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L'école secondaire à la maison? Pas si vite! lance un expert

Un couloir vide avec des casiers dans une école.

La rentrée automnale, au secondaire, se déroulera-t-elle uniquement à distance, avec des écoles vides?

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Radio-Canada

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a évoqué du bout des lèvres la possibilité que les cours de niveau secondaire ne recommencent qu'à distance, en septembre prochain, tout en évoquant l'importance de la présence des enseignants pour les jeunes. Mais pour Égide Royer, le choix d'une rentrée virtuelle pourrait se traduire par une hausse du décrochage scolaire.

En entrevue sur les ondes de RDI, ce professeur à la Faculté d’éducation de l’Université Laval estime que les jeunes les plus vulnérables risquent de glisser entre les mailles du filet scolaire si l'école ne reprend pas en classe dès l'automne prochain.

L'ensemble des données de recherche que nous avons là-dessus et l'ensemble des pratiques exemplaires nous indiquent que nous pouvons nous attendre à une augmentation de 5 points de pourcentage, peut-être même 10 points du taux, qui décrocheraient en septembre 2020, ou en septembre de l'année suivante, a-t-il déclaré.

Selon ce psychologue, on pourrait ainsi compter jusqu'à 7000 décrocheurs supplémentaires si le ministère décide d'effectuer la rentrée scolaire de l'automne 2020 en ligne seulement.

Le ministre doit clairement indiquer [que cette option de rentrée à distance n'est plus sur la table], car simplement le fait de le mentionner, il y a déjà des jeunes qui réfléchissent à l'idée de ne plus retourner à l'école en septembre.

Imaginez le gars de 15, 16 ans, qui est déjà en échec scolaire en français ou en maths, qui n'a pas eu d'enseignement direct depuis la mi-mars, qui vit peut-être en milieu défavorisé, dont les parents n'ont peut-être pas fait de longues études non plus, et qui en plus, entend publiquement que l'enseignement ne sera offert qu'à distance en septembre, a poursuivi M. Royer, afin d'illustrer son propos.

Au dire de ce dernier, dans un contexte où l'on manquerait de place dans les locaux scolaires pour permettre la distanciation sociale entre les élèves, il faudrait plutôt penser à un système mixte, soit des cours à distance et en classe pour ceux qui n'éprouvent pas de problèmes scolaires, et des cours entièrement donnés à l'école pour les autres.

Une génération « fragilisée »

La députée péquiste Véronique Hivon, porte-parole de son parti en matière d'éducation, est du même avis.

De passage à l'émission Tout un matin, sur les ondes d'ICI Première, Mme Hivon s'est dite « incapable » d'imaginer une rentrée automnale à distance. Je pense que ça prend des mesures [pour les jeunes] pour maintenant, alors imaginer prolonger cet état-là pendant des mois et des mois, ce n'est absolument pas souhaitable.

La politicienne prône ainsi un retour physique au moins à demi-temps, pour permettre aux jeunes de l'adolescence, qui est une période tellement charnière, d'avoir un minimum de socialisation et de contacts, parce que la période d'isolement est très, très difficile.

Après avoir interpellé mercredi le ministre Roberge sur cette possible rentrée « virtuelle » en septembre, Mme Hivon dit avoir reçu de nombreux messages de la part de parents inquiets pour leurs enfants.

La députée ne veut pas non plus s'avancer sur les raisons motivant une éventuelle reprise des cours à distance pour les élèves du secondaire, même si certaines polyvalentes ont été réquisitionnées pour y loger des élèves du primaire, plus nombreux que prévu à retourner à l'école dans le cadre du déconfinement progressif.

Véronique Hivon s'interroge aussi sur le fait que le ministre ait évoqué cette reprise virtuelle au détour d'un point de presse, où il mentionne que plusieurs scénarios sont à l'étude, mais ne mentionne que celui-ci.

Je pense qu'il faut faire attention; il faut être transparent. Quand on émet un scénario, il faut le dire, et expliquer pourquoi on le fait. [...] Je crois qu'en ce moment, on a un peu l'impression que les élèves du secondaire sont laissés pour compte.

Véronique Hivon, députée et porte-parole du PQ en matière d'éducation

Voilà pourquoi [le Parti québécois] a fait trois propositions, [mercredi], pour nous assurer que nous ne créons pas une génération fragilisée à cause de la COVID-19, et on pense que si la santé mentale était un facteur justifiant le retour à l'école pour le primaire, eh bien, cela devrait être un facteur tout aussi important pour le secondaire­, a encore mentionné la politicienne.

Entre autres suggestions, le PQ a suggéré la création « d'escouades d'intervention en santé mentale pour les élèves du secondaire ».

Le troisième groupe d'opposition a aussi réclamé un budget d'urgence pour assurer un suivi psychologique des jeunes qui en ont besoin, en plus d'exiger la garantie de l'accessibilité à un ordinateur ou à une tablette électronique.

Véronique Hivon estime également que c'était « une erreur » d'indiquer que le suivi scolaire à la maison était facultatif, au début de la crise.

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