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Un homme passe devant une fenêtre sur laquelle est affiché un énorme dessin d'arc-en-ciel.

Les messages positifs des gouvernements poussent-ils les gens vers le déni?

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'optimisme a marqué le début de la pandémie de COVID-19. Après 2 mois, il est plus difficile pour certains de croire que « ça va bien aller ». Regard sur le phénomène du déni avec le psychologue Pierre Faubert.

Comment fonctionne le déni, quand on fait face à une situation stressante?

Le psychologue Pierre Faubert au micro radio de Radio-Canada

Le psychologue Pierre Faubert

Photo : Radio-Canada

Il faut comprendre que le déni, c’est une attitude de refus, un refus qui est une façon de se protéger d'une réalité qui suscite en nous des émotions, des émotions qu’on trouve désagréables.

Il faut mentionner que des émotions négatives, c’est un concept qui, je crois, n’existe pas. Ce sont plutôt des émotions avec lesquelles on a du mal à coexister.

Le déni, c’est un peu comme un disjoncteur dans notre boîte électrique, s’il y a une tension qui est maintenue en raison des émotions qu’on a du mal à gérer, il y aura des circuits qui vont être endommagés.

Je considère le déni comme un des premiers mécanismes de défense du cerveau contre des événements stressants qui peuvent l’affecter.

Les messages positifs tels que « ça va bien aller » face à des événements comme une pandémie peuvent-ils avoir l'effet contraire et mener au déni?

Une adolescente dans un escalier, elle a la tête dans ses propres bras.

Le déni est un mécanisme de défense du cerveau qui coupe les gens de la réalité, selon Pierre Faubert.

Photo : Getty Images / AngiePhotos

Je pense que la population a une sagesse innée, une sagesse qui est un mécanisme de survie.

Il y a toujours des limites à vouloir édulcorer et embellir une situation qui est menaçante pour notre vie et pour notre santé.

On est au cœur d’une catastrophe qui, pour certaines personnes, est vraiment traumatisante.

Il ne faut pas oublier qu’on est à l’ère médiatique, qui diffuse des messages à la vitesse de la lumière, ça nous donne l’impression que ce qu’on entend à la radio à la télé, c’est ce que tout le monde pense.

Ça fait le lien avec un autre phénomène de psychologie qui s’appelle la distorsion cognitive, quand on refuse de voir la réalité telle qu’elle est parce que c’est trop menaçant et qu’on se rabat sur comment on veut voir la réalité.

Par contre, il y a toujours un ressac à ce genre de distorsion, si les malheurs continuent de se produire, il y a un moment où l'on peut observer une certaine rébellion contre ces figures d’autorités.

À un certain moment, les gens vont commencer à voir des fissures dans la façade du positivisme que les dirigeants veulent afficher.

Ça peut mener à des actes extrémistes, comme on l’a vu aux États-Unis avec les manifestations contre le confinement.

Que peut-on faire individuellement pour sortir d'une phase de déni et en arriver à une appréciation plus réaliste d’une situation, sans pour autant se brusquer et devenir plus malheureux?

Des dessins d'arcs-en-ciel dans la fenêtre d'un service de garde.

L'arc-en-ciel est un symbole omniprésent d'espoir sur les médias sociaux depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Mélissa Savoie-Soulières

Le déni, c’est comme la scie qui nous coupe en deux, qui sépare notre raison de nos émotions; c’est en intériorisant et en se concentrant sur soi qu’on est capables de renforcer le lien entre ces deux composantes de nos vies.

Pour y arriver, il faut développer de la résistance et de la résilience.

Il y a une différence entre le déni et la résistance, le déni est un mécanisme inconscient alors que la résistance est un mécanisme conscient qui nous permet de mieux faire face aux choses qui nous angoissent.

Développer la résistance, c’est un projet, un peu comme bâtir une maison.

Il faut d’abord savoir quels sont les éléments que nous avons dans notre vie qui fait de nous une personne résiliente.

Il faut savoir ce que sont nos forces, ce que sont nos faiblesses, ce qu’on aime faire.

La pandémie c’est une période de révélations, il faut apprendre à mieux se connaître, ce qu’on voulait faire, ce qu’on a fait, ce qu’on peut faire.

Il faut apprendre à faire de petites tâches, il faut se placer de petits objectifs pour être certains d’accomplir sa tâche.

Il faut aussi profiter de ce temps pour réfléchir à ce qu’on faisait avant de devoir tout arrêter, peut-être penser à ralentir nos activités.

C’est peut-être aussi le temps d’établir ses priorités dans la vie : qui on veut avoir dans nos vies, qu’est-ce qu’on veut faire d’ici la fin de notre vie.

Pour vaincre le déni et sortir plus fort d’une période comme celle-ci, il faut vraiment apprendre à être plus proche de ce qu’on ressent et aussi plus proche de ce qui fait de nous des personnes qui vont passer au travers de la pandémie.

Est-ce que, comme société, on est capables d’aborder des sujets comme la mort et le deuil sans tomber dans les extrêmes que sont le jovialisme ou le déni?

Un enfant dessine un arc-en-ciel.

Les enfans ont adopté eux aussi l'arc-en-ciel comme symbole d'espoir.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Dans la manière d’aborder ces sujets-là, cette pandémie nous met face à la mort; nous comptons les morts tous les jours et jamais nous n’avons été [aussi] conscients et jamais aussi éloignés de nos morts : nous n’avons plus de funérailles ou de rites, nous ne pouvons plus nous regrouper pour célébrer nos morts.

Nos médias jouent un rôle dans la qualité du message et la façon de livrer ce message-là.

Je crois qu’il faut intégrer dans le message une bonne dose de réalisme et de science, mais aussi avec une certaine dose d'émotions et avec un respect qui est nécessaire quand on parle de ce sujet.

Il faut revenir dans ces réalités qu’on essaie d’éviter comme la mort, mais en incorporant le silence, c’est plus difficile à la radio, mais il faut laisser une place au silence, même si on veut dire beaucoup de choses.

Les médias ont un impact énorme sur la manière dont on va se sentir.

Il ne faut pas se servir des émotions quand on essaie de diffuser des messages, il faut être au service des émotions.

Il faut considérer les émotions comme les messagères de l’âme, nos émotions nous disent quelque chose qui provient du profond de notre être.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

Ligne canadienne de prévention du suicide : 1 833 456-4566.

Ce service est offert partout au Canada, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

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