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Il y a 100 ans, Sudbury était dirigée par le maire francophone Alfred Laberge

Un homme photographié en noir et blanc.

Alfred Laberge a été le plus jeune maire de Sudbury. Il avait 27 ans.

Photo : Archives Ville du Grand Sudbury

Il y a cent ans, Sudbury avait à sa tête un maire franco-ontarien. Alfred (Fred) Laberge a été premier magistrat en 1920 et en 1921.

Dans les archives de la Ville du Grand Sudbury, on apprend qu’il est né le 16 février 1893 à Sudbury, qu’il avait 20 ans lorsqu’il a pris pour épouse Marie Amenahar en 1913.

Les archives notent aussi qu’au sein de la compagnie de son père, la Laberge Lumber Company, on le surnommait lumber king.

Il a aussi été agriculteur.

Étonnamment, peu d’information et de recherche sont dédiées à ce maire âgé à l’époque de 27 ans.

L’historien consultant Serge Dupuis a sa théorie. Je dirais qu’il n’y a pas eu beaucoup de recherche sur les Canadiens français ayant joué un rôle au niveau de la municipalité, explique-t-il.

Un homme debout devant un classeur

Selon Serge Dupuis, les recherches ont plutôt porté sur le réseau institutionnel canadien-français, sous l’égide de l’église à l’époque.

Photo : Radio-Canada / Louis Garon

On s’est intéressé aux Jésuites, aux conseils scolaires séparés comme lieu de pouvoir, dit M. Dupuis. Ils avaient une influence déterminante sur la préservation et le rayonnement culturel des Franco-Ontariens et on s'est beaucoup moins intéressé aux figures qui se sont manifestées dans l’arène municipale. Le rôle des villes était plutôt secondaire, les élus s’occupant de dossiers comme la voirie et les égouts.

Des questions qui n’avaient pas nécessairement une incidence particulière sur la vie des Franco-Sudburois, dit-il.

Ça dépend des sources, ajoute l’historien Donald Dennie. Nous dépendons des sources disponibles et il est fort possible qu’il n’y ait pas dans les archives et autres documents à la bibliothèque, d’informations à son sujet (Alfred Laberge).

Tout ce que l’on sait, c’est qu’il a été le premier maire natif de Sudbury.

Donald Dennie, historien

Les archives retrouvées au sujet d’Alfred Laberge relatent que ce dernier aurait été à l’origine de l’arrêt temporaire de tensions linguistiques entre anglophones et francophones, commencées lors de la crise de la conscription en 1917, pendant la Première Guerre mondiale.

Au lendemain de la conscription, une élite anglaise a réalisé qu’il fallait réconcilier les anglophones et les francophones, relate Serge Dupuis. Déjà au Québec il y avait une motion déposée pour envisager l’indépendance et tout allait mal pour la question scolaire en Ontario, avec le Règlement 17.

Ce que l’on sait de M. Laberge est qu’il appartenait à la bourgeoisie francophone, son père étant un commerçant prospère, propriétaire de Laberge Lumber Company.

Un vieil article de journal jauni.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans son édition souvenir de ses 25 ans, le quotidien Le Droit avait un publireportage sur Alfred Laberge et l’entreprise familiale, Laberge Lumber Company.

Photo : Université d’Ottawa, CRCCF, PER1598

Politique d’alternance à la mairie

Quand Sudbury a été officiellement fondée en 1893, il était déjà entendu que la mairie alterne entre francophones et anglophones, dit l’historien Donald Dennie, une tradition qui se poursuivra jusqu’autour de 1904.

D’ailleurs, le premier maire élu était un francophone, Jean-Étienne Fournier, qui se faisait appeler Stephen.

Maires francophones à Sudbury jusqu’à Alfred Laberge :

  • Jean-Étienne (Stephen) Fournier 1893 et 1896
  • Francis Foley Lemieux 1903-1904
  • J. Alfred Laberge 1920-1921
Les armoiries de la Ville de Sudbury

La Ville de Sudbury a été incorporée en 1892. Avant son incorporation, cette région était située dans le canton de McKim. La Ville avait un conseil municipal composé d’un maire et de conseillers dont le nombre variait selon la population d’année en année.

Photo : Archives Ville du Grand Sudbury

Bon-ententisme

D’après ses lectures, l’historien Donald Dennie indique qu’il existait nettement un esprit de bonne entente entre les deux communautés.

Ça ne m’étonne pas, étant donné aussi la volonté de l’élite canadienne-française de durer dans le temps, explique Serge Dupuis. Dans l’arène municipale, mais aussi dans le domaine de l’éducation, l’on finit par comprendre que Sudbury ne peut être un melting pot. Elle ne peut être une société britannique, ceux-ci étant passablement minoritaire par rapport aux Canadiens français et par rapport aux minorités de l’Europe de l’Est.

Du temps qu’Alfred Laberge était maire, la ville de Sudbury comptait 8621 habitants dont 3091 étaient des francophones (36 %).

source: Donald Dennie, 1986,op.cit., p.14

La mairie, une élite

En remontant la liste des maires jusqu’en 1972, Donald Dennie remarque que ce sont surtout des commerçants qui ont tenu ce rôle.

Donald Dennie en studio à Radio-Canada à Sudbury

Donald Dennie est professeur à la retraite et il a écrit plusieurs ouvrages sur la région de Sudbury.

Photo : Radio-Canada / Sophie Houle-Drapeau

C’était une classe sociale assez prononcée, dit-il. Aucun maire ne provenait de la classe ouvrière entre 1893 et 1972, mais certains ont été conseillers municipaux.

Alfred Laberge a tenté un saut en politique fédérale, en 1925, sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Nipissing.

Il avait toutefois dû retirer sa candidature à l’investiture à la suite d’une affaire de chantage.

En 1926, il est redevenu candidat conservateur, mais a perdu l’élection aux mains du libéral Edmond Lapierre.

Avant de quitter Sudbury, Alfred Laberge a succédé à son père à la tête de la Laberge Lumber Company.

À sa retraite, il a déménagé à Montréal et est décédé en 1964 à sa résidence de Westmount.

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