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4100 traversées sans passagers sur les traversiers de Terre-Neuve l'an dernier

Un homme vêtu d'équipement protecteur sur un quai où un traversier est accosté.

L'an dernier, plusieurs traversiers terre-neuviens n'ont transporté aucun passager, sauf l'équipage, de 20 % à 30 % du temps.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Les traversiers à Terre-Neuve ont effectué plus de 4100 traversées sans passagers l’an dernier.

Ce bilan représente plus de 10 % des 38 000 trajets effectués par les 12 services de traversiers reliant différentes régions terre-neuviennes en 2019-2020.

Les traversiers desservant le sud de Terre-Neuve, l’une des régions les plus isolées au Canada, ainsi que le traversier de Little Bay Islands, un village relocalisé en décembre 2019, sont ceux qui ont fait le plus de traversées sans passagers.

Le traversier Gaultois–McCallum–Hermitage était vide presque 30 % du temps. Les traversiers de Rencontre East et de Southeast Bight n’ont transporté personne une traversée sur cinq.

Par comparaison, les trois traversiers les plus achalandés de Terre-Neuve – ceux de l’île Bell, de l’île Fogo et de St. Barbe–Blanc-Sablon – ont effectué des traversées sans passagers moins de 5 % du temps.

Des réductions de services à l’horizon

Le ministre provincial des Transports et des Travaux publics, Steve Crocker, explique qu'il est normal d'effectuer un petit nombre de traversées sans passagers.

Parfois, un bateau quitte son port d’attache avec plusieurs passagers, mais doit faire le chemin du retour en étant vide. Certains traversiers font des allers-retours entre plusieurs villages, ajoute-t-il.

Mais il admet que le faible achalandage des traversées sur la côte sud de Terre-Neuve doit changer et que les résidents doivent s’attendre à des réductions de service.

Portrait de Steve Crocker

Le ministre des Transports et des Travaux publics, Steve Crocker.

Photo : Radio-Canada

Le ministre Crocker rappelle que la province a déjà lancé deux appels d’offres pour moderniser les services de traversiers sur la côte sud.

Dans les deux cas, le coût des propositions soumises au ministère était trop élevé.

Après ce qu’on a vu avec les deux derniers appels d’offres […] et avec notre capacité fiscale, il faudra certainement réduire le nombre de bateaux, expose-t-il.

Quand on se trouve dans une situation où il faut réduire le nombre de bateaux, l’horaire des traversiers doit changer.

Steve Crocker, ministre des Transports et des Travaux publics

M. Crocker ne pouvait pas donner de détails sur les potentielles réductions de services, mais il espère pouvoir relancer l'appel d'offres et réorganiser certains trajets d'ici la fin du contrat actuel pour les traversiers de la côte sud, qui prend fin en mars 2021.

Il assure que les comités locaux des transports sont au courant de la situation.

L’inaction face à l’inefficacité

Selon Russell Williams, politologue à l’Université Memorial, le gouvernement provincial tarde à faire face à l'inefficacité des traversiers. Il souligne que, depuis des années, le prix du billet et l’horaire des traversées ne concordent pas avec la demande et les coûts opérationnels.

En 2019-2020, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a prévu un budget de fonctionnement de 70,5 millions de dollars pour ses traversiers. Mais la province ne s’attendait à récupérer que 8 millions de dollars, soit 11 % de ces dépenses, grâce aux tarifs.

Russell Williams.

Russell Williams, politologue à l'Université Memorial, dénonce l'inaction de la province face aux problèmes des services de traversiers.

Photo : CBC / Eddy Kennedy

La situation à Rencontre East, où le traversier n’a transporté aucun passager lors de 20 % de ses traversées l’an dernier, illustre bien la situation.

Un passager sur le traversier NM Terra Nova, un bateau pouvant transporter jusqu'à 20 personnes, paie entre 3,75 $ et 6,75 $ pour parcourir 41 km.

Une carte de la côte sud de Terre-Neuve.

Une carte du trajet du traversier reliant les villages de Pool's Cove, de Rencontre East et de Bay L'Argent, sur la côte sud de Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada

Selon les prévisions budgétaires de la province, les coûts opérationnels du traversier ont totalisé plus de 1,6 million de dollars l’an dernier, ce qui équivaut à plus de 1000 $ par traversée effectuée.

Russell Williams rappelle que la province subit à l'heure actuelle des pressions budgétaires sans précédent.

Terre-Neuve-et-Labrador a la dette par personne la plus élevée au pays. Le gouvernement gère un mégaprojet désastreux – le barrage hydroélectrique de Muskrat Falls – et subit les conséquences de la dégringolade du prix du pétrole.

Ils ont amené les gens à croire que les tarifs actuels et les services actuels seraient possibles à maintenir pour l'avenir. Et c’est tout à fait possible que ce ne soit pas le cas.

Russell Williams, politologue, Université Memorial

Il faut que le gouvernement parle sincèrement aux gens de ce qui est possible et de ce qui n’est pas possible, soutient M. Williams.

C’est notre Transcanadienne

Andrew Baker, qui a travaillé comme cuisinier à bord du traversier de Rencontre East jusqu’en avril 2019, souligne pourtant que le traversier NM Terra Nova est un service essentiel pour son petit village.

C’est le seul lien physique entre Rencontre East et le reste de la province, rappelle-t-il. Parfois, même s’il n’y a aucun passager à bord, le traversier transporte des médicaments, de la nourriture et du courrier au village. Le vaisseau assure aussi un service d’ambulance.

[I]l y a toujours des gens qui veulent se débarrasser des traversiers, raconte Andrew Baker, qui dit lire les commentaires sous les articles publiés au sujet des traversiers. Pour les endroits qui dépendent de ces services, c’est déchirant.

Daniel Veilleux, l’ancien maire d'un village à Long Island, explique que le traversier reliant sa communauté au reste de Terre-Neuve est leur Transcanadienne.

C’est notre route principale. Il n’y a personne qui doit payer pour aller sur la Transcanadienne, souligne-t-il.

Daniel Veilleux devant des icebergs entre son île et la terre ferme.

Daniel Veilleux rappelle que les salaires, et non le diesel, représentent la majorité des coûts de fonctionnement des traversiers.

Photo : Gracieuseté de Daniel Veilleux

Comment réduire les coûts?

M. Veilleux prévient que la réduction du nombre de traversées n’est pas la solution magique.

Selon les chiffres consultés par Radio-Canada, les salaires représentent la majorité des coûts de fonctionnement des traversiers.

La seule chose qu’ils vont sauver [en réduisant le nombre de traversées] c’est le coût du fuel, du diesel. Parce que le personnel, ils sont payés à ne rien faire entre les traversées.

Daniel Veilleux, ancien maire d'un village à Long Island

La province doit aussi continuer à payer les frais d’entretien de sa flotte, peu importe les horaires établis pour les différents bateaux.

Même les économies d'essence seraient minimes, indique-t-il, notant qu’une génératrice alimente le bateau quand il accoste au quai.

C’est où le coût qu’ils vont sauver? demande Daniel Veilleux. Ils vont sauver du diesel pour les traversées seulement.

Des opérations réduites en raison de la pandémie

La province a déjà réduit les horaires des traversiers provinciaux à cause des restrictions sur les déplacements non essentiels.

En raison des restrictions en vigueur, entre le début du mois de mars et le 14 avril, les traversiers de Rencontre East–Bay L’Argent–Pool’s Cove et de Gaultois–McCallum–Hermitage n’ont transporté aucun passager près de 60 % du temps.

Alors que la province envisage la reprise économique et la fin éventuelle de la pandémie, le ministre Crocker indique que les services de traversiers seront examinés de près.

Sans aucun doute, le modèle, les tarifs, toutes ces choses vont faire partie des discussions sur ce qu’il faudra faire à l’avenir, dit-il.

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