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Montréalophobie, cannes à pêche et scies mécaniques

Dans les Laurentides, certains ont peur des Montréalais, mais les « pestiférés » du 514 leur font faire des affaires d’or. Balade au temps du coronavirus dans la région des Laurentides.

Ève Laurier et son fils Édouard Laurier Savard sur un quai.

La décision d'Ève Laurier de s'installer dans sa maison secondaire crée des tensions.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ève Laurier a une grosse job, une maison dans la région de Saint-Jovite et un enfant en garde partagée. À 44 ans, Ève Laurier est l’incarnation même d’une femme libérée, et ces jours-ci, c’est pas si facile.

Le 12 mars dernier, elle quitte Montréal avec son fils, Édouard, 7 ans. Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent et elle se dit : mieux vaut se confiner dans la maison des Laurentides que de demeurer dans le bitume. Le père de l’enfant, dont elle est séparée depuis quelques années, est d’accord. Ça devait durer deux semaines... et ça continue encore et encore.

Pour moi, c’est important que mon fils voie son père. Pour le père, c’est impératif de voir son fils, et pour mon fils, c’est primordial de voir son père. Or, voilà, le père habite à Montréal. Le petit le voit une fin de semaine sur deux. Et certaines personnes dans les Laurentides ne veulent pas prendre le risque d’approcher ce petit qui respire 48 heures toutes les deux semaines l’air suspicieux de Montréal.

Et ils ne sont pas les seuls. Depuis la levée des barrages, certains élus de régions n’ont pas hésité à dire qu’eux maintiendraient des frontières. Le sujet de la « montréalophobie » dans certaines régions a même été évoqué en conférence de presse par le premier ministre.

Édouard Laurier Savard sur son vélo.

Édouard Laurier Savard passe une partie de son temps à la campagne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Je les comprends d’avoir peur, me dit Ève Laurier sur le bord d’un lac mouvementé, mais ça me pose un problème logistique assez majeur. J’ai contacté plus d’une dizaine de gardiennes dans le coin et personne ne veut prendre le risque de garder Édouard quelques heures par jour, ce qui me donnerait un peu de temps pour me permettre de me concentrer au travail.

Ève raconte qu’au village, elle en entend certains grogner contre les visiteurs de la ville, revenus nombreux dans les Pays d’en haut dès la levée des barrages.

Scies mécaniques et cannes à pêche

Jonathan Geronimo dans son commerce de chasse et pêche.

Jonathan Geronimo est un commerçant qui ne semble pas trop touché économiquement par la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Au magasin Chasse et Pêche Tremblant, Jonathan Geronimo, chemise de flanelle et moue ricaneuse, nous accueille avec un : Ben oui, rentrez! On a pas peur nous'autres. On n'est pas à Montréal ici. Pis de toute façon, on va tous mourir de quelque chose.

Geronimo nous apprend que bien qu’il y ait eu une différence marquée à la levée des barrages routiers, des Montréalais sont venus prendre l’air frais malgré les consignes. Les chalets, ça s’est loué accoté, dit-il en riant.

Ce véritable magasin de jouets pour les grands enfants amateurs de plein air fait des affaires d’or. Des cannes à pêche, j’en ai vendu trois fois plus que d’habitude. J’ai vendu 300 scies mécaniques en 10 jours. Un record. Les gens n’ont rien à faire!

Le problème? Jonathan Geronimo a peine à recruter du personnel. J’écoute Trudeau qui dit : "si vous avez des doutes, restez chez vous", et ça met en beau fusil. Écoute ben, le climat de peur, la peur des Montréalais tout ça, ça donne une maudite bonne excuse aux gens pour rester chez eux et faire 2000 piastres par mois avec le PCU. Trudeau, il a un chalet dans le coin. Quand il va venir, je vais lui en parler! .

Martin Goyette devant des panaches d'animaux.

Martin Goyette ne souhaite pas voir les Montréalais dans les commerces de Tremblant.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À la caisse, Martin Goyette paie ses derniers achats qui vont lui servir pour sa chasse à l’ours. Il s’en va dans le coin de Mont-Laurier. Dans le bois, loin. Moi, les Montréalais, je les veux pas ici. Y vont venir nous tousser dessus. Tu penses vraiment qu’ils vont faire leurs courses à Montréal et pas sortir de leurs chalets pendant 14 jours, ben voyons donc. Ils vont aller à l’épicerie accoté. Depuis qu’ils ont levé les barrages, c’est le party.

À la boucherie Les mercenaires culinaires, le propriétaire me dit que je peux l’appeler sexy boy dans mon article, mais son vrai nom, c’est Frédéric Samuel. La pandémie, écoute ben, c’est super plate, mais pour moi, c’est une ben bonne affaire. Je suis dans le jus accoté.

Accoté semble être une expression chère à cette localité. Un mot qui ajoute du superlatif à tout.

Affable et rieur, le boucher m’explique qu’il vend fréquemment des pièces de viande qu’il vendait rarement avant. Comme des briskets de boeuf. Les gens apparemment se sont construit des fumoirs et se font du smoked meat.

Tsé, le virus, il est invisible. Mais si c’était des zombies, c’est certain que les gens resteraient chez eux.

Frédéric Samuel

Sans doute une parole de sagesse accotée.

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