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Analyse

La nouvelle cheffe et la nouvelle donne

Elle est en mêlée de presse avec des journalistes à l'Assemblée nationale du Québec.

La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au moment où le Québec entame son déconfinement, la politique sortira également de sa pause COVID. L’Assemblée nationale va reprendre ses travaux et le Parti libéral du Québec (PLQ), même si ce n’était pas ce qui était prévu, va commencer la session avec une nouvelle cheffe.

Il n’y a pas là une grande surprise. La campagne d’Alexandre Cusson était mal partie, n’avait jamais levé et n’allait nulle part. On avait davantage l’impression qu’on avait recruté le candidat pour éviter un couronnement bien plus que pour avoir une véritable course.

Dominique Anglade devient donc la première femme à diriger le plus vieux parti du Québec et la première cheffe issue d’une communauté culturelle. Ce qui montre bien le chemin accompli par le Québec, sans que cela ne semble plus déranger personne. Et c’est très bien.

Mais le monde a beaucoup changé depuis le début de la course à la direction du PLQ. Le principal défi de Mme Anglade, c’est que les exigences de la vie au Québec ne sont plus les mêmes depuis la crise sanitaire.

Le taux d’approbation du premier ministre François Legault a grimpé à des niveaux soviétiques même s’il a un peu baissé depuis. Mais surtout, le test pour tout aspirant au poste de premier ministre a changé : verrait-on cette personne au point de presse de 13 h, pendant une crise?

Il est d’ores et déjà évident que la prochaine campagne électorale, en 2022, se déroulera dans un Québec — et dans un monde — qui vivra encore les effets de la lourde récession provoquée par la pandémie et qu’elle se jouera essentiellement sur des thèmes économiques. Il n’y aura pas vraiment de place pour les questions identitaires, constitutionnelles ou pour la Loi sur la laïcité de l'État.

Faire de la politique autrement...

Le travail de Mme Anglade est donc bien différent de celui qu’elle avait imaginé quand elle a présenté sa candidature. Déjà, elle a montré qu’elle avait une qualité dont beaucoup de gens parlent, mais que bien peu savent mettre en pratique : « faire de la politique autrement ».

À l’une de ses premières entrevues comme cheffe, elle a admis d’emblée que le Parti libéral avait une part de responsabilité dans le fiasco des CHSLD. Elle n’est pas encore prête à admettre que la réforme de l'ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a aussi pu y jouer un rôle. Le fait que le député de La Pinière soit membre de son caucus y est sans doute pour quelque chose.

Il est clair que l’une des principales tâches auxquelles Mme Anglade doit s’attaquer est « le devoir d’inventaire », comme l'appellent les Français. Faire la part des choses entre le passif et l’actif des années du Parti libéral au pouvoir. C’est peut-être moins compliqué qu’il n’y paraît.

Les plus vieux se souviendront que lorsque Robert Bourassa a perdu le pouvoir, en 1976, on le décrivait volontiers comme un premier ministre corrompu et indigne. Ce qui ne l’a pas empêché de reprendre le pouvoir neuf ans plus tard…

Est-ce que Mme Anglade aura neuf ans devant elle? Est-ce que les libéraux — qui sont notoirement impatients quand ils ne sont pas au pouvoir — lui laisseront le temps de s’établir et, si nécessaire, de perdre une élection et de lui laisser une seconde chance?

Les péquistes ont congédié Pierre Marc Johnson, Bernard Landry et André Boisclair sans même leur laisser une deuxième chance. Il a fallu pratiquement une décennie (et les chefs Stéphane Dion et Michael Ignatieff) pour que les libéraux fédéraux puissent penser à reprendre le pouvoir.

Le véritable défi de Mme Anglade est donc de s’inscrire dans la durée. Le PLQ a subi, en 2018, sa pire défaite depuis la Confédération. Il n’a plus un seul député à l’est du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. On ne revient pas d’une telle défaite en quelques mois.

D’autant que la question de l’économie, qui a été le pain et le beurre du PLQ quand son adversaire était le PQ, ne lui appartient plus d’emblée.

Toutefois, le meilleur moyen de se remettre d'une telle défaite sera de marquer une véritable rupture avec le passé. Ce sera d’avoir la force d’attaquer de front la question qui mine encore le PLQ : l’éthique. Tant qu’il y aura des doutes à cet égard, que ce soit totalement prouvé par les tribunaux ou pas, il sera bien difficile pour les libéraux d’espérer construire pour l’avenir.

Même si c’est un héritage dont elle aurait préféré se passer, ce sera le premier chantier auquel Mme Anglade devra s’attaquer.

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