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Les municipalités manitobaines près de la frontière américaine veulent qu’elle reste fermée

Panneau d'accueil au poste frontalier d'Emerson, au Manitoba.

Plusieurs municipalités proches de la frontière américaine jugent qu'il est encore trop tôt pour permettre les voyages non essentiels.

Photo : ASFC

Alors que le gouvernement fédéral demande à Washington de prolonger les limitations de circulation à la frontière, des municipalités manitobaines proches des États-Unis pensent qu’il est trop tôt pour l'ouvrir, malgré les pertes économiques pour certaines entreprises.

Dans la municipalité de Montcalm, au nord de celle d’Emersons-Franklin, le préfet Paul Gilmore est favorable à un prolongement de l’interdiction de voyager pour les voyages non essentiels.

La douane à Emerson est l’une des plus occupées dans notre région, explique-t-il. On est un peu inquiet de la façon dont la COVID-19 est gérée aux États-Unis. Au Manitoba, on a un assez bon contrôle sur cette pandémie. Mon inquiétude, c’est l’arrivée du monde de l’extérieur qui irait acheter de l’essence et qui irait dans les magasins.

À Emerson-Franklin, le préfet Dave Carlson n'est pas chaud à l'idée d'une réouverture des frontières pour le 22 mai vu le nombre de cas de COVID-19 aux États-Unis comparativement au Canada.

Plus à l’est, dans la municipalité de Piney, la conseillère municipale Mélanie Parent reconnaît qu’une réouverture des frontières n’aurait que peu d'avantages pour sa communauté.

« En ce moment, les gens qui habitent dans la municipalité de Piney et qui travaillent aux États-Unis peuvent voyager tous les jours. Aussi, si tu as besoin d’aller à l’hôpital, tu peux y aller. Tu es censé aller juste à l’hôpital ou à la pharmacie et revenir à la maison et tu n’es pas obligé de t’isoler pour 14 jours  », précise-t-elle.

D’autre part, elle ne voit pas la fermeture comme un mal. La fermeture de la frontière a apporté de bonnes choses avec des gens qui achètent plus localement. Moi-même, je ne suis pas allée aux États-Unis depuis le mois de février. On est à côté de la frontière et, des fois, on oublie que c’est un autre pays, souligne-t-elle.

Une fermeture qui pèse sur l’économie

Au-delà de la question de sécurité, la fermeture de la frontière avec les États-Unis à un effet direct sur l’activité de plusieurs commerces de ces municipalités limitrophes.

À Emerson, le préfet Dave Carlson ne cache pas qu’une réouverture représenterait une aide économique.

À South Junction, une coiffeuse, Chantel Preteau, a dû renoncer à un tiers de sa clientèle en provenance des États-Unis.

Ils ont déjà appelé et m’ont envoyé des messages. Ils veulent se faire couper les cheveux, mais je ne prends pas de rendez-vous pour eux pour le moment, explique-t-elle.

Elle ajoute avoir pris ces mesures pour des raisons de sécurité étant donné qu’elle a de nombreux clients de plus de 65 ans.

Le salon de coiffure de Chantel Preteau vu de l'extérieur.

Le salon de coiffure de Chantel Preteau reçoit de nombreux clients américains en raison de la proximité avec la municipalité de Roseau.

Photo : Chantel Preteau

Chantel Preteau a rouvert son salon au début de la semaine et assure avoir tout de même des rendez-vous pour le mois, grâce au retour de certains de ses clients dans le sud de la province pour l’été.

Si c’était arrivé pendant l’hiver, cela aurait été plus difficile, affirme-t-elle.

Pour d’autres, en revanche, l’activité estivale est essentielle. C’est le cas de la boutique hors taxes d’Emerson.

On ne peut pas vendre des produits hors taxes s’il n’y a pas de voyages transfrontaliers, souligne le copropriétaire, Simon Resch.

L’entreprise ne fait plus que 10 % de son chiffre d’affaires grâce au passage des transporteurs commerciaux.

Nous avons les aides fédérales qui nous permettent de continuer et de payer certains de nos salariés, mais comme toutes les autres entreprises saisonnières, nous dépendons de l’été. Si nous ratons la saison, alors pour nous, ce sera une autre réalité à laquelle il faudra faire face.

Une citation de :Simon Resch, copropriétaire de la boutique hors taxes d'Emerson

Il ajoute qu’il lui faudra alors renoncer à la vente de certaines marchandises. J’ai un entrepôt avec 300 000 $ de spiritueux que je ne peux vendre à personne et sur lequel je vais devoir m'asseoir pendant un an, précise Simon Resch.

Selon lui, si la fermeture se poursuit, il devra changer d’activité s’il veut à nouveau faire rentrer de l’argent dans son compte en banque.

Des Américains qui attendent les Canadiens

De l’autre côté de la frontière, la question de la saison touristique est aussi sur toutes les lèvres.

Le Canada est notre premier partenaire touristique. Nous avons vu un demi-million de personnes chaque année en provenance du Canada vers les États-Unis et elles dépensent des centaines de dollars, explique le directeur de l’office de tourisme Explore Minnesota, John Edman.

Néanmoins, il reconnaît qu’une reprise de l’activité ne pourra se faire que lorsque la sécurité des clients et des travailleurs des deux côtés de la frontière est assurée.

Portrait de John Edman.

John Edman assure que le Minnesota compte grandement sur les visites des Canadiens pour son marché touristique.

Photo : Sarah Pierce Photography

Il précise toutefois que le Minnesota met en place des protocoles de sécurité sanitaire pour permettre la continuation de l’activité économique.

Nick Tainovich est le propriétaire des chalets de Zipper Bay Resort, au sud du Lac des Bois. Il est de ceux qui doivent suivre des protocoles stricts.

Nous prenons des précautions, nous mettons des désinfectants pour les mains à la disposition des clients, nous désinfectons nos bateaux. Notre bar et notre restaurant ne sont pas autorisés à ouvrir pour le moment, mais nous offrons de la nourriture à emporter. Nous ne permettons qu’à une seule personne à la fois d'être dans notre bureau, et il y a des plaques de plexiglas entre nos employés et les clients, indique-t-il.

Il ajoute que la plupart de ses clients canadiens viennent en hiver. Cet été, ils représenteront 10 % de la clientèle à laquelle il devra renoncer si les frontières restent fermées.

John Edman, lui, ne se fait pas d’illusion. Il sait que la reprise est encore loin.

Cela va prendre du temps pour que les gens pensent qu’ils sont en sécurité. C’est probablement la plus grosse crise à laquelle nous aillons eu à faire face dans notre carrière. En février, cela semblait être quelque chose d'éphémère et nous nous préparions à une saison prometteuse, mais, rapidement tout a changé d’une manière qui est devenue un désastre pour notre industrie, conclut-il.

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