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Ottawa appelé à régulariser le statut des « anges gardiens » demandeurs d’asile

Une femme portant un masque de protection pousse le fauteuil roulant d'un homme portant lui aussi un masque.

Une préposée aux bénéficiaires aide au transfert d'un résident à l'extérieur d'un centre de soins de longue durée.

Photo : Evan Tsuyoshi Mitsui

Radio-Canada

Des organismes d’aide aux migrants haïtiens demandent au gouvernement fédéral de régulariser le statut des demandeurs d’asile qui occupent des emplois sur la ligne de front contre la COVID-19.

Bon nombre de ceux qui ont emprunté le chemin Roxham, entre l'État de New York et le Québec, en quête d’un meilleur avenir travaillent en première ligne contre la pandémie, que ce soit comme commis d’épicerie, gardiens de sécurité, ou encore préposés aux bénéficiaires dans les résidences pour personnes âgées au Québec.

C’est le cas notamment de Patricia*, 26 ans, arrivée au Québec en septembre dernier pour fuir les États-Unis où elle dit avoir été victime de « maltraitance » par ses employeurs. Après avoir présenté une demande d’asile, la jeune femme originaire d’Haïti s’active pour trouver un emploi et suit ainsi une formation de 750 heures pour devenir préposée aux bénéficiaires. Une fois formée, elle se voit rapidement embauchée par une agence qui la déplace d’un CHSLD à un autre dans la grande région de Montréal.

Mais depuis le début de la crise du coronavirus, il y a deux mois, Patricia est dépêchée dans des unités « chaudes » de CHSLD, où elle soigne les patients infectés. Une tâche noble, dit-elle en parlant de son travail.

À la question de savoir pourquoi elle a choisi ce métier, elle répond : « C’est comme naturel » pour les Haïtiens. En grandissant, on voit nos parents prendre soin de nos grands-parents. C’est comme une responsabilité qu’on a.

On ne peut pas laisser les personnes âgées seules comme ça, donc on fait appel à nos cœurs.

Patricia, demandeuse d'asile

Le plus dur pour elle est de voir les gens souffrir et mourir. Ça fait mal, ce n’est pas facile de travailler, dit-elle. Les gens sont malades, ils toussent, mais il faut bien les nourrir et changer leur couche.

Les horaires aussi sont difficiles à gérer, en plus de devoir faire des heures supplémentaires pour combler le manque de préposés dans les établissements.

La jeune femme a elle aussi contracté la COVID-19 il y a près de trois semaines, mais elle affirme avoir repris le travail après deux semaines de confinement. J’avais seulement mal à la tête, raconte-t-elle. C’est comme si j’avais un éléphant sur la tête.

Le gouvernement Trudeau interpellé

Le cas de Patricia est loin d’être isolé. C’est pour cette raison que des organismes d’aide aux migrants haïtiens exhortent le gouvernement fédéral à régulariser le statut des demandeurs d’asile qui travaillent sur la ligne de front contre la pandémie.

La meilleure façon de leur dire merci, c'était vraiment que le gouvernement fédéral crée un programme spécial permettant la régularisation du statut de ces revendicateurs de statut.

Ninette Piou, directrice générale du Centre N A Rive

Dans une lettre ouverte publiée jeudi dernier, les organismes font appel à la « sensibilité » du premier ministre Justin Trudeau pour « se pencher sur le sort » de ces migrants.

Beaucoup d'entre eux ont frôlé la mort et ont perdu des collègues, peut-on lire dans cette lettre. Nous peinons à imaginer que nos anges gardiens puissent être expulsés du pays sitôt la bataille gagnée. Un tel geste irait à l'encontre de nos valeurs québécoises et canadiennes.

Chrystia Freeland lors d'une conférence de presse.

La vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Interrogée sur ce sujet le 8 mai dernier, la vice-première ministre du Canada Chrystia Freeland avait défendu le système canadien en le qualifiant de « juste ». C’est important pour nous d’être un pays de droit et on va continuer d’être ça, avait-elle affirmé.

Mais pour Mme Piou, l’idée que le Canada puisse expulser ces anges gardiens est inacceptable. Non, non et non. Impossible, je ne veux même pas y penser, lâche-t-elle.

La situation de ces gens est déjà dure, et elle est encore plus dure sans reconnaissance, poursuit-elle. Ça serait inacceptable. Ça serait un choc pour nous et pour le Québec s’ils sont renvoyés à la fin de la crise.

Elle affirme par ailleurs qu’une pétition sera bientôt lancée sur le site du Parlement canadien pour inviter la population à nous appuyer dans notre démarche, parce que c’est une cause juste et noble.

* Le nom a été changé afin de préserver l’anonymat de la demandeuse d’asile.

D’après un reportage de Valérie-Micaela Bain

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