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3 choses à ne pas dire aux personnes sourdes

Véro Leduc esquisse un sourire.

Véro Leduc, professeure au Département de communication sociale et publique de l'UQAM

Photo : Radio-Canada / Thomas Lafontaine

Pas toujours évident pour une personne entendante d’entrer en contact avec une personne sourde. La communication peut être parsemée de maladresses et, sans le vouloir, s’accompagner de paroles offensantes. Pour éviter les faux pas et faire preuve d’un brin d’initiative, voici quelques conseils de Véro Leduc, professeure au Département de communication de l’Université du Québec à Montréal et première professeure sourde dans une université québécoise.

Trois remarques à ne pas faire

1. Hein, la langue des signes, c’est pas international?

Véro Leduc : Une personne qui me rencontre pour la première fois va souvent s’étonner de savoir qu’il n’y a pas juste « une » langue des signes internationale, mais moi, c’est la je-sais-pas-combien-millième fois qu’on me pose cette question-là. Ce n’est pas facile de garder son sourire et de répondre gentiment.

Alors on répond souvent par l'humour. Bah oui, pourquoi on ne ferait pas juste une langue orale, aussi? Tout le monde devrait parler anglais! Le français, on devrait s’en débarrasser tant qu’à y être! Les gens comprennent alors la comparaison et réalisent leur bévue.

Il y a de quoi être fiers quand même. On a une langue des signes québécoise : on ne la trouve nulle part ailleurs dans le monde.

2. Wow, bravo, je ne sais pas ce que je ferais si j’étais à ta place

Véro Leduc : Souvent, les gens nous disent ça comme s’ils faisaient un compliment. Mais est-ce vraiment un compliment, ou c'est une façon de dire Heille, une chance que je ne suis pas comme toi? La militante handicapée Stella Young a d’ailleurs fait une conférence TED remarquable sur ce type de commentaire, qu’elle appelle « la porno inspirationnelle ».

Les personnes sourdes rencontrent des obstacles de façon quotidienne, alors nous avons appris des façons de faire face à l’audisme [discrimination systémique envers les personnes sourdes]. Le fait de se faire complimenter sur le fait qu’on parle bien ou qu’on soit rendu à telle place dans nos vies, ça dévoile d’une certaine façon un stéréotype d’une autre époque où, effectivement, les personnes sourdes ne pouvaient pas occuper un emploi comme on en occupe aujourd’hui.

3. Pourquoi tu ne portes pas un implant cochléaire?

Véro Leduc : Ça peut paraître une question anodine pour les personnes entendantes, mais pour les personnes sourdes, ce genre de questions est éminemment politique et touche à l’identité. Car on associe souvent les personnes sourdes aux personnes qui ne parlent pas et qui signent [communiquent en langue gestuelle], mais on peut aussi utiliser des appareillages et la parole, en plus d’une ou plusieurs langues des signes, et toujours se considérer comme une personne sourde.

C’est peut-être comme les féministes qui veulent rester à la maison plus longtemps pour être avec leurs enfants [plutôt que de retourner rapidement sur le marché du travail] : elles peuvent avoir la crainte de se faire juger de ne pas être assez féministes. L’un ne va pas contre l’autre, mais souvent, la façon dont on a construit une identité va créer des tensions.

Trois gestes à poser

1. Ne pas considérer l’inclusion comme une « option »

Véro Leduc : La responsabilité de l’inclusion repose souvent sur les épaules des personnes sourdes et handicapées. Chaque fois, on est obligés d’envoyer un courriel pour demander si l’événement est accessible. Puis on passe pour des chialeux, même si on ne fait que faire valoir nos droits.

Si ton événement n’est pas accessible, écris-le. Ce sera un premier pas. Ça va nous décharger de toujours avoir à nous renseigner. Et ça va faire prendre conscience que, pour les prochains événements, il pourrait y avoir moyen de s'améliorer.

2. S’éduquer

Véro Leduc : Idéalement, l’éducation viendrait à travers le système. Par exemple, on pourrait prendre juste une heure dans le cadre d’un cours pour aborder des éléments de base sur la culture sourde.

En attendant, on peut s’éduquer par soi-même. Avec Internet et les technologies de l’information, on a accès quand même assez facilement à beaucoup de matériel. Et ça va faire en sorte que, quand tu vas rencontrer une personne sourde, tu vas pouvoir lui poser des questions qui ne tournent pas autour de sa surdité.

Apprendre les rudiments de la langue des signes québécoise (LSQ) est, par exemple, une excellente façon de s’initier à la culture sourde. On apprend alors quelques signes, mais on comprend aussi la logique linguistique de cette langue, dont la modalité est différente des langues orales. À titre d'exemple, les structures de phrases sont différentes en LSQ et en français.

Apprendre les rudiments, ça permet de saluer une personne sourde et, selon son travail, de pouvoir échanger quelques phrases. Par exemple, j'ai un ami à la SAQ qui a appris les bases de la LSQ pour être capable de servir la clientèle sourde. Avec 15-20 signes, il peut offrir un service de base, et les personnes sourdes apprécient que les gens fassent les efforts pour les traiter comme n'importe quelle autre personne. Ça peut être aussi pour pouvoir échanger quelques mots avec un membre de la famille ou une personne du voisinage.

3. Être une personne alliée

Véro Leduc : Certaines traditions peuvent être bien intentionnées, mais oppressives. Être allié, c’est se dire que, dans certains cas, on va déroger un peu [à la tradition], et ce, afin d’être plus inclusif.

Par exemple, parfois, les journalistes vont écrire leur article en utilisant des expressions comme sourds et muets ou langage des signes, même si on a pris la peine de les informer sur les termes appropriés et de leur demander une relecture pour corriger ce genre de vocabulaire problématique.

En effet, le terme muet a une connotation péjorative pour les personnes sourdes, puisqu'il suggère que, parce qu'elles ne parlent pas, qu'elles n'ont pas de langage, ne peuvent pas s'exprimer. Bref, ça ne représente pas leur réalité. Quant à l’expression langage des signes, elle ne met pas les langues des signes sur un pied d'égalité avec l'ensemble des langues en privilégiant le terme langage, qui renvoie plutôt à une manière de s'exprimer.

Être allié, c’est aussi avoir la capacité d’accepter la critique en cadeau. Parce que, des fois, on veut bien faire les choses, mais on va faire des erreurs, et c’est normal. À ce moment-là, il faut accepter qu’on nous reproche certaines façons de parler ou certains gestes.

Si je suis exaspérée d’entendre la question La langue des signes n’est pas universelle?, prends-le pas personnel. C’est une réaction à une situation globale.

Des ressources pour aller plus loin

Recommandations de Véro Leduc et de Geneviève Bujold, interprète LSQ

Cours de LSQ

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