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Soulagés, les profs du Grand Montréal ont déjà la tête en septembre

La porte grillagée d'une cour d'école fermée.

Il faudra attendre le mois de septembre avant de voir rouvrir les cours d'école du Grand Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Le report à l'automne du retour en classe dans les écoles primaires de la région de Montréal est accueilli avec soulagement par les enseignants, qui y voient pour la plupart l'occasion de préparer adéquatement la rentrée scolaire de septembre. À condition que leur expertise soit mise à profit par le gouvernement.

Jusqu'à jeudi matin, on continuait de se préparer pour un retour en classe dès le 25 mai à l'école primaire de l'Arc-en-ciel, à Laval. Le personnel mettait en place des stations de lavage des mains, les enseignants planifiaient leurs cours...

Si les préparatifs allaient bon train, aucun membre du personnel ne s'est dit surpris par l'annonce de François Legault, en début d'après-midi, de reporter le retour en classe, tandis qu'il se trouvait à Montréal en compagnie de la mairesse Valérie Plante pour son point de presse quotidien.

Je ne suis pas surprise, je m’y attendais. C’est sûr qu’on discute beaucoup entre collègues, ça se parle, a expliqué l'enseignante Julie Descoteaux, qui s'est tout de même dite triste de ne pas pouvoir revoir les élèves qu'elle avait sous son aile cette année.

Même réaction du côté de sa collègue, Jade Lebel. Honnêtement, pour la situation, je pense que c’est bien, parce que je trouvais que c’était un peu trop pour rouvrir les écoles. Mais, je suis un peu triste parce que je ne reverrai pas mes élèves nécessairement.

Parents inquiets et chute des inscriptions

Le Québec vient de franchir le cap des 40 000 cas confirmés de COVID-19. Selon les plus récentes statistiques fournies par la Direction régionale de la santé publique, Montréal recense la moitié (50,6 %) de ces cas.

Devant cette situation qui n'est pas encore maîtrisée, de l'aveu même des autorités, de nombreux parents ne souhaitaient pas, en effet, renvoyer leurs enfants à l'école.

Je suis soulagée. Sincèrement, on était beaucoup, beaucoup de parents à se demander comment ça pouvait être autrement, quand on regarde le journal, les médias, tous les jours, a indiqué Patricia Clermont, porte-parole du mouvement Je protège mon école publique et mère de deux filles, en entrevue à l'émission Le 15-18.

Moi, j’avais beaucoup d’appréhension à envoyer mes enfants en mai, et puis, de toute façon, je ne comptais pas les envoyer. Je trouvais que c’était trop précoce.

Une mère de Laval

Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires, accueille favorablement cette décision qu'elle juge sage.

Depuis l’annonce du report au 25 mai, il y a eu vraiment une chute des inscriptions dans les écoles. Dans plusieurs quartiers très défavorisés, les parents ne désiraient plus envoyer leurs enfants à l’école, alors l’exercice devenait un peu futile, a-t-elle expliqué, également en entrevue au 15-18.

Par exemple, à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on prévoyait que seulement 30 % des élèves du primaire seraient de retour dans deux semaines.

Mieux préparer septembre...

Le personnel des établissements primaires compte ainsi mettre à profit ce sursis attendu pour planifier une rentrée ordonnée et sécuritaire en septembre.

On est soulagés d’avoir ce répit-là pour vraiment pouvoir bien préparer les choses pour le mois de septembre. À ce moment-là, on va être réellement prêts, et ça va être réellement sécuritaire, à 100 %, pour tout le monde, a assuré Jean Godin, le président de l’Association des directions d'établissements scolaires de l’Île-Jésus.

Du côté de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), le président Sylvain Mallette a expliqué que les délais serrés d'un retour en mai étaient problématiques pour plusieurs établissements. Les informations dont on disposait, c’était à géométrie variable. Mais, dans beaucoup de milieux, physiquement, ça représentait des défis très importants simplement en matière de respect de la distanciation sociale, a-t-il expliqué en entrevue à ICI RDI.

Selon lui, l'annonce d'aujourd'hui a donc une double signification pour les milliers d'enseignants que la FAE représente. Il faut procéder à la fermeture de l’année scolaire et il faut tout de suite commencer à préparer la rentrée scolaire, a-t-il fait savoir.

Il y aura une mise à niveau à faire, a aussi tenu à rappeler M. Mallette. Des choix devront être faits pour permettre aux élèves de rattraper les retards.

... sans bâcler l'année en cours

Cela dit, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a rappelé que, même si les élèves du primaire du Grand Montréal ne reviendront pas physiquement en classe avant l’automne, l’année scolaire en cours n’est pas terminée pour autant.

Oui, les enseignants pourront cesser d’investir de l’énergie à préparer le retour des élèves et à aménager les locaux, a-t-il reconnu jeudi, en entrevue avec Patrice Roy au Téléjournal Grand Montréal 18 h. Mais ils devront continuer d’offrir une pleine prestation de travail pour encore plusieurs semaines. Et les directions d’école seront là pour s’en assurer.

Les enseignants du Grand Montréal – qui ont maintenant accès aux services de garde d’urgence, ce qui n’était pas le cas au début de la crise – devront donc se concentrer sur le suivi à distance des apprentissages de leurs élèves (plans de travail, communications avec les parents et les enfants, etc.).

Pour ce faire, une foule d’outils leur ont été fournis dans les derniers mois, entre autres la plateforme « école ouverte », les cours diffusés par Télé-Québec. Et pour ceux qui seraient moins à l'aise avec la technologie, la TÉLUQ offre gratuitement des cours d’enseignement à distance, a aussi rappelé le ministre.

Quant aux parents, M. Roberge ne leur demande pas de se transformer en enseignant, mais d’être des accompagnateurs, des motivateurs. Et ceux qui ne disposeraient pas des outils technologiques nécessaires, comme un ordinateur ou une tablette, pourront toujours s’adresser à leur école pour qu’on leur en prête, a-t-il dit.

Vers un modèle d'enseignement hybride?

M. Mallette estime cependant que le ministère de l'Éducation fait cavalier seul depuis le début de la crise en ce qui a trait aux conditions qui encadreront le retour en classe. Le gouvernement a malheureusement fait le choix de se priver de l’expertise des enseignants.

On a des propositions. On a des solutions. Qui connaît mieux la réalité de la classe que le prof? C’est le prof qui vit avec les élèves du début à la fin de l’année scolaire. On connaît les milieux dans lesquels on travaille, on connaît les limites physiques aussi avec lesquelles on doit composer.

Sylvain Mallette, président de la FAE

La FAE, comme plusieurs autres acteurs du milieu, évoque notamment la mise sur pied d'un modèle d'enseignement hybride où les élèves en difficulté pourraient se présenter en classe, tandis que les autres pourraient faire leur apprentissage à distance.

Selon Hélène Bourdages, il s'agirait de permettre au milieu d’accueillir les élèves de façon réelle un certain temps dans la semaine, pour éviter de créer plus de décrochage, tout en respectant la distanciation physique. On ne peut pas avoir tout le monde en même temps.

Les directions d’écoles me disent : "On a besoin de marge de manœuvre pour organiser ça de façon locale avec nos équipes". C’est là-dessus qu’on va plancher dans les prochaines semaines.

De son côté, la FAE a mené une consultation auprès de 5000 de ses membres et promet qu'elle soumettra des propositions au gouvernement au cours des prochains jours concernant les questions d'enseignement, mais également les mesures sanitaires à préconiser.

Avec des informations de Jean-Philippe Robillard

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