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Le traçage, une mesure cruciale pour limiter la propagation du coronavirus

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une femme portant un masque est assise devant son poste d'ordinateur.

Le reportage de Frédéric Arnould

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Plusieurs aspects du nouveau coronavirus demeurent inconnus aux yeux des experts, mais les mesures pour limiter sa portée sont indéniables : après le dépistage, la clé passe par le traçage.

Qui a été en contact avec un patient déclaré positif? Où s’est rendu ce patient au cours des derniers jours? A-t-il utilisé les transports en commun? Retracer les moindres déplacements et contacts de plusieurs dizaines de personnes par jour s’avère être un travail d’enquête qui nécessite du temps et des ressources importantes.

Alors que Montréal peine à endiguer la propagation de la COVID-19, devenant ainsi l’épicentre de la crise au Canada, l’Estrie qui a été durement touchée au début de la pandémie est quant à elle parvenue à stabiliser la progression du virus grâce, notamment, à ses opérations de traçage.

Comment se font ces enquêtes et avec quels moyens? Quand les tests arrivent, les positifs sont tous transférés à la direction de la santé publique et là, rapidement, quelqu’un les appelle, explique le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique en Estrie.

Rapidement, c’est le mot à retenir, selon différents experts, car c’est une véritable course à la montre qui est menée pour contenir la propagation rapide du virus.

On voit le devant de l'hôpital.

Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS)

Photo : Radio-Canada

Il faut reculer pour trouver la source de la maladie, où la personne aurait pu la contracter, parce qu'on peut faire des liens avec d'autres enquêtes ou un milieu de travail où il y a déjà eu d’autres cas par exemple, explique le Dr Poirier.

Là où ça devient compliqué, selon lui, c’est de traquer les contacts d’une personne qui a été asymptomatique pendant plusieurs jours avant de commencer à ressentir des symptômes. « On recule un peu avant, dit-il. On sait qu'on a pu transmettre pendant qu'on était asymptomatique et quels sont les contacts qualifiés. »

Ces enquêtes sanitaires, nécessairement rigoureuses, peuvent s’avérer être longues, comme l’affirme Françoise Gendron, médecin-conseil à la direction de la santé publique de l'Estrie. C'est un questionnaire de 13 pages avec beaucoup beaucoup d'informations, beaucoup de détails, de données générales, explique-t-elle.

Au tout début, on avait des gens de retour de voyage qui avaient fait plein d'activités sociales, beaucoup de contacts. Une personne pouvait générer 100 contacts.

Françoise Gendron, médecin-conseil à la direction de la santé publique de l'Estrie
Une femme aux yeux bleus répond aux questions d'un journaliste.

Françoise Gendron est médecin-conseil à la direction de la santé publique de l'Estrie.

Photo : Radio-Canada

Le manque de ressources et de temps pour mener à bien les traçages inquiète Benoît Mâsse, professeur de médecine sociale et préventive à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Selon lui, la meilleure façon de compenser l’augmentation du nombre de contacts dans la population est non seulement d’effectuer beaucoup plus de tests de dépistage, mais aussi de retracer rapidement tous les contacts des personnes infectées. Il faut que ça soit extrêmement efficace et rapide, insiste celui qui était responsable des opérations de traçage en Guinée lors de la crise de l’Ebola.

Il faut accompagner les tests de dépistages avec le suivi des contacts, le traçage […] Et tout ça doit se faire excessivement rapidement.

Benoît Mâsse

Pour un cas positif, en moyenne, il faut une équipe de 10 professionnels de la santé publique pour contacter toutes les personnes ayant été en contact avec le patient.

« On a commencé à faire ça en pelures d'oignon, mentionne le Dr Poirier. On a mobilisé toute l'équipe de protection de la santé, des gens habitués à faire des enquêtes, même si c'est dans d'autres domaines. Après ça, les autres professionnels qui ne font pas ça normalement, qui travaillent en prévention du tabagisme, le développement des tout-petits, etc., ont aussi été mobilisés. »

Le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Photo : Radio-Canada / John Naïs

À Sherbrooke, une véritable armée d'enquêteurs a ainsi été mise sur pied et tous sont en mode télétravail. Au plus fort de la crise, plus d'une cinquantaine de personnes ont passé leurs journées à appeler les longues listes de gens possiblement contaminés dans les 48 heures.

On ne peut pas se permettre d’attendre des résultats de tests pendant deux ou trois jours, puis deux ou trois autres jours pour des courriels, et puis retester des contacts […] On ne peut pas se permettre que tout ça soit très long.

Benoît Mâsse

À la différence de l’Estrie, Montréal devra compter beaucoup plus sur des outils informatiques pour gérer le volume de données générées par les enquêtes de traçage, étant donné la densité démographique de la métropole.

Par ailleurs, Montréal, qui compte cinq centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) pour gérer la crise, nécessite une administration centralisée, selon Isabelle Samson, présidente de l'Association des spécialistes en santé publique du Québec.

« On a vu que c'était facilitant en Estrie, dit-elle. Pour Montréal, ça peut être une richesse d'avoir des établissements plus près de la population, dans le quotidien, pour avoir des services de santé plus adaptés à la réalité territoriale. Mais en temps de crise, c'est sûrement un facteur qui complexifie l'intervention. »

Ailleurs au Québec, dans les régions relativement épargnées par la COVID-19, la prudence reste de mise. Selon M. Mâsse, les autorités ne doivent pas attendre d’avoir une éclosion locale pour augmenter le personnel. S’il y a une chose qu’on a apprise avec la première vague, c’est que, si l'on donne une chance au virus, il est très difficile à rattraper, dit-il.

D'après un reportage de Frédéric Arnould

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