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Au Venezuela, un confinement prolongé par la pénurie d'essence?

La production pétrolière du pays est tombée à 622 000 barils par jour, soit un cinquième de son volume d'il y a 10 ans, selon les chiffres de l'OPEP. Des files d'attente se forment sur des kilomètres devant les stations-service.

Deux longues files de voiture dans une rue de Caracas.

D'interminables files de voiture se forment devant les stations-service du pays, dont celles de la capitale, Caracas.

Photo : Getty Images / AFP/FEDERICO PARRA

Agence France-Presse

Nicolas Maduro affirme que le Venezuela est parvenu à « contenir » la propagation du coronavirus, mais il a prolongé le confinement d'un mois. Une décision qui a moins à voir avec des raisons sanitaires qu'avec une pénurie d'essence qui sape une improbable reprise économique, estiment des analystes.

Selon le gouvernement vénézuélien, 10 décès liés à la COVID-19 pour 455 cas ont été recensés. Des chiffres que conteste le chef de file de l'opposition Juan Guaido, mais dont s'enorgueillit le président socialiste. Il affirme que le Venezuela a réussi à contenir la propagation du virus.

Pourtant, mardi, l'héritier politique d'Hugo Chavez a prolongé d'un mois le confinement des 30 millions de Vénézuéliens, en vigueur depuis le 17 mars.

Sur le papier, les Vénézuéliens doivent rester chez eux et ne s'aventurer au dehors masqués et gantés que pour aller chez le médecin ou aller acheter à manger.

En pratique, depuis une semaine, les rues de Caracas grouillent de Caraqueños pressés de retourner au travail, sans se soucier du confinement.

Nombre d'entre eux vivent en effet au jour le jour, plongés qu'ils sont dans la pire crise économique et sociale de l'histoire récente de leur pays. L'hyperinflation a dépassé les 9000 % l'an dernier, les pénuries d'essence et de médicaments se multiplient, de même que les pannes d'électricité.

À voir la courbe officielle des contagions du Venezuela, bien moins vertigineuse que dans d'autres pays, il serait envisageable de rouvrir certains secteurs économiques où les interactions sociales sont faibles ou de mettre en place des confinements locaux selon les foyers d'infection, explique Asdrubal Oliveros du cabinet d'analyse financière Ecoanalitica.

Mais c'est oublier le gravissime problème des carburants, dit-il.

Plusieurs personnes masquées attendent en file à l'extérieur.

Des files se forment aussi devant les banques alimentaires, débordées en raison de la pénible situation économique que connaissait le pays, et ce, bien avant la pandémie.

Photo : Reuters / MANAURE QUINTERO

La mise en place du confinement mi-mars est intervenue au même moment que le début d'une des pires pénuries d'essence qu'ait connues le Venezuela.

À Caracas, largement épargnée jusque-là par les pénuries chroniques qui touchent la province, des files d'attente se sont formées sur des kilomètres devant les stations-service.

La pénurie profite au marché noir, où le litre de super sans plomb est désormais vendu à plus de 2 $, alors que l'essence à la pompe est d'ordinaire quasiment gratuite.

À l'origine de la pénurie, la filière de raffinement du pétrole qui est à genoux. L'opposition autour de Juan Guaido pointe l'incurie et la corruption qui gangrènent le secteur pétrolier.

Le gouvernement met cette débâcle sur le compte des sanctions et de l'embargo pétrolier décrétés par Washington pour mettre Nicolas Maduro sous pression et le pousser vers la sortie.

Des femmes prennent des notes devant un tableau.

À Caracas, des mères qui n'ont pas accès à Internet viennent noter les devoirs et leçons de leurs enfants, indiqués sur des tableaux placés à l'entrée des écoles.

Photo : La Presse canadienne / AP/Ariana Cubillos

La pénurie d'essence pèse énormément sur les décisions du gouvernement de Nicolas Maduro, explique Henkel Garcia du cabinet Econometrica. S'il décidait de flexibiliser le confinement, les Vénézuéliens ne pourraient pas aller travailler (....), ils n'auraient plus de moyens de transport, relève-t-il.

Mais le confinement est à double tranchant. Il risque de paralyser les rentrées d'argent des Vénézuéliens et des entreprises et cela peut avoir des conséquences catastrophiques sur une économie déjà très mal en point, prévient Asdrubal Oliveros.

Et entraîner une avalanche d'impayés du secteur privé, ajoute Henkel Garcia. Dans d'autres pays, l'État est en mesure de soutenir les entreprises, mais la marge de manoeuvre de Nicolas Maduro est pour le moins limitée, puisqu'il n'a pratiquement aucune ressource et aucun accès aux financements internationaux.

Sans liquidités, impossible d'acheter du carburant à l'extérieur pour faire fonctionner l'économie. Et Caracas ne peut plus compter sur sa propre production : elle est tombée à 622 000 barils par jour, un cinquième de son volume d'il y a 10 ans, selon les chiffres de l'OPEP.

La seule solution, estime Henkel Garcia, serait que le secteur privé se charge d'importer de l'essence, mais il paierait alors l'or noir à des prix internationaux, bien plus élevés que l'essence raffinée au Venezuela.

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