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L’aide fédérale pour le loyer commercial aidera peu d’entreprises

Un bar avec une grande sélection de bières.

Le pub torontois, The Edmund Burke, vient de rouvrir vendredi dernier et offre la récupération des achats à l'entrée.

Photo : Ginger Robertson

Des voix s’élèvent pour demander des changements au programme du gouvernement fédéral visant à alléger les loyers payés par les commerces, qui doit entrer en vigueur plus tard en mai.

Ottawa propose de réduire de 75 % les loyers commerciaux de moins de 50 000 $ par mois en payant la moitié du coût, alors que le propriétaire en absorbera le quart.

Mais limiter cette aide aux entreprises ayant interrompu leurs activités ou dont les revenus ont baissé d’au moins 70 % depuis le début de la crise sanitaire laisse beaucoup d’entrepreneurs au dépourvu.

Il y a beaucoup d’échappatoires dans ce programme. Les propriétaires ne sont pas du tout obligés de participer.

Une citation de :Ginger Robertson, propriétaire de restos-bars à Toronto
Un couple assis à une table dans un bar vide.

Ginger Robertson et son époux Russ Piffer sont propriétaires du pub The Edmund Burke et du restaurant Off The Hook, à Toronto.

Photo : Ginger Robertson

Même avec les livraisons et la récupération à l'entrée, Ginger Robertson peine à générer suffisamment de revenus pour couvrir son loyer et ses coûts fixes.

Selon elle, le prêt d’urgence de 40 000 $ d’Ottawa accordé aux petites entreprises comme les siennes ne va pas très loin, puisque ses loyers s'élèvent à des dizaines de milliers de dollars.

Nous payons d’énormes loyers et le peu de commandes à emporter qu’on fait ne nous sortira pas du trou, affirme l’entrepreneure.

Un homme marche devant un centre d'entraînement, fermé en raison de la pandémie.

Des centres d'entraînement sont toujours fermés en raison de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Selon un récent sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, seule une petite entreprise sur dix qui a besoin de cette aide fédérale pourra en bénéficier.

Parmi les entreprises sondées, plus du tiers (36 %) ne sont pas admissibles parce qu’elles ne répondent pas au critère d’une perte de revenus de 70 %. Près de la moitié des répondants disaient être admissibles, mais savent que leur propriétaire ne participera pas au programme (9 %) ou ne sont pas sûrs que leur propriétaire déposera une demande (40 %).

Le sondage de la FCEI a été réalisé en ligne auprès de 9266 entreprises membres entre le 24 et le 29 avril 2020. Un échantillon probabiliste avec le même nombre de répondants aurait une marge d’erreur de +/- 1,0 %, 19 fois sur 20.

La Fédération a d’ailleurs demandé aux provinces de suivre l’exemple du Manitoba, du Nouveau-Brunswick et de la Saskatchewan, et d’offrir jusqu’à 5000 $ aux PME pour les aider à couvrir leurs coûts fixes, comme le loyer.

Des jeunes filles en tutu dans un studio de danse.

Les cours de danse du studio torontois Joy of Dance se donnent en ligne depuis le 13 avril dernier, mais à moitié prix.

Photo : Marcia Leeder

Refus des propriétaires trop facile

Jennifer Jones craint que son studio de danse doive rester fermé encore plusieurs mois, en fonction du plan de déconfinement de l’Ontario.

Mon entreprise est probablement l’une des dernières qui pourront rouvrir. Et les classes virtuelles ne sont pas la solution.

Une citation de :Jennifer Jones, propriétaire du studio de danse Joy of Dance à Toronto

Pour amortir le choc, elle offre des cours en ligne à moitié prix, mais ce n’est qu’une fraction de ses élèves qui ont la technologie ou l’espace pour poursuivre leur formation de danse. Avec les coûts d’administration et des communications, je perds encore plus, dit-elle.

Jennifer Jones.

Jennifer Jones, fondatrice du studio Joy of Dance à Toronto, estime que son propriétaire ne sollicitera pas l'aide fédérale pour les loyers commerciaux.

Photo : Jennifer Jones

Mme Jones affirme que les critères et la procédure de demande de l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial (AUCLC) portent à confusion, ce qui découragera son propriétaire à solliciter cette aide fédérale, lorsqu’elle sera disponible.

Le gouvernement continue d’évaluer les répercussions de la COVID-19 et d’agir en conséquence, et est prêt à prendre d’autres mesures, notamment dans le cadre de l’AUCLC, au besoin, pour stabiliser l’économie et atténuer les répercussions de la pandémie, souligne Audrey-Anne Coulombe, porte-parole de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, l'organisme qui gère ce nouveau programme.

Interrogée sur la décision de laisser le processus de demande entre les mains des propriétaires, elle affirme que les gouvernements demandent instamment aux propriétaires de faire preuve de souplesse à l’égard des locataires aux prises avec des difficultés en cette période d’incertitude.

Des gens attendent en file alors que des marques sur le trottoir sont indiquées avec des lignes faites à la craie.

Malgré le déconfinement entamé dans plusieurs provinces, de nombreuses entreprises peinent à payer leurs coûts fixes, comme le loyer.

Photo : Kirk Fraser

Un moratoire sur les expulsions de locataires commerciaux

À Queen’s Park, des députés de l’opposition ont demandé au gouvernement de Doug Ford d’imposer un moratoire afin d’empêcher les entreprises locataires d’être évincées. Les propriétaires peuvent expulser leurs locataires à partir du 15 mai, a souligné le député vert, Mike Schreiner, en Chambre lundi.

Le député néo-démocrate Peter Tabuns suggère au gouvernement de suivre l’exemple du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, en s’inspirant des moratoires qu’ils ont entérinés en mars et en avril, respectivement.

Le premier ministre Ford se dit toujours à la défense des petites entreprises. Eh bien, c’est maintenant le temps d’agir pour les sauver et les empêcher de fermer pour de bon.

Une citation de :Peter Tabuns, député néo-démocrate

Pour sa part, le ministre ontarien des Finances, Rod Phillips, a répondu qu'il préfère attendre que le programme d’Ottawa entre en vigueur pour voir s’il fonctionne bien.

Le ministre des Finances de l'Ontario, Rod Phillips.

Le ministre ontarien des Finances, Rod Phillips, ne compte pas imposer de moratoire sur les expulsions de locataires commerciaux, pour le moment.

Photo : Assemblée législative de l'Ontario

Le ministre fédéral des Finances nous assure que ce sera dans les prochains jours. Nous évaluerons ensuite l’efficacité du programme afin de déterminer si d’autres actions sont nécessaires, a affirmé le ministre Phillips, en Chambre.

Il a ajouté que l’aide a été modifiée afin de répondre aux lacunes décelées, entre autres, par la FCEI et la Chambre de commerce de l’Ontario, sans donner plus de détails.

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