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Transport en commun : impossible de respecter la distanciation physique, selon les experts

Un homme sort du métro.

Les mesures de distanciation physique vont être le défi principal du déconfinement dans les transports en commun.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

La planification s’intensifie pour préparer le déconfinement dans le transport en commun. Malgré tout, des inquiétudes quant au respect des directives de distanciation physique demeurent.

Vendredi dernier, la Société de transports de Montréal (STM) a dévoilé son plan. Celui-ci inclut la promesse d’installation de séparations physiques dans les bus entre le conducteur et passagers, la distribution de masques aux employés et aux usagers ainsi qu'un projet d’évaluation de l’achalandage en temps réel qui sera accessible au public.

En Ontario, la Commission de transport de Toronto (CTT) dit pour sa part travailler sur différents modèles, mais n’a encore rien dévoilé. La province a cependant déjà fourni, comme l'a fait le Québec, des lignes directrices pour de nombreux services et industries, notamment pour les transports en commun.

Parmi ses exigences : l’obligation d’une séparation physique entre le conducteur et les usagers, moins de passagers dans les véhicules pour respecter la distanciation sociale et des nettoyages plus fréquents comprenant la désinfection des cabines des chauffeurs entre chaque quart de travail.

Pierre Barrieau, expert en aménagement des transports, estime toutefois que certaines précisions sont manquantes dans ces documents. J’aurais aimé voir des exigences de comptage des passagers, de validation, de la densité des passagers et des plans d’action visant comment s’assurer que l'on conserve toujours une densité faible de passagers dans le véhicule, a confié le chargé de cours en urbanisme à l'Université de Montréal en entrevue à Radio-Canada.

Un homme avec des cheveux bouclés et des lunettes fait face à sa caméra d'ordinateur pour répondre aux questions.

Pierre Barrieau, expert en aménagement des transports, en entrevue par vidéoconférence avec Radio-Canada

Photo : Radio-Canada

La distanciation physique est impérative pour éviter une seconde vague de COVID-19. Or, si la distance de deux mètres est maintenue et que beaucoup de gens sont de retour dans notre réseau, cela va rendre les choses un peu compliquées pour nous, explique Stuart Green, porte-parole de la CTT.

Une distanciation impossible à respecter

Selon la STM, pour maintenir une distanciation physique avec un maximum de 15 personnes par bus et de 150 par métro, on aurait besoin de 8000 bus et 800 rames de métro, expliquait Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la société montréalaise. C’est bien loin des 1425 bus et 97 rames de métro que compte son réseau.

Il faudrait donc plus de véhicules. Pourtant, les deux plus gros transporteurs du pays avouent ne pas même fonctionner à plein régime, avec une offre de service de bus à seulement 85 % de l'offre habituelle. Cette décision s'explique par des raisons économiques.

La CTT enregistre par exemple des pertes de 18 à 20 millions de dollars par semaine, et a mis à pied 1200 employés pour tenter de réduire ses coûts. Dû à un sous-financement chronique depuis des décennies au Canada, les transports en commun n’ont pas de marges de capacité résiduelle, explique M. Barrieau.

Pour l’instant, la STM et de la CTT servent entre 10 % et 15 % de l’achalandage habituel. Selon la STM, rien que doubler ce faible achalandage rendrait impossible pour les passagers de respecter la distanciation physique. On voit déjà dans plusieurs réseaux à travers le Canada le non-respect de la distanciation sociale dans les transports en commun avec la très faible activité économique que nous avons.

Ce sera impossible de respecter un semblant de distanciation sociale dans les transports en commun dans les prochaines semaines avec le retour de l’activité économique.

Pierre Barrieau, expert en aménagement des transports

Pour tenter de garder les transports sécuritaires, les compagnies doivent donc se tourner vers d’autres options.

Port du masque : une nécessité qui ne sera pas imposée

Il faut aussi que le milieu du travail nous accompagne, a rappelé M. Schobb. Le président du conseil d’administration de la STM dit qu’il est en discussions avec d’importants employeurs de la métropole québécoise, notamment pour les inviter à étaler les horaires de travail et à maintenir le télétravail dans la mesure du possible.

Une femme portant un masque est assise dans le métro de Toronto.

Le port du masque est fortement encouragé par les compagnies de transport collectif.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Les réseaux misent également sur une collaboration du public : Nous appelons tout le monde à être respectueux et conscient de son espace, ajoute M. Green.

Si un véhicule approche à votre arrêt et compte déjà 10 ou 15 passagers, attendez peut-être le prochain.

Stuart Green, porte-parole de la CTT

La mesure principale, selon les deux transporteurs, reste d’encourager fortement le port du masque. Contrairement à la STM, la CTT ne prévoit pas encore d’en distribuer à ses clients. Les deux compagnies sont cependant au diapason sur un point : ils ne le rendront pas obligatoire.

Profil de M. Schnobb.

Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nos inspecteurs ont autre chose à faire que de devenir la police du masque.

Philippe Schnobb, président du conseil d’administration, STM

Si ça devient obligatoire, ça engendre toute une série de contrôles qui [doivent être faits] pour s’assurer que les gens le portent, a lancé M. Schnobb. Ça peut mener à des litiges, et nous ne voulons pas de litiges entre nos clients et nos opérateurs, complète M. Green.

Montrer l’exemple aux plus petits réseaux

M. Barrieau juge la compagnie torontoise comme exemplaire et avant-gardiste, plus que son homologue montréalais.

La STM a, selon lui, manifesté plus de retard dans la mise en place de certaines mesures, comme offrir du désinfectant dans les stations de métro, suggérer la séparation physique dans les autobus ou même pour adapter ses routines de nettoyage des véhicules.

La CTT a confirmé à Radio-Canada que les directives de la province étaient déjà suivies par l’ensemble de son réseau. Rien de toutes ces exigences n’a été une surprise pour nous. Ce n’est rien que nous ne faisons pas déjà, explique son porte-parole.

Stuart Greene en entrevue dans une rue de Toronto.

Stuart Green, le porte-parole de la Commission de transport de Toronto

Photo : Radio-Canada

Ces bonnes pratiques de la CTT et les directives du gouvernement vont ainsi inspirer les plus petits réseaux de transport à travers la province, selon M. Barrieau : Des compagnies comme Go Transit, Ottawa, les banlieues de Toronto, Windsor, Thunder Bay, etc. seront en mesure de devenir elles aussi des chefs de file.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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