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Cannabis au volant : une nouvelle technologie de dépistage canadienne

Un homme qui roule un joint de cannabis dans le siège du conducteur d'une voiture.

La nouvelle technologie pourra confirmer en moins d’une dizaine de minutes si un conducteur a consommé du cannabis.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Nicolas Haddad

Des ingénieurs de l'Université York à Toronto ont développé un nouveau dispositif pour dépister la présence de cannabis dans le corps.

La technologie utilise un laser et une caméra infrarouge de la taille de celle d’un téléphone intelligent pour mesurer le niveau de Tétrahydrocannabinol (THC), la molécule psychoactive principale dans le cannabis, dans la salive d’un individu.

Selon l’équipe qui a développé la technologie, cette nouvelle façon de dépister la consommation de cannabis peut rendre des résultats de tests en moins d’une dizaine de minutes, soit plus rapidement et plus précisément que ce qui est présentement sur le marché, affirme le professeur Nima Tabatabaei, qui a mené l’équipe de chercheurs.

Le prototype d'un dispositif de dépistage de molécules de THC dans la salive.

La nouvelle technologie détecte et mesure les concentrations de THC grâce aux signatures thermiques de nanoparticules d'or une fois exposées à la lumière.

Photo : Avec l'autorisation de l'université York

Nos évaluations du système en laboratoire ont démontré qu'il donne un très petit nombre de résultats faux positifs ou faux négatifs. Cela veut dire que le résultat de ce test a plus de crédibilité, selon le professeur de l’École Lassonde d'ingénierie.

L'Enquête canadienne sur le cannabis réalisée par Santé Canada en 2019 a révélé que parmi les répondants ayant consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois, 26 % d’entre eux ont indiqué qu'ils avaient été au volant d'un véhicule dans les deux heures après avoir fumé ou vapoté du cannabis.

Selon les données de l’organisme Mothers Against Drunk Driving (MADD), l’Ontario a déploré 138 morts liées à l’utilisation du cannabis au volant en 2014.

Un meilleur outil que ce qu’utilise la PPO?

La Police provinciale de l’Ontario (PPO) utilise présentement un outil nommé Dräger lors de ses contrôles routiers, qui détecte des résidus de cannabis dans la cavité buccale.

Le Dr Tabatabaei estime que son outil est plus précis et plus rapide que le test Dräger parce que sa technologie peut détecter des concentrations beaucoup plus faibles de THC, est plus pratique à transporter, et peut rendre des résultats plus rapidement.

L'agent de la PPO tape sur le clavier de l'appareil.

Un agent de la Police provinciale de l'Ontario entre des données dans un Dräger DrugTest 5000.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

En songeant à son éventuelle utilisation sur le terrain par les forces de l’ordre, l’équipe du Dr Tabatabaei a conçu l’outil de dépistage pour qu’il soit plus petit et plus mobile que le système Dräger, qui pèse 4,5 kg et doit être installé sur une table.

Tout comme la nouvelle technologie dévoilée par les chercheurs de l’université York, l’outil Dräger ne démontre que la présence de cannabis dans la bouche, mais ne prouve pas directement qu’un individu testé est intoxiqué.

Quant à la possibilité que la PPO utilise le nouvel outil développé par l’équipe du Dr Tabatabaei, le sergent Kerry Schmidt de la PPO a confirmé que c'est au gouvernement de tester et de vérifier la fiabilité des nouveaux appareils qui arrivent sur le marché. Jusqu'à ce moment-là, nous n'utiliserons pas d’autres appareils.

Photo de Andrew Murrie

Pour Andrew Murie de MADD Canada, les produits comestibles de cannabis représentent un plus grand danger au volant et sont plus difficiles à dépister.

Photo : Radio-Canada

Mais pour le PDG de l’organisme MADD, Andrew Murie, le plus grand danger maintenant au Canada, c’est que nous avons des produits comestibles de cannabis.

Selon ce dernier, les produits de cannabis digérés ne se dissipent pas à la même vitesse que ceux qui sont fumés ou vaporisés.

Le Dr Tabatabaei a confirmé qu’un produit comestible au THC encapsulé de sorte qu'il s'ouvre dans le système digestif n’apparaîtrait probablement pas dans la bouche, mais que tous les systèmes de dépistage de cannabis au volant sont sujets à cette même limite.

La technologie peut servir dans la lutte contre la COVID-19

L’équipe de chercheurs de l'Université York poursuit activement la commercialisation de sa découverte. Le Dr Tabatabaei estime que cette technologie peut dépister un grand nombre de molécules, qui vont au-delà du THC.

Notre technologie est une plateforme qui permet une lecture précise de tests rapides. Elle peut détecter différents types de molécules : le THC n’en est qu’une, et la COVID-19 en est une aussi, souligne le chercheur.

Échantillons de sang dans les laboratoires de l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal

L'équipe du Dr Tabatabaei veut adapter sa nouvelle technologie pour dépister la présence d'anticorps de COVID-19 chez les patients qui ont contracté le virus.

Photo : Radio-Canada / François GEnest

Si l’Université York demeure fermée à tous, l’équipe du professeur espère bientôt avoir accès au laboratoire de recherche afin d'enquêter sur les applications possibles de leur nouvelle technologie pour lutter contre la COVID-19.

Nous pouvons détecter des nanoparticules à des concentrations beaucoup plus faibles, ce qui signifie qu’on peut les détecter plus tôt, car la concentration d’une molécule augmente progressivement avec le temps, estime l'ingénieur.

Le Dr Tabatabaei pense que sa technologie peut notamment détecter les anticorps de la COVID-19 vers le 5e ou 6e jour de l'infection, ce qui en ferait un test de dépistage indirect qui révélerait si des individus contaminés seraient immunisés après avoir contracté le nouveau coronavirus.

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Toronto

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