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De garde 24/7 : réaliser une docusérie médicale en pleine pandémie

Un docteur, avec une jaquette protectrice jeune, parle à un patient, hors du cadre de la photo.

Le Dr François Marquis, lors d'un épisode de la cinquième saison de «De garde 24/7».

Photo : Télé-Québec / Groupe Avanti

Angie Landry

Travailler sur la série documentaire médicale de l’heure, et pourtant, devoir déserter les couloirs des hôpitaux ou des CHSLD, véritables tranchées de l’actuelle pandémie mondiale. Entre le profond désir de documenter l’histoire et le souci d’éviter les risques de contagion, l’équipe de De garde 24/7 prépare actuellement la sortie de sa sixième saison, en retrait du monde hospitalier.

C’est comme si, dans le fond, on voyait l'ombre de l'événement. On comprend qu'il est là, on déduit qu’il est là, on s’en parle, mais on ne le voit pas, explique l'un des réalisateurs de l’émission, Paul-Maxime Corbin, en plein montage des deux premiers épisodes de la nouvelle saison.

Si la mission première de sa série est de laisser entrer les gens dans les coulisses du système de santé québécois, le réalisateur avoue trouver difficile d’être écarté de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, sa deuxième maison depuis plus de 5 ans, à un moment où la santé est pourtant sur toutes les lèvres. C'est quand même un événement historique que tout le monde sur la planète vit en même temps, soutient-il.

L'homme aux lunettes et au chapeau regarde au loin.

Paul-Maxime Corbin avoue même avoir hâte de retrouver sa deuxième famille, celle de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Photo : François Méthé

Puisque les milieux médicaux doivent considérer toute personne comme potentiellement infectée par la COVID-19, n’entre pas qui veut en zone rouge. Si c’est le cas pour la population, c’est aussi le lot de différentes équipes journalistiques ou télévisuelles, qui tentent, avec les moyens dont elles disposent, de documenter la crise.

L’équipe de De garde 24/7 n’y fait pas exception. Elle attend patiemment le jour où on lui rouvrira les portes, celles qu’elle a passées avec professionnalisme et délicatesse pour pas moins de 52 émissions. 

Je pense que tout le monde a envie qu'on puisse raconter ce qui se passe en ce moment, mais ce serait impensable de nous laisser entrer, mais de ne pas de laisser entrer les proches d'un patient mourant.

Paul-Maxime Corbin

Ce serait aussi impensable, ajoute-t-il, de nous laisser entrer dans des CHSLD où il n’y a peut-être pas assez de matériel de protection pour tout le monde.

Montrer un monde « pré-COVID »

Il y a une chance dans cette malchance : le tournage de la saison à venir de De garde 24/7 avait débuté en novembre avant de prendre une pause en février dernier.

Toutes les productions télé ou de cinéma ont ensuite ont été arrêtées en mars, en fonction des directives de la Santé publique du Québec, établies peu après que des syndicats aient demandé la mise en suspens des tournages pour des raisons de santé et de sécurité.

L’équipe de la populaire série documentaire médicale dispose ainsi d’images et de témoignages pour cinq épisodes, pour une émission qui en compte normalement une dizaine par saison. Des épisodes qui ne laisseront toutefois aucun indice, ou presque, de ce à quoi le système de santé allait faire face à peine trois semaines plus tard.

On a un médecin en consultation à l’urgence qui suspectait un cas de COVID-19. Mais c’était encore une curiosité, à ce moment. Le jour où on réussira à retourner à l’hôpital, tout sera inévitablement influencé par la pandémie.

Paul-Maxime Corbin
L'hôpital Maisonneuve-Rosemont

L'hôpital Maisonneuve-Rosemont

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

C’est encore bien délicat de parler de la suite des choses, selon le réalisateur. Car il faudra songer à comment présenter les premiers épisodes, qui ne contiennent pas de références propres à la COVID-19, à un public forcément au fait de cette pandémie. Impossible de faire « comme si rien n’était ». Il faudra contextualiser un monde « pré-COVID », si près et si lointain à la fois.

C'est une réflexion qui va avoir lieu avec le diffuseur, estime Paul-Maxime Corbin, citant le défi qui attend également l’émission 180 jours, dont le récit se situe au cœur d’une école secondaire.

Entre devoir de mémoire et responsabilité sociale

Mais pendant ce temps où les travailleurs et travailleuses de la santé se rendent carrément au front – à œuvrer, aider, soutenir, guérir, vivre et même mourir dans le tourbillon de cette pandémie –, le cœur du documentariste Paul-Maxime Corbin balance.

Selon lui, montrer des images de ce qui se trame dans le milieu hospitalier, actuellement inaccessible, est nécessaire. Il croit en fait qu’il s’agit d’un devoir de mémoire que de montrer des images de cette crise, « pour qu'on prenne la pleine mesure de ce qui se passe », dit-il.

C'est facile d'avoir des chiffres, mais derrière les portes des zones chaudes, il y a des gens qui travaillent. Qu’est-ce qu’ils ont à dire? À quoi sont-ils confrontés?

Paul-Maxime Corbin

« Je pense que, tranquillement, on retrouvera l'accès. Ce n'est pas l'envie qui manque : c’est plutôt l’existence de vrais enjeux éthiques de matériel de protection et de contagion [qui nous en empêche] », ajoute-t-il.

Pour ses comparses, mais aussi pour toutes les personnes qui gravitent dans l’hôpital, le réalisateur assure que les risques seront calculés, avant de retourner sur le terrain, lorsque le signal sera donné. Et il attend ce signal avec impatience.

Deux chirurgiens au-dessus d'un patient pratiquent une intervention chirurgicale.

Une équipe de chirurgie de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont devant les caméras de l'émission «De garde 24/7»

Paul-Maxime Corbin avoue même avoir hâte de retrouver sa deuxième famille, celle de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Il parle presque quotidiennement avec le Dr François Marquis et la Dre Sophie Mottard, deux médecins-vedettes de la série, qui vivent la crise de près.

« Il n’y a pas d’endroit dans le monde où j’ai le plus envie d’être en ce moment que dans un hôpital », conclut le documentariste.

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