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La crise de la COVID-19 remet de l’eau au moulin d’un vieux projet hydraulique

Des pêcheurs au bord du lac.

Le projet défendu par Ralph Goodale s'inscrit dans la suite de la création du lac Diefenbaker dans les années 1960.

Photo : Radio-Canada / Marie-Michelle Lauzon

L'ancien membre du parlement et ancien ministre fédéral Ralph Goodale croit que la relance économique prévue par les différents gouvernements en réponse à la crise de la COVID-19 est l’occasion de mettre en oeuvre la stratégie de gestion des eaux des prairies pour laquelle il milite depuis plusieurs années.

Ce mégaprojet de détournement d'une partie de l'eau du lac Diefenbaker est cependant dénoncé par la Société environnementale de la Saskatchewan.

Ralph Goodale veut que la province profite de l’argent débloqué par le gouvernement fédéral pour relancer l’économie canadienne et créer des canaux qui apporteraient l’eau du lac Diefenbaker vers la vallée Qu’Appelle à l’est, et vers Rosetown, à l’ouest.

Ce mégaprojet serait la suite du South Saskatchewan River Project initié en réponse à la sécheresse des années 1930 et qui a abouti à la création du Gardiner Dam, du lac Diefenbaker et de Douglas Park. Ces trois infrastructures jouent un rôle important dans la gestion de l’eau en Saskatchewan.

C’est un gros projet, c’est une idée qui existe depuis longtemps. Je pense que son temps est venu.

Une citation de :Ralph Goodale, ancien membre du parlement et ancien ministre fédéral

Les projections climatiques prévoient des périodes plus intense

s et plus fréquentes de sécheresse et d'inondation dans les années à venir.

Ralph Goodale estime que ce projet atténuerait leurs effets en redistribuant l’eau dans la province. Il pense aussi que cet accès à l’irrigation permettrait de diversifier l’agriculture et de la rendre ainsi plus résiliente.

Ralph Goodale estime que ce projet de canal aiderait aussi le milieu de la construction en Saskatchewan, qui est durement touché par la crise de la COVID-19 et par l’absence de grands projets depuis la fin des travaux de la voie de contournement de Regina.

Selon lui, une stimulation du secteur privé engendrée par cet argent public aboutirait à une augmentation de 4 % du produit intérieur but de la province.

Des préoccupations environnementales

Puiser de l’eau dans un écosystème pour la reverser dans un autre peut avoir de graves conséquences, alerte Robert Halliday, vice-président de la Société environnementale de la Saskatchewan (SES).

Il s’inquiète des conséquences pour le delta de la rivière Saskatchewan, le plus grand delta terrestre de l’Amérique du Nord, mais aussi du risque de transport de maladies et d’espèces invasives vers la vallée Qu’Appelle et Rosetown.

L’infrastructure du canal en elle-même empiéterait sur des terres agricoles. La SES craint qu’il encourage l’assèchement des zones humides en facilitant la création de canaux de drainage illégaux créés par les agriculteurs soucieux d’augmenter leur surface de terres arables.

Cette pratique, qui existe déjà, est à l’origine de la disparition accélérée de ces refuges de biodiversité dans les Prairies, qui comptent parmi les écosystèmes les plus rares et les plus menacés de la planète.

Devant l’ampleur du projet, la SES s’inquiète aussi de l’accélération de l'érosion des sols et du changement du régime de glaces de la rivière. Elle dit que le débit du canal pourrait atteindre 70 m3 par seconde. À titre de comparaison, celui de la rivière Saskatchewan est de 42 m3 par seconde.

C'est inconcevable que ce projet réussisse.

Une citation de :Robert Halliday, vice-président de la Société environnementale de la Saskatchewan

Robert Halliday est convaincu que la construction de ce canal soulève trop de problèmes et que l'argent pourrait être mieux utilisé.

« C'est un projet de trois milliards de dollars. Il y a beaucoup d'autres idées pour dépenser trois milliards de dollars ici en Saskatchewan  », pense-t-il.

La SES juge aussi que ce projet ne pourrait pas profiter aux agriculteurs, car il faudrait revoir tout le système de licences d'irrigation. 

Ce système, qui s'applique à tout l'ouest du Canada, permet aux agriculteurs d'utiliser l'eau par ordre d'ancienneté de leur licence.

Les nouvelles licences générées par le canal ne pourraient donc être utilisées qu'après les licences plus anciennes. Le temps que cela arrive, les réserves en eau seraient déjà épuisées, croit Robert Halliday.

Ralph Goodale est conscient des enjeux environnementaux que soulèvent son projet, et dit avoir le soutien de l’organisme de défense de l'environnement Ducks Unlimited.

M. Goodale précise que si la province décide d’amorcer ce projet il sera soumis à une étude environnementale et à une consultation de la population qui inclura notamment les Premières Nations concernées.

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