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La recherche scientifique en temps de pandémie

Des sarraus blancs sur des chaises dans un laboratoire de médecine.

Le laboratoire de médecine de précision de l’Université de Moncton.

Photo : Maxime Boudreau, Université de Moncton

Rose St-Pierre

Depuis deux mois, les laboratoires de recherche sont fermés à clé et les expéditions sur le terrain suspendues. Les chercheurs perdent de précieuses données. Une pause, forcée, dont les conséquences se feront sentir bien après la pandémie.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Chaque été, un campement temporaire apparaît dans le paysage d’Igloolik, un petit village au nord du cercle polaire.

Nicolas Lecomte et son équipe de biologistes s’installent au coeur de la toundra pour étudier l’effet des impacts environnementaux sur les animaux. Année après année, son équipe pose des bagues pour suivre les déplacements des espèces qui voyagent sur des milliers de kilomètres.

Une tente et une motoneige dans un paysage hivernal désolé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les biologistes partent à la recherche de nids d’oiseaux pour ensuite marquer les bêtes.

Photo : Nicolas Lecomte

Ce qui nous intéresse, ce sont les effets des impacts environnementaux, comme les changements climatiques, sur les relations entre les espèces, explique le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie polaire et boréale.

Mais cet été, impossible de se rendre au Nunavut.

On a cancellé récemment toutes nos expéditions dans le Nord. Non seulement pour l’aspect prévention, mais aussi parce que c’est un territoire qui est le seul au Canada absent de cas enregistrés, dit M. Lecomte.

Une personne à genoux dans une pente.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nicolas Lecomte et son équipe suivent le mouvement des oiseaux migrateurs.

Photo : Nicolas Lecomte

En annulant l’expédition prévue pour 2020, les chercheurs perdent aussi les données de l’année précédente et ne pourront pas suivre la cohorte d’oiseaux de 2021.

On ne peut pas faire les mesures qu’on a besoin de faire chaque année pour avoir une perspective consécutive, précise le professeur. Et bien sûr, ça va avoir des impacts pour le futur, parce que beaucoup de nos travaux nécessitent de l’analyse de longues séries temporelles ininterrompues.

Alors que la pandémie force un ralentissement économique, il sera complexe pour l’équipe d'évaluer si cette diminution de l’activité humaine aura des effets sur la faune.

On va quand même à mon avis pouvoir mesurer l'avant et l'après... le pendant, on va avoir un trou pour beaucoup d’aspects. Il va falloir faire attention à comment on interprète les données à cause de certains trous qu’on va avoir, explique Nicolas Lecomte.

Des laboratoires fermés à clé

Il n’y a pas que l’observation sur le terrain qui est compromise : depuis la mi-mars, la plupart des laboratoires du pays sont inaccessibles.

De l'équipement électronique sur une table.

Le laboratoire d’Étienne Hébert Chatelain, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en signalisation et physiopathologie mitochondriales

Photo : Maxime Boudreau, Université de Moncton

Le biologiste Étienne Hébert Chatelain et son équipe s’intéressent à l’impact de certaines maladies dégénératives comme l’alzheimer et le parkinson sur le cerveau.

Depuis plusieurs années, le groupe de chercheurs de l’Université de Moncton étudie également l’effet du cannabis sur le cerveau des souris en laboratoire.

Mais depuis le 16 mars, toutes ses recherches sont interrompues.

Un homme portant de l'équipement médical de protection est assis devant un ordinateur portable.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’équipe d’Étienne Hébert Chatelain s’intéresse aux maladies dégénératives et aux effets du cannabis sur le cerveau.

Photo : Maxime Boudreau, Université de Moncton

Pour nos projets sur la maladie d’Alzheimer, on doit étudier les souris à un certain âge, là où les symptômes vont commencer à apparaître. Ces expériences-là ne peuvent pas être réalisées en ce moment, explique le biologiste.

Présentement, les efforts dans le domaine de la recherche en santé se concentrent sur le coronavirus, explique le chercheur. Toute la recherche qui n’est pas liée à la COVID est bloquée. J'estime que, pour l’instant, on va avoir pris un retard d’environ six mois. Ne serait-ce que lorsqu’on arrête tout, ensuite il faut repartir la machine, repartir nos cultures cellulaires, repartir nos modèles de reproduction pour nos souris.

L’importance de la recherche fondamentale

En revanche, la pandémie pourrait aussi faire la démonstration de l'importance de la recherche fondamentale, croit la présidente de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Lyne Sauvageau.

Des fois, les plus petites connaissances peuvent devenir extrêmement importantes pour un grand nombre d’autres, souligne Mme Sauvageau. C’est le cas de la création d’un vaccin contre le coronavirus, illustre-t-elle.

Pourtant, c’est la recherche appliquée qui reçoit normalement la plus grande partie du financement.

Une chercheuse en laboratoire tient des éprouvettes et un collègue masculin l'observe.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Depuis le 16 mars 2020, les laboratoires de l’Université de Moncton sont fermés à clé.

Photo : Maxime Boudreau, Université de Moncton

Mais la pandémie représente une belle occasion de comprendre à quel point les deux types de recherches sont complémentaires et indispensables à la société, selon la présidente de l’Acfas.

Ce qu’on voit en ce moment, c’est un laboratoire ouvert sur la connaissance. Et on n’a pas l’occasion souvent, le grand public, d’être exposé à ça, s’étonne-t-elle. C’est une belle occasion de comprendre comment fonctionne la recherche.

En plus d’inspirer d’autres générations de chercheurs, cette démonstration en temps réel du rôle de la recherche scientifique pourrait encourager son financement.

Une des leçons à retenir, ce serait d’éviter de concentrer des financements dans certains domaines, conclut Lyne Sauvageau. Il faudrait donc garder un équilibre dans nos investissements en recherche.

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