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chronique

Leur vie a changé quand Montréal a obtenu les Jeux olympiques

Il sourit et arbore une veste et chapeau aux couleurs de l'équipe canadienne.

Louis Bourassa

Photo : Louis Bourassa

Marie-José Turcotte

BILLET - Obtenir les Jeux olympiques pour Montréal, il y a 50 ans, le 12 mai 1970, tenait carrément de la pensée magique. Notre culture sportive était pour le moins minimaliste. Honnêtement, qui connaissait vraiment le pentathlon moderne, le canoë-kayak ou même l’athlétisme?

Mais nous avions un maire mégalomane, qui « trippait » sur les projets hors-norme. Et vous allez voir que « toute est dans toute ».

En 1963, le maire Jean Drapeau est en Suisse, un voyage qui s’insère dans la préparation d’Expo 67. À Lausanne, il visite le Musée olympique, il est fasciné par la pensée de Pierre de Coubertin, le rénovateur des Jeux modernes.

Voilà donc un projet qui ne manque pas de panache... oui. Montréal doit avoir les Jeux!

Et monsieur ne perd pas une seconde. Il essuie un premier refus en 1966, mais il gagne son pari en 1970! Montréal devient la première ville canadienne à s’attaquer à ce projet grandiose.

Ce 12 mai 1970, Jean Drapeau déclare :

L’olympisme est une véritable religion du sport, c’est une forme d’éducation infiniment puissante pour perfectionner l’homme sur le plan spirituel, moral et physique. Et à partir de ce moment, je pense que notre jeunesse va vivre à l’heure de l’olympisme.

Une phrase à la Coubertin. Mais des mots qui ont pris forme pour des jeunes de l’époque qui ont eu le privilège de vivre ces Jeux de l’intérieur.

Si je n'avais jamais été sélectionnée sur l’équipe nationale pour les Jeux, jamais je n'aurais fait la même carrière. C'est comme si ç’a changé complètement ma vie, je me suis accrochée à ce sport-là.

Louise Beaumont, équipe Canada 1976, handball
Ils rament

Louis Bourassa, York Langerfeld, Louis Prévost et André Renart

Photo : Louis Bourassa

Les Jeux de Montréal ont été pour moi une expérience déterminante, autant pour ma vie personnelle que ma vie professionnelle.

Louis Bourassa, équipe Canada 1976, aviron

Donc, des parcours de vie qui ont été façonnés par une participation aux Jeux. Par la vision de Jean Drapeau. Mais en parallèle, c’est toute notre approche au sport qui a dû être transformée.

L’histoire de Louise Beaumont est assez éloquente. Le handball pour les femmes est présenté pour la première fois aux Jeux de Montréal.

En 1975, on voit bien que notre équipe nationale n’est pas de niveau. On tente une restructuration, on invite les meilleures joueuses du pays pour un camp d’évaluation de deux semaines. Louise Beaumont n’a que 16 ans, elle est la plus jeune du groupe, mais elle a d’excellentes habiletés physiques. À son plus grand étonnement, elle est choisie dans l’équipe nationale.

Et là, je fais : "Ben non, je reste à Granby, je ne peux pas m'entraîner à Montréal". Et là, on me dit : "On te prépare pour les Jeux olympiques. Dans deux semaines, on part pour la Roumanie." Je n'ai pas de passeport.

Je n'ai jamais pris l’avion... C'est comme "wow". Je pensais faire les Olympiques plus tard, mais je ne pensais pas que ça allait aller si vite, raconte-t-elle.

Une histoire qui serait totalement impossible aujourd’hui! C’était de la grande improvisation.

Elle porte un survêtement aux couleurs de l'équipe canadienne et est entourée de ses coéquipières.

Louise Beaumont, au centre avec les cheveux longs

Photo : Louise Beaumont

Il faut comprendre que l’obtention des Olympiques a forcé une réflexion. On a assisté aux balbutiements d’une philosophie sportive. Avec par exemple les Jeux du Québec qui voient le jour en 1971.

Pour rivaliser en 1976, ça prenait beaucoup plus. Le gouvernement met donc en place le programme Mission Québec 76. On ouvre aussi le CENA, le centre d'entraînement national, dans un immense hangar de Canadair (maintenant une filiale de Bombardier aéronautique). On partait de loin!

Les jeunes qui ont pu profiter de cette manne ont vécu des expériences fabuleuses. L’aviron n’était pas populaire au Québec. Faute d'organisation, ça prenait des gens dévoués. Ce qui a permis à Louis Bourassa de se retrouver aux Olympiques dans un bateau majoritairement francophone.

J'ai eu la chance d'être avec la Fédération des sports d'aviron du Québec, dirigée par Harry Goetschi, qui était vraiment un supporteur des athlètes du Québec pour l'aviron et qui nous a donné la chance de compétitionner en Europe et aux États-Unis, se souvient-il.

Comme l'aviron était contrôlé principalement, dans ce temps-là, dans le sud de l'Ontario par St. Catherines, est-ce que sans Mission Québec 76, on aurait eu la chance de compétitionner, d'être exposé à des courses autant du côté national que nord-américain, qu'européen? Sûrement pas.

Ils sont debout devant les pyramides qui leur servaient de logement.

Louis Prévost, Louis Bourassa, André Renart et York Langerfeld devant le village olympique de Montréal

Photo : Louis Bourassa

La perte d’innocence

Pendant leur préparation pour les Jeux de Montréal, les athlètes de chez nous ont eu la chance de voyager, de s’ouvrir sur le monde. Dès son premier stage à l’étranger avec l’équipe nationale, Louise Beaumont réalise que les méthodes de l’ancien bloc de l’Est étaient pas mal différentes des nôtres.

J'arrive en Roumanie, du haut de mes 16 ans, les athlètes sont vraiment plus vites, plus fortes, plus grosses que nous autres, raconte-t-elle. Elles s'entraînent à temps plein.

On apprend qu’elles n’ont pas de salaires, mais on leur donne des maisons, elles n’ont pas besoin de gagner d'argent, ne vont pas à l'école. Moi, je ne comprends rien :  "Voyons, c'est quoi?" Je ne sais pas moi qu'il y a deux vitesses au sport amateur, le nôtre et celui de certains systèmes organisés. J'ai réalisé : "Coudonc, c'est pas juste."

Elle s'apprête à faire un service.

Louise Beaumont

Photo : Louise Beaumont

Et l’on sait aujourd’hui que ce n’était pas la seule injustice. Le quatre de couple mené par Louis Bourassa se situe dans le top 10 mondial. Un bateau normalement compétitif sur la scène internationale de l’aviron. Mais aux Championnats mondiaux et aux Jeux olympiques, il se faisait dominer.

On se demandait : "Voyons, qu’est-ce qui se passe? " Probablement qu'eux autres, ils savent comment s'entraîner, alors que nous, on ne le sait pas et par conséquent on perd. On avait toujours cette impression qu’ils avaient la capacité d'atteindre le pic de leur performance au bon moment, alors que nous, ce n'était pas le cas malgré le fait que l'on prenait bien de la vitamine C.

Louis ajoute à la blague : La conclusion, c'est qu'on aurait dû prendre autres chose que de la vitamine C...

Une vie transformée

Deux athlètes, deux expériences différentes. Mais deux vies à jamais marquées par l’aventure des Jeux de Montréal.

Pour Louise Beaumont, le handball a été au centre de sa vie. À travers sa discipline, elle a découvert la physiothérapie. Jusqu’en 1999, elle a été la physio de l’équipe nationale féminine de handball et, depuis, elle est avec l’équipe des gars.

Elle manipule le pied gauche d'une patiente.

Louise Beaumont dans sa clinique de physiothérapie

Photo : Louise Beaumont

Surtout, avec ses deux partenaires, Jeannie Barette et Brigitte Léger, elles ont mis sur pied la Clinique de physiothérapie du sport du Québec. Leur approche multidisciplinaire leur a permis de développer la médecine sportive.

Une histoire que je vous raconterai bientôt.

Quant à Louis Bourassa, il a quitté la compétition après les Jeux de Montréal, pour aller faire son MBA à HEC Montréal. Aujourd’hui, il est premier vice-président de Fiera Capital.

À sa sortie de l’université en 1982, il a répondu à une offre d’emploi pour la Banque de Montréal. En entrevue, on lui dit : Monsieur Bourassa, c’est clair que vous n’êtes pas qualifié pour ce poste, mais je voulais vous féliciter pour votre participation aux Jeux olympiques.

Et Louis de lui répondre :

Monsieur, si vous avez la chance d'engager une personne qui a été une des meilleures au monde, que ce soit dans le sport, dans la musique, dans l'art, à votre place, je pense que je l'engagerais.

Oui, pourquoi?, lui répond-on.

Parce que je pense que pour être capable d'atteindre ce niveau-là dans quelconque activité, ça prend beaucoup de persévérance, de travail d'équipe, beaucoup de discipline. Il faut aussi être capable de gérer les mauvaises journées, mais de toujours rester focalisé sur ce que l'on veut atteindre et je présume que c'est aussi ça que vous cherchez dans votre domaine.

Quelques semaines plus tard, Louis Bourassa décrochait l’emploi. C’était le début de sa carrière en finance. Chaque fois qu’il a fait face à l’adversité, il s’est souvenu qu’en aviron, il a perdu bien plus souvent qu'il a gagné, mais que toujours, il a trouvé des solutions pour s'améliorer. C’est son héritage des Jeux.

Jean Drapeau serait certainement heureux de constater que 50 ans après l’obtention des Olympiques, des athlètes lui donnent raison. Dans leur cas, les Jeux ont été bien davantage qu’une performance athlétique.

Louise Beaumont et Louis Bourassa avaient déjà leur personnalité et leurs qualités. Mais leur aventure aux Jeux de Montréal a solidifié leur identité et influé sur le reste de leur vie.

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