

Photo : Capture d'écran

L'identité du policier qui serait l'auteur du message n’est jamais révélée.

L’étymologie de la COVID-19

Selon cette publication, COVID-19 signifie « certificate of vaccination identity » (certificat d’identification de vaccin) et le « 19 » représente les première et neuvième lettres de l’alphabet (A et I). AI est l'abréviation d’artificial intelligence, ou intelligence artificielle en anglais.

Ce n'est pas le nom du virus mais celui du Plan international d'asservissement et de réduction des populations élaboré depuis des dizaines d'années et lancé en janvier 2020 lors du dernier DAVOS. NE VOUS FAITES PAS DÉPISTER !, poursuit-on.

Cette affirmation sur l’étymologie de la maladie (et non du virus) est non fondée. Elle circule d’ailleurs sur les réseaux sociaux, en anglais, au moins depuis le début d'avril, selon Reuters (Nouvelle fenêtre).

Le virus lui-même s’appelle en fait coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2), et son nom a été choisi par le Comité international de taxonomie des virus (ICTV) le 11 février 2020 (Nouvelle fenêtre).

Une image de synthèse d'un bétacoronavirus comme celui causant la COVID-19.

Le virus s'appelle coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère, ou SRAS-CoV-2.

Photo : Reuters / Nexu Science Communication et le Trinity College

Ce comité, qui publie chaque année depuis 1971 une classification des virus connus, a choisi ce nom, car le virus est génétiquement apparenté au coronavirus responsable de la flambée de SRAS de 2003, explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site web (Nouvelle fenêtre).

Le jour même du classement du virus par l’ICTV, l’OMS a officiellement baptisé la maladie causée par le virus SRAS-CoV-2 « COVID-19 », pour « COronaVIrus Disease (maladie à coronavirus) 2019 », l’année d’apparition du virus dans la ville de Wuhan, en Chine.

Mentionnons également qu’il n’existe pas de Plan international d'asservissement et de réduction des populations et que les seules mentions de ce plan sur le web sont dans des articles ou des publications qui reprennent le message dont il est question dans cet article.

L’idée que la pandémie est un événement orchestré de dépopulation mondiale est souvent répétée sans preuve dans les sphères conspirationnistes. Nous en avons d’ailleurs déjà fait mention dans un article précédent qui traitait de théories complotistes visant le milliardaire philanthrope Bill Gates.

Virus inactif

Passé 70 jours, le virus est inactif, nous avons passé ce cap, poursuit le message.

Cette déclaration est fausse et ne semble pas être appuyée par une quelconque source fiable. Le scientifique militaire, ancien ministre et mathématicien israélien Isaac Ben-Israel a toutefois fait les manchettes à la fin d'avril (Nouvelle fenêtre) pour avoir avancé la même idée dans un article autopublié. Il s’est basé sur les courbes d’évolution du virus dans plusieurs pays pour arriver à cette conclusion.

Isaac Ben-Israel a un air sérieux.

Isaac Ben-Israel est président de l'agence spatiale israélienne.

Photo : afp via getty images / ROMAIN LAFABREGUE

L’article a été vertement critiqué par plusieurs spécialistes, dont l’ancien directeur de santé publique israélienne Gabi Barbash. J’exhorte de ne pas laisser des mathématiciens – qui ne savent rien de la biologie – déterminer quand nous mettrons fin aux mesures de confinement, a-t-il réagi en entrevue à la chaîne Channel 12.

Invité par cette chaîne à fournir davantage d’explications sur son raisonnement, le professeur Ben-Israel a répondu (Nouvelle fenêtre) ceci : Je n’ai pas d’explications. Il y a toutes sortes de spéculations. Peut-être que c’est lié au climat, ou le virus a une durée de vie.

Et ce n’est pas non plus parce que les cas d’infection par le virus diminuent dans une région qu’il ne peut pas revenir en force. On voit d’ailleurs déjà un certain rebond des cas dans des pays qui ont récemment entrepris leur déconfinement, comme l’Allemagne et la Chine.

Ce qui réactive le virus, c’est un terrain immunitaire affaibli par la vaccination. Celle qu’ils comptent nous injecter (7 vaccins plus terribles les uns que les autres) est une véritable descente aux enfers visant à une dépopulation massive à plus de 80 %, dit ensuite le message viral.

L’idée que le virus se « réactive » en raison d’un terrain immunitaire affaibli par la vaccination est non seulement fausse, mais elle entre également en contradiction avec l’idée d’inactivité du virus après 70 jours, mentionnée à peine quelques mots plus haut.

Le but d’un vaccin est en fait d’immuniser une personne contre une maladie infectieuse en stimulant – et non en affaiblissant – son système immunitaire, explique l’OMS sur son site web.

Et malgré la mobilisation sans précédent de la communauté scientifique, il n’existe présentement aucun vaccin contre le SRAS-CoV-2. Plus d’une centaine de projets de recherche ont été entamés partout dans le monde et une dizaine d’essais cliniques sont déjà en cours, mais il faudra au moins un an à un an et demi avant qu’un vaccin ne soit disponible, selon les autorités canadiennes.

Encore la 5G

Le texte poursuit sur sa lancée au sujet de l’affaiblissement du système immunitaire en faisant des liens avec la 5G, la cinquième génération du réseau de communications mobiles au coeur de plusieurs théories du complot entourant la COVID-19 depuis plusieurs semaines.

Joint à ça, la 5G qu’ils installent dans toutes les villes du monde pour affaiblir nos défenses immunitaires, peut-on y lire.

C'est une tour de télécommunication.

L'idée que la 5G a un lien avec la pandémie de COVID-19 a beaucoup circulé dans les médias depuis quelques semaines.

Photo : getty images/istockphoto / Ta Nu

Or, la 5G ne comporte pas de risques pour la santé humaine, selon la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), le corps scientifique international chargé d’établir les limites d’exposition aux radiations.

Depuis 2011, les champs de radiofréquences sont considérés comme « peut-être cancérigènes » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) (Nouvelle fenêtre) de l’OMS, mais il faut souligner que le café, les boules à mites et l’aloe vera se trouvent aussi dans la même catégorie.

Les radiofréquences sont classées ainsi, parce qu’au moins une étude a trouvé un lien possible entre elles et une sorte de tumeur au cerveau, mais le CIRC considère que ces preuves sont plutôt « limitées ».

Notons également que l’OMS a compilé un dossier (Nouvelle fenêtre) sur la présumée nocivité des radiofréquences regroupant environ 25 000 articles scientifiques publiés sur les effets biologiques et les applications médicales des rayonnements non ionisants.

Sa conclusion? Les données actuelles ne confirment en aucun cas l'existence d'effets sanitaires résultant d'une exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité. Toutefois, notre connaissance des effets biologiques de ces champs comporte encore certaines lacunes, et la recherche doit se poursuivre pour les combler.

Il est donc impossible de dire hors de tout doute que la 5G ne comporte aucun danger pour les gens, mais la communauté scientifique semble presque unanime sur la question. Chose certaine, par contre, elle n’est pas installée dans nos villes dans le but d’affaiblir nos défenses immunitaires, contrairement à ce qui est avancé dans la publication virale.

Le complot du dépistage

Toutes ces déclarations sont suivies d’un long passage qui constitue la plus grande part du texte, où sont avancées plusieurs fausses informations au sujet des tests de dépistage de la COVID-19.

En résumé, le message exhorte les gens à ne pas se faire dépister, parce que « les tests ne sont pas fiables » et qu’ils produisent intentionnellement un taux élevé de faux positifs. Le but présumé? « Faire croire au monde entier que le monde est malade » dans le but « d’imposer la vaccination » aux gens.

Une fois vaccinés nous serons tous malades, affaiblis... Et la suite vous la connaissez…

Une femme subit un test de dépistage de la COVID-19.

Québec veut réaliser 14 000 tests de dépistage du SRAS-CoV-2 par jour.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

On affirme dans un premier temps que les fabricants de tests le disent, aucun des tests ne peut détecter le virus SRAS-CoV-2, mais seulement une infinitude de petits virus inoffensifs ou déchets de cellule qui font naturellement partie de notre microbiote.

C’est faux. Les tests de dépistage moléculaires, qui servent à détecter une infection en cours, cherchent spécifiquement à trouver des séquences génétiques propres au SRAS-CoV-2 dans des échantillons. Ceux-ci sont prélevés dans le nez, à l’arrière de la gorge ou dans le crachat, comme l’expliquent les centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) sur leur site web (Nouvelle fenêtre). Le génome du SRAS-CoV-2 a d’ailleurs été séquencé (Nouvelle fenêtre) par les chercheurs chinois en février.

L’autre sorte de test de dépistage, soit le test sérologique, cherche plutôt à savoir si une personne a déjà été infectée grâce à un échantillon sanguin dans lequel on peut trouver des anticorps spécifiques du virus.

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Le message soutient ensuite que les gens testés apparaîtront de plus en plus positifs sur les tests, avoisinant les 90 %, toujours dans le but d’imposer la vaccination aux gens.

Toutefois, c’est un peu moins de 12 % des personnes testées au Québec (36 238 sur 310 868) qui ont été déclarées positives en date du 14 mai (Nouvelle fenêtre). En France, pays d’origine du texte viral, le taux de résultats positifs est légèrement plus élevé, dépassant tout juste les 12 % (77 2825 sur 635 689) à pareille date (Nouvelle fenêtre).

La publication se conclut en affirmant que l’État français imposerait le dépistage aux élèves qui retournent en classe dans le but de dépister les adultes. C’est faux, comme l’explique l’AFP dans son article de vérification de faits (Nouvelle fenêtre), et le dépistage systématique des enfants n’a pas non plus été mis en place au Québec, où les écoles primaires à l’extérieur du Grand Montréal ont rouvert leurs portes cette semaine.

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