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COVID-19 : le double défi des ONG humanitaires canadiennes

Une femme se lave les mains à une station de lavage durant la pandémie au Ghana.

Des stations de lavage de mains ont été installées au Ghana par iDE Canada.

Photo : Source IDE Canada

Radio-Canada

Pour des organismes humanitaires comme iDE Canada, qui oeuvre entre autres au Ghana, en Éthiopie et au Cambodge, s’adapter à la pandémie mondiale pose le double défi de la sécurité sanitaire et du maintien des activités agricoles pour éviter les risques de famine.

Un article d'Ezra Belotte-Cousineau

iDE Canada est une ONG canadienne qui investit dans l’entrepreneuriat local et la formation pour que, dans les pays où elle est présente, la population apprenne à développer elle-même son économie agricole et ses infrastructures sanitaires.

Toutefois, contrairement à d’autres ONG humanitaires, iDE, qui recrute son personnel principalement à l’étranger, n’a pas eu à rapatrier des employés canadiens. Elle a ainsi pu poursuivre certains de ses programmes outre-mer plus facilement, tout en s'adaptant à la pandémie.

Au Ghana, nous avions des équipes de développement sanitaire qui faisaient la promotion des toilettes, mais maintenant, elles ont changé leur offre de services et mettent en place des stations pour le lavage des mains, explique le président d'iDE Canada, Stu Taylor. Elles transmettent aussi les messages de la santé publique pour éviter la transmission de la COVID-19.

Des chiffres peu élevés en Éthiopie qui inquiètent

En Éthiopie, comme dans beaucoup de pays africains où iDE Canada est présente, les nouveaux cas de COVID-19 commencent à augmenter.

Toutefois, ils demeurent encore remarquablement peu élevés. Vendredi matin, l’Éthiopie recensait 272 cas et 5 morts.

Olani Wirtu, le directeur d’iDE Éthiopie, affirme que ces chiffres sont plutôt le reflet de l’incapacité du pays à procéder adéquatement au dépistage de la population.

Selon lui, le virus est beaucoup plus présent dans son pays que ce que les chiffres laissent croire.

Le problème des équipes d'Olani Wirtu est maintenant d’imaginer des solutions pour rejoindre les communautés agricoles qui, confinées, se retrouvent isolées. Difficile aussi de poursuivre la formation des agriculteurs et des entrepreneurs locaux.

C’est notre accès à un vaste réseau déjà bien établi et bien implanté à même les communautés isolées qui nous permet d’aller de l’avant avec nos activités, en suivant une stratégie qui est réaliste et sécuritaire.

Olina Wirtu, le président d’iDE Éthiopie

Il explique que ses équipes acheminent les informations de sécurité sanitaire dans ces zones reculées où règne aussi beaucoup de pauvreté. iDE Éthiopie utilise donc son réseau et collabore avec d’autres ONG sur place afin de coordonner les efforts de transmission des informations, entre autres, pour mettre en place de bonnes mesures de sécurité au travail.

L’engagement du Canada pour la cause humanitaire

Le gouvernement du Canada vient d’octroyer près de 160 millions de dollars (Nouvelle fenêtre) pour soutenir les efforts mondiaux contre le coronavirus, en réponse aux appels de l’ONU et de l’OMS.

Tableau montrant les différents investissements du Canada pour contenir la pandémie. Le Canada investit 84,5 millions de dollars pour soutenir les appels d'aide humanitaire, 40 millions $ pour la mise au point d'un vaccin, 40 millions $ pour répondre aux demandes d'aide de certains pays et 5 millions $ pour améliorer la sécurité sanitaire mondiale.

Le Canada investit 84,5 millions de dollars pour soutenir les appels d'aide humanitaire, 40 millions pour la mise au point d'un vaccin, 40 millions pour répondre aux demandes d'aide de certains pays et 5 millions pour améliorer la sécurité sanitaire mondiale.

Photo : Radio-Canada

Karina Gould, ministre fédérale du Développement international, explique que ces sommes sont destinées aux communautés les plus pauvres et les plus isolées. La ministre est toutefois consciente que la pandémie n’efface pas les multiples autres crises qui sévissent dans le monde.

Avec Affaires mondiales Canada, nous analysons les programmes existants afin d’évaluer lesquels peuvent se poursuivre durant la pandémie et lesquels doivent être ajustés, déclare la ministre. Mais ce qui est important pour moi, c'est de maintenir nos efforts sur les programmes existants, considérant que la grande majorité de ces problèmes seront aggravés par la COVID-19.

Karina Gould a confirmé que les sommes allouées avant la pandémie aux différents programmes humanitaires proposés par les ONG seront maintenues.

« De multiples famines de proportion biblique »

Alors que le monde s’inquiète de la COVID-19, plusieurs ONG, le Programme alimentaire mondial en tête, tirent une nouvelle sonnette d’alarme.

Des famines d’une grande ampleur pourraient éclater dans plusieurs pays défavorisés. Stu Taylor suit avec inquiétude les périodes d'ensemencement et de récoltes qui approchent dans les pays avec lesquels il collabore.

Je crains qu’une crise alimentaire ne puisse être causée par les mesures adoptées pour éviter la transmission de la COVID-19.

Stu Taylor, président d’IDE Canada

Stu Taylor donne l'exemple du Népal, où les semences ont commencé. Les petits producteurs népalais ne peuvent plus voyager pour s’approvisionner en grains et dans d'autres fournitures. S’ils ne peuvent pas semer maintenant, dans quelques mois, ce sera un désastre, estime Stu Taylor.

La ministre Karina Gould affirme que l’éventualité de cette crise alimentaire la garde éveillée la nuit. Elle cite David Beasley, le directeur général du Programme alimentaire mondial qui, s’adressant au Conseil de sécurité de l’ONU, a mentionné le risque de « multiples famines colossales ». Selon la ministre, la pandémie pourrait avoir pour effet de doubler le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté dans le monde.

Aider : une nécessité

Stu Taylor est sans équivoque sur l’attitude et la réponse que la population canadienne devrait avoir face à la COVID-19 et au risque de crise alimentaire. Il estime qu'un problème en Afrique ou en Asie devient un problème au Canada aussi.

Nous avons une obligation morale, et l’histoire montre que le Canada a toujours aidé les autres. Je suis heureux que le Canada continue à soutenir les autres pays, en même temps que nous vivons des problèmes ici. C’est un problème mondial, et les solutions sont aussi mondiales. C’est comme ça qu’il faut penser.

Stu Taylor, président d’IDE Canada

Stu Taylor conclut en rappelant que la sécurité des Canadiens reste tributaire de la santé du reste du monde.

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