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Âgisme et pandémie : impact sur le marché du travail

Plan serré des mains d'un homme âgé signant un document.

Les études démontrent une discrimination fondée sur l'âge pour les personnes de plus de 50 ans à la recherche d'un emploi.

Photo : iStock

La pandémie de la COVID-19 bouleverse le marché du travail et inquiète les chercheurs d’emploi de 50 ans et plus.

La discrimination à l’encontre des personnes plus âgées risque d’être amplifiée dans le monde du travail, selon les experts.

Samia Hamoui, qui vit à Vancouver, peut en témoigner. Elle est à la recherche d’un emploi depuis 14 mois. La femme de 61 ans croit que la pandémie actuelle risque de modifier totalement la société et le marché du travail, et qu’il sera encore plus difficile de convaincre un employeur de la recruter.

Un groupe de femmes assises écoutent une femme debout.

Samia Hamoui donne un atelier au début de 2020 pour l'organisme I.S.S.B.C., qui offre des services aux immigrants dans la province.

Photo : Samia Hamoui

Pour les femmes plus âgées, c’est un peu compliqué, car les employeurs pensent qu’une femme plus mûre va manquer d’enthousiasme et d’énergie, qu’elle sera souvent malade, qu’elle sera moins fiable. C’est pour cela que c’est un peu difficile de convaincre l’employeur d’embaucher une femme plus âgée.

Samia Hamoui

La crise actuelle a magnifié le problème de l’âgisme qui était là bien avant, explique Martine Lagacé, professeure en communication et vice-rectrice associée à l’Université d’Ottawa. Cette spécialiste de la discrimination basée sur l’âge et des relations intergénérationnelles rappelle ce qu'est l’âgisme : Une forme de discrimination qui, souvent, est relayée à partir de stéréotype de représentation négative sur la base de l’âge. Le critère utilisé pour discriminer ou stigmatiser dans ce cas-ci, c’est l’âge.

Elle fait remarquer qu’à moins de mort prématurée tout le monde est à risque d’être l’objet d’âgisme. C’est une forme de discrimination qui est transversale par rapport à toutes les étapes de la vie finalement que l’on traverse.

La professeure en communication espère que la crise permettra vraiment à la société de faire le point et de se questionner sur le vieillissement dans notre société, entre autres, sur la façon dont on vieillit, le rapport qu'on a avec le vieillissement, la représentation qu'on s’en fait et la place qu'on veut offrir aux travailleurs âgés et aux personnes âgées en général.

Toutefois, elle est également consciente que la crise économique provoquée par la pandémie peut exacerber l’âgisme.

L’autre côté de la médaille qu’on ne souhaite pas, c’est que la problématique de l’âgisme se cristallise davantage en période de post-COVID, en ce sens qu’il y aurait là une forme encore plus aiguë d’âgisme qu’on pourrait observer sur le marché du travail et c’est probable quand même.

Martine Lagacé, professeure en communication et vice-rectrice associée à l’Université d’Ottawa

C’est ce que craint Andrew Wister, directeur du centre de recherche en gérontologie de l’Université Simon-Fraser.

Je m'inquiète de l'impact qu'auront l'éloignement physique et le risque plus élevé [que pose la COVID-19] pour les individus plus âgés sur la reconfiguration de la force de travail , affirme le chercheur.

Il cite les données sur la main-d’œuvre de plus de 55 ans : Nous savons que nous avons une main-d’œuvre vieillissante, environ 18 % de la population active totale est âgée de 55 ans et plus. Le pourcentage de personnes travaillant au-delà de 65 ans a même augmenté ces dernières années. Environ 10 % des femmes et 18 % des hommes travaillent au-delà de 65 ans. Et bon nombre de ces personnes travaillent dans divers domaines, mais en particulier une proportion importante travaille dans des domaines où les emplois sont moins bien rémunérés ou pourraient représenter un risque pour leur santé.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Selon Stéphane Lapierre, directeur général de l’Assemblée francophone des retraité(e)s et aîné(e)s de la Colombie-Britannique (AFRACB) et ancien directeur des ressources humaines, le marché du travail ne peut pas se passer de la main-d’œuvre plus âgée. Aujourd’hui, il y a moins de jeunes qu’il y en avait, il y a 40, 50 ans. Donc, il faut que les personnes plus âgées restent au travail plus longtemps pour rééquilibrer les forces dans le milieu du travail , rappelle-t-il.

Une entreprise pourrait avoir d’envie d’aller vers une personne plus jeune justement pour commencer dans une échelle salariale plus basse et former à une nouvelle méthode de travail. Alors, il y a cette une idée que les personnes âgées sont moins habituées aux nouvelles technologies et tout ça, mais il faut savoir que c’est pas toujours le cas. [Les personnes qui sont] dans la cinquantaine, début soixantaine sont déjà bien formées aujourd’hui avec les nouvelles technologies.

Stéphane Lapierre, directeur général, AFRACB

Les professeurs Martine Lagacé et Andrew Wister sont tous deux d’avis que des programmes et un engagement des gouvernements sont nécessaires pour accompagner les personnes âgées en particulier dans le contexte provoqué par la COVID. Je pense qu’il faut réfléchir attentivement à la façon dont nous pouvons mieux soutenir les personnes entrant et sortant du marché du travail et, en particulier, comment nous pouvons leur permettre de travailler en toute sécurité, souligne Andrew Wister.

Malgré les obstacles qu’elle rencontre, Samia Hamoui continue sa recherche d’emploi. Elle a obtenu quelques contrats de traduction et espère décrocher un poste comme conseillère auprès d’organismes qui viennent en aide aux personnes immigrantes et aux femmes victimes de violence.

Je ne cesserai jamais de continuer à chercher du travail parce que j’ai confiance en moi, j’ai de l’enthousiasme, et tant pis pour les gens qui ont des idées arrêtées. J’ai l’espoir de pouvoir un jour trouver un travail.

Samia Hamoui, Vancouver

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