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Ru, le pari de porter la collection de souvenirs de Kim Thúy au grand écran

Mme Thúy devant des tablettes remplies de livres.

L’auteure Kim Thúy dans sa résidence de Longueuil, le 11 juin 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Fanny Bourel

La SODEC a annoncé, jeudi, qu’elle financerait l’adaptation au cinéma de Ru, le succès littéraire de Kim Thúy. Annoncé depuis plusieurs années, ce long métrage se concentrera sur la jeunesse de Tinh, le personnage principal de Ru. Se gardant de toute intrusion dans cette adaptation, l’écrivaine joue un rôle de conseillère dans la genèse du film, qui a été marquée par un « coup de foudre artistique » entre le réalisateur Charles-Olivier Michaud et elle. 

Dès le départ, l’univers du cinéma a fait partie de l’histoire de Ru. André Dupuy, le producteur du film, est devenu ami avec Kim Thúy lorsqu’il fréquentait son restaurant. C’est lui qui a encouragé l’écrivaine en devenir à persévérer dans la rédaction des 20 pages de notes que constituait alors Ru. C’est aussi lui qui a ensuite déposé le manuscrit chez l’éditeur. Il m’a portée, se rappelle Kim Thúy. 

Rapidement après la publication du livre, en 2009, André Dupuy a acquis les droits de son adaptation au cinéma.Dans ma tête, je pensais qu’il achetait les droits juste pour me soutenir, et pas pour en faire un film, explique Kim Thúy.

La volonté du producteur de voir Ru sur grand écran était pourtant bien réelle. C’est Jacques Davidts, ami de Kim Thúy et scénariste du film Polytechnique et de la série Les Parent, qui s’est attelé à l’écriture du scénario. Il y a trois ans, le réalisateur Charles-Olivier Michaud, à qui l’on doit le film Anna ainsi que les séries Boomerang et Prémonitions, s'est joint au projet. 

J’ai vraiment envie de faire un beau film, dit celui qui compte tourner une adaptation très fidèle au livre, qui fait le récit de réfugiés de la mer vietnamiens trouvant refuge au Québec.

Charles-Olivier Michaud porte un chandail bleu et un appareil photo.

Le réalisateur Charles-Olivier Michaud

Photo : Caroline Gabias

Des larmes aux yeux

Transposer un livre comme Ru, qui prend la forme d’une collection de souvenirs plutôt que d’un récit linéaire, représente tout un défi. Les garçons sont très courageux de se lancer là-dedans, estime Kim Thúy, qui leur a laissé une liberté totale. 

Charles-Olivier Michaud affirme que le film vise à livrer le meilleur récit possible, et non à exploiter un succès de librairie. 

Il y a un respect à avoir pour l’œuvre originale, pour l’auteure dont c’est la vie [qui est racontée] et pour le public qui a aimé le livre.

Charles-Olivier Michaud, réalisateur de Ru

En regardant le film Ru, l’auteure à succès ne souhaite pas voir ce qu’elle voyait dans sa tête lorsqu’elle écrivait. Voir le livre d’un autre point de vue, c’est ce qui est intéressant, dit-elle. J’adore qu’on m’emmène ailleurs.

Quand j’ai lu la dernière version du scénario, j’ai eu les larmes aux yeux. Les garçons ont réussi à m’émouvoir, à me faire voyager. C’est magnifique!

Kim Thúy, auteure de Ru

Quand je les entends parler du film, je le vois. Je vois les mouvements et les lumières, ajoute-t-elle au sujet de ce long métrage qui n’a pas encore été tourné. 

Une rencontre comme une révélation

Pour parvenir à ce résultat, Jacques Davidts a passé beaucoup de temps avec Kim Thúy, chez elle. Charles-Olivier Michaud a lui aussi partagé de longs moments avec elle pour apprendre à la connaître. 

C’est par une vidéo de présentation de Charles-Olivier que Kim Thúy a fait connaissance avec celui qui réalisera l’adaptation cinématographique de son livre. Une vidéo envoyée par le réalisateur lui-même un 23 décembre à 1 h du matin.

Le lendemain, en milieu de matinée, il était chez Kim Thúy. Les deux avaient pourtant un repas de Noël à préparer pour leurs proches, mais ces considérations logistiques ont été éclipsées par le coup de foudre artistique qu’a éprouvé Kim Thúy ce jour-là. 

Avec Charles-Olivier, on a fait le film ce jour-là.On a réalisé qu’on partageait la même vision des choses, la même volonté de ne pas faire un film sombre, mais de célébrer la beauté et la lumière qu’il y a dans l’aventure [racontée dans Ru]. C'était presque un moment d’euphorie.

Kim Thúy

De son côté, Charles-Olivier Michaud admirait Kim Thúy depuis longtemps. J’ai lu Ru en 2010, quand je tournais mon premier film. J’en suis tombé amoureux. Je me suis tout de suite dit : “C’est sûr qu’il y aura un film sur ce livre un jour.”

Montage avec une photo de Kim Thúy et son roman «ru».

Kim Thúy a publié le roman «Ru» à l'automne 2009.

Photo : Libre Expression

Authentique jusque dans les détails

Kim Thúy ne s’est pas impliquée dans le fil de l’histoire, préférant concentrer son attention sur certains petits détails, comme la façon de pleurer d’une petite fille vietnamienne – elle va pleurer en silence, pas en faisant une crise de larmes – ou encore la justesse de la représentation de personnages québécois à l’écran. 

Il y a eu des incompréhensions mutuelles entre les réfugiés vietnamiens et la population québécoise, ce qui a donné lieu à des situations comiques. C’est important que cela soit montré dans le respect. Car, de part et d’autre, tout le monde avait de bonnes intentions.

Si l’écrivaine laisse son bébé Ru en toute confiance à ses amis André, Jacques et Charles-Olivier, les gens, qui ont été nombreux à plébisciter le livre, accueilleront-ils aussi bien cette adaptation au grand écran? Pour Kim Thúy, la décennie qui s’est écoulée depuis la parution du livre a laissé du temps pour son ouvrage se dépose. Je pense que les gens seront contents de retrouver le livre autrement, en images, pense-t-elle. 

Charles-Olivier Michaud se montre également rassurant. Ceux et celles qui ont aimé le livre vont le reconnaître dans le film, promet-il.

Un imprévu nommé coronavirus

Si l’attribution du financement de la SODEC a constitué une bonne nouvelle pour l’équipe du film, l’incertitude que fait peser la crise de la COVID-19 sur la production cinématographique complique l’avenir du long métrage Ru, qui doit être tourné au Québec, mais aussi en Asie. 

Toutefois, Kim Thúy croit que cette situation difficile peut apporter un plus au film, cette crise plongeant tout le monde dans une fragilité et une incertitude qui rappelle celles des familles vietnamiennes qui ont la pris la mer sans savoir si elles arriveraient à destination. Peut-être que cela donnera une couleur subliminale au film, une fragilité que l’on va sentir. Ça va être très beau.

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