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COVID-19 : le grand défi de reprendre le tournage des séries dramatiques

Sept personnes sont autour d'une table et ont une réaction de surprise.

Une scène du dernier épisode de la saison de « District 31 »

Photo : Aetios production

Cecile Gladel

Les fans qui attendent la suite de District 31 en septembre devront patienter avant de connaître le mot de la fin. En raison des mesures mises en place depuis le début de la pandémie, il est difficile d’imaginer que les tournages des œuvres de fiction pourront reprendre rapidement. Mais l'industrie tente de trouver des solutions.

Par exemple, l’équipe de 5e rang adapte présentement ses scénarios pour intégrer la COVID-19. Mais ce n’est pas la seule avenue possible.

Une reprise difficile à concevoir

District 31, 5e rang, M’entends-tu?, Léo, Les mecs et Six degrés sont parmi les séries québécoises dont le tournage a été interrompu ou n’a même pas pu commencer.

Dans le milieu, beaucoup de gens voient difficilement comment les caméras pourraient se remettre à tourner. C’est le cas notamment de la productrice de District 31, Fabienne Larouche.

J’étais super optimiste en avril. Là, je ne pense pas qu’on va tourner avant un an, avant qu’on ait un médicament. [...] Ce n’est pas nous qui allons imposer le tournage, on est tributaires de la santé publique. Il est difficile de croire qu’on pourra tourner à six pieds de distance. Comment passer les menottes à quelqu’un à cette distance dans District 31? [...] De toute manière, je veux que personne n’attrape ça sur mes plateaux.

Une citation de :Fabienne Larouche

Steve Laplante, l’un des comédiens de la série Léo, ne voit pas lui non plus quand les tournages pourront reprendre. Je pense que le gouvernement ne le sait pas plus, remarque-t-il. J’essaie de ne pas avoir trop d’attentes, car mes espoirs sont assez minces. Je ne pense pas qu’on puisse tourner cet été, mais on verra, ça peut évoluer vite.

La femme sourit.

Fabienne Larouche sur le plateau d'une émission

Photo : La production est encore jeune inc.

Pour reprendre les tournages, plusieurs obstacles se dressent devant la volonté de l’industrie, dont la question des compagnies d’assurances, qui ont ajouté des clauses COVID-19. Donc, on n’est pas assurés, précise Fabienne Larouche.

Imaginons qu’il y a juste un comédien dans la production qui l’attrape : il faut arrêter, il faut mettre les autres en quarantaine. C’est extrêmement compliqué, et ça implique un coût faramineux, ajoute la présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent.

Les mesures de distanciation physique que tout le monde doit respecter pour le moment compliquent aussi la reprise. Les comédiennes et comédiens ne pourront tourner avec des masques.

Pendant les répétitions, on va le porter, puis l’enlever et devoir se remaquiller et se repeigner pour la scène? Imaginez-vous aussi le nombre d’objets que je touche pendant que j’interprète un rôle et que d’autres touchent. Quelqu’un va devoir tout désinfecter chaque fois, ce qui me paraît impossible.

Une citation de :Sophie Prégent

L’âge des membres des distributions est un autre des problèmes à résoudre. Ça fait deux mois que je n’ai pas vu mon père. Comment est-ce je peux jouer avec quelqu’un qui a 72 ans en me sentant à l’aise et en n’ayant pas peur de lui faire contracter le virus? Je ne peux pas imaginer comment je pourrais me sentir si ça arrivait, se demande Sophie Prégent.

La comédienne regarde la personne qui fait l'entrevue.

La présidente de l'UDA Sophie Prégent

Photo : Radio-Canada

La seule lueur d’espoir de Fabienne Larouche est un affaiblissement du virus pendant l’été qui permettrait de finir le tournage des huit derniers épisodes de la quatrième saison de District 31. Mais elle en doute fortement. On a été les premiers à arrêter, on sera les derniers à revenir. Tout peut arriver, il faut être patient. Les textes sont prêts, et les comédiens ont signé leur contrat pour la saison 5.

Des solutions pour tourner?

Malgré tout, l’industrie tente de trouver des solutions.

Du côté de Radio-Canada, on demeure optimiste. On est en discussion avec tous ceux qui sont en ondes cet automne, et aucun ne nous a dit carrément : “On n’y sera pas.” [...] Je ne peux pas parler pour Fabienne [Larouche], mais lui ayant parlé à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, je pense qu’elle signalait le pire scénario possible. Nous, on pense qu’il y a d’autres choses qui peuvent arriver avant ça, on est seulement en mai, soutient Dany Meloul, la directrice générale de la Télévision de Radio-Canada.

Portrait de Dany Meloul, une femme aux cheveux bruns.

Dany Meloul

Photo : Radio-Canada

En s'inspirant des mesures sanitaires déployées par des émissions de variétés en cours Bonsoir bonsoir! et Ça va bien aller, l'Association québécoise de la production médiatique (AQPM) veut reprendre les tournages des émissions de fiction dès cet été. La présidente-directrice générale Hélène Messier soutient que c’est possible.

On a vu des mesures intégrées lors d’En direct de l’univers avec l’utilisation de plexiglas, il y a moyen de séparer des acteurs avec de grands plexiglas qu’on ne verrait pas à l’écran; on peut changer les angles de caméra. Les producteurs sont en train de regarder leurs émissions scène par scène pour voir comment on peut revoir les pratiques pour que ça soit tout à fait sécuritaire de reprendre les tournages.

Une citation de :Hélène Messier

Fabienne Larouche doute de cette solution. Les plexiglas qu’on enlève en postproduction, ça va prendre plus de temps, on ne sera plus capable de livrer [les épisodes], soutient-elle.

Une série comme 5e rang pourrait recommencer plus rapidement, puisque le tournage se déroule hors de la grande région de Montréal et que de nombreuses scènes sont tournées à l’extérieur.

Elles sont dehors à la ferme.

Kim (Catherine Brunet), Julie (Marie-Ève Milot) et Marie-Luce (Maude Guérin) dans une scène de la série « 5e rang »

Photo : Productions Casablanca inc. / Bertrand Calmeau

D’ailleurs, le scénario est actuellement revu pour y intégrer la COVID-19. Ceci permettrait de justifier les différentes mesures à prendre pour suivre les consignes gouvernementales et le confinement des deux comédiennes et du comédien de la série qui ont plus de 70 ans.

Rien ne va se faire sans qu’on joue dans les textes de façon à ce que les comédiens soient à bonne distance, précise la productrice Joanne Forgues, présidente des Productions Casablanca, qui produit 5e rang.

Si le tournage pouvait reprendre, les comédiennes et les comédiens devraient tourner en respectant la distance de deux mètres.

On peut aussi utiliser des lentilles pour les montrer proches alors qu’ils ne le sont pas. Ils peuvent également faire les scènes un à la fois. On pourrait aussi suggérer les scènes d’amour au lieu de les voir, mais ça ne peut se faire longtemps.

Une citation de :Joanne Forgues

La productrice pense faire un essai avec un épisode pour s’assurer qu’une reprise est possible. Mais elle est consciente que cette formule ne s’applique pas à tout. Elle a dû annuler le tournage d’une série prévue pour Bell Média en Nouvelle-Écosse. On a aussi un projet en développement pour TVA, une partie est écrite, mais ça ne marche pas, on dénaturerait trop le projet [en le modifiant], explique-t-elle.

Le comédien devant un micro pointe avec l'index pendant la lecture.

Steve Laplante lors de sa participation à une émission de radio.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Steve Laplante, qui est aussi scénariste, pense que certains scénarios peuvent s’adapter, mais qu’ils sont rares. Je ne suis pas prêt à sacrifier un scénario pour le tourner au temps de la COVID, je pense que des histoires méritent d’attendre.

Sophie Prégent est d’avis que les seuls scénarios qui pourraient être tournés sont ceux écrits en temps de pandémie. On pourrait créer un concept de dramatique dans un régime de la COVID-19. On pourrait faire jouer des couples qui sont ensemble dans la vie, suggère-t-elle.

Une autre solution avancée, notamment aux États-Unis, est de confiner les équipes pendant le tournage. Une solution qui semble impossible au Québec. On n’a pas les moyens d'avoir tout le monde à l'hôtel pendant 150 jours de tournage, dit Fabienne Larouche.

Il faut que ce soit les mêmes comédiens. Si un comédien ne joue qu’une journée, ça ne marchera pas, ajoute Joanne Forgues.

Discussions pour s’entendre sur des mesures

La PDG de l’AQPM, Hélène Messier, souhaite que le milieu travaille à établir des mesures communes, pour que les tournages puissent reprendre.

On voudrait avoir un comité de travail avec la santé publique et la sécurité au travail, l’UDA, l’AQTIS, des représentants des réalisateurs et des producteurs pour pouvoir discuter des mesures qui pourraient être mises en place. Ça se fait partout dans le monde. Je ne vois pas pourquoi on n’arriverait pas à trouver des solutions pour pouvoir le faire ici, soutient-elle.

La femme regarde devant elle, la tête un peu penchée vers son épaule.

Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique

Photo : Radio-Canada

Mesures ou pas, du côté de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS), on ignore s’il sera possible de tourner sans vaccin ou médicament. On peut innover. C’est sûr que les tournages risquent d’être plus longs. Nos techniciens réfléchissent, car ce sont des spécialistes, à des façons pour reprendre les tournages, mais il est clair que ça sera ralenti. On ne pourra plus travailler au même rythme qu’on le faisait avant, soutient Gilles Charland, directeur général de l’AQTIS.

Il explique d’ailleurs que l’AQTIS a eu des rencontres avec le gouvernement pour que les budgets annoncés deviennent réels afin d’offrir des compensations pour les mesures additionnelles que les producteurs devront mettre en place.

L’association demande aussi que la reprise soit ordonnée et coordonnée par le Bureau du cinéma. Quand ça va reprendre, tout le monde va vouloir produire, il faut une vision globale et une coordination.

L'homme regarde devant lui.

Gilles Charland, directeur général de l’AQTIS

Photo : Radio-Canada

L’UDA ne voit pas quand on pourra reprendre les tournages des dramatiques. Sophie Prégent est catégorique : Pour le moment, il est impossible de répondre à cette question, car il y a trop d’enjeux importants qu’on n’est pas capables de régler, mais c’est ce qu’on essaie de faire. Pour retourner au travail, il faudra l’autorisation de la santé publique. Ce n’est pas nous qui allons décider. [...] Mais je n’aurais pas tendance à mettre des lunettes roses trop rapidement, martèle-t-elle.

Hélène Messier pense que la reprise des tournages est une question de volonté. C’est aussi une question d’apaiser les craintes. On va pouvoir établir les mesures ensemble. Des scènes seront peut-être plus difficiles à tourner, il faudra se questionner. On peut travailler avec des comédiens qui ont déjà une proximité. On est débrouillards, on est créatifs, on l’a montré avec les émissions diffusées la fin de semaine dernière. Il y a moyen de faire quelque chose, et ce serait dommage qu’à cause de la crainte, de mésentente entre nous et d’un manque de volonté pour trouver des solutions, on ne puisse pas arriver à démarrer les productions le plus tôt possible, soutient-elle.

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Le court-métrage Marie d'Amérique en tournage à Rimouski

Cinéma et télévision : quand et comment reprendront les tournages?

Photo : Radio-Canada

Les grilles de l’automne

Avec l’incertitude concernant la reprise des tournages, on peut s'interroger sur les grilles horaires de l’automne prochain.

Du côté de Télé-Québec, le tournage d’une seule dramatique n’a pas pu commencer ce printemps, celui de la troisième saison de M’entends-tu?. Cependant, le tournage de Like-moi! a été achevé, et la cinquième saison pourra être diffusée.

Les trois femmes regardent la caméra et posent devant un grand crucifix dans une église.

Ève Landry, Florence Longpré et Mélissa Bédard dans la série « M'entends-tu? »

À Radio-Canada, on souligne que c’est un casse-tête, mais que la grille d’automne ne sera pas vide de fictions. On a certaines émissions qui ont été tournées en avance. Certaines choses qui se trouvent sur la plateforme ICI Tou.tv devaient entrer en ondes cet automne, affirme Dany Meloul.

Et la moitié des épisodes de la troisième saison de 5e rang ont été tournés l'automne dernier. Il en manque donc six autres pour la terminer.

Les tournages de séries qui devaient être diffusées prochainement sur ICI Tou.tv, Je voudrais qu'on m'efface, Les mecs et Six degrés, n’ont pas pu être achevés.

TVA indique aussi travailler à différents scénarios pour la programmation d'automne.

En collaboration avec Louis-Philippe Ouimet

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