•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une coop à Fredericton : de nouveaux détails émergent sur le projet éolien d’Anse-Bleue

Un gros plan sur une éolienne, dans un ciel bleu.

On apprend de nouveaux détails sur le projet Chaleur Ventus.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Une coopérative « locale », mais dont l’adresse est à Fredericton. Un « membre de la communauté », qui en même temps d'être promoteur du projet, est chargé d’écouter les inquiétudes de la population. Une ligne de transmission qui passerait sur le terrain du Village historique acadien.

Plusieurs détails sur le projet de parc éolien à Anse-Bleue sont rendus publics dans de récents documents que l’entrepreneur Naveco Power a envoyés au gouvernement.

Malgré l'opposition de la population locale, l’entreprise compte toujours construire cinq éoliennes dans la communauté de la Péninsule acadienne, tout près de Bertrand, Maisonnette et Grande-Anse.

Deux éoliennes du parc éolien de l'île de Lamèque dans la Péninsule acadienne.

L'entreprise Naveco Power souhaite construire cinq éoliennes dans la région.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

La coopérative Tête de violon

On apprend dans un document de questions et réponses envoyé au gouvernement que l’entreprise compte s’associer à la Fiddlehead Renewable Cooperative.

Naveco travaille actuellement avec la ville de Bathurst pour remplacer la participation de la ville dans le projet Chaleur Ventus en la faisant remplacer par une coopérative locale, connue sous le nom de Fiddlehead Renewables Cooperative, peut-on lire dans le document.

Naveco ajoute qu’il s’agit d’une coopérative locale créée au Nouveau-Brunswick et est entièrement détenue par des résidents de la province du Nouveau-Brunswick.

En février dernier, lors d’une réunion publique entre l’entreprise et la population à Anse-Bleue, le porte-parole du projet, Daniel Brassard, a révélé que des sociétés financières de Toronto ont été sollicitéepros pour devenir partenaires et ainsi remplacer Bathurst.

Invité à réagir sur les progrès du projet Chaleur Ventus au cours les derniers mois, le PDG de Naveco Power, Amit Virmani, assure qu’il n’y a rien de nouveau.

Comme toutes les entreprises, nous avons été touchés par la crise du COVID-19. Tout s'est ralenti en raison de la pandémie, y compris nos progrès pour le projet éolien et n'ont donc rien de nouveau à signaler, indique-t-il par courriel.

L’entreprise ne donne pas davantage de détails sur ce qu’est Fiddlehead Renewable Cooperative, leur partenaire potentiel. C'est quelque chose sur lequel nous travaillons actuellement pour remplacer la participation de la ville de Bathurst dans le projet.

Le nom donné à la coopérative est provisoire, car d'autres détails structurants sont en cours d'élaboration.

L'entreprise n'accorde pas d'entrevue pour l'instant sur la question. C'est une affaire en cours qui a été ralentie en raison de la crise du COVID-19. Une fois que tous les détails sont confirmés, tels que le nom, l'emplacement, etc., cela deviendra de notoriété publique.

Pour voir le jour, le projet Chaleur Ventus doit se trouver un partenaire d’affaires communautaire. Il s’agit d’un des prérequis du Programme de production locale d’énergie renouvelable à petite échelle du ministère du Développement de l’énergie, dont ferait partie le parc éolien.

Depuis le départ en décembre du premier partenaire communautaire, la Ville de Bathurst, Naveco Power est activement à la recherche d’une nouvelle entité à laquelle s’associer.

Selon l’entreprise, avec 51 % des parts du projet Chaleur Ventus détenues par la Fiddlehead Renewable Cooperative, les normes du programme sont respectées.

Fiddlehead Renewable Cooperative, présidée par le directeur de Naveco Power

Toute les coopératives du Nouveau-Brunswick doivent s’enregistrer auprès de la Commission des services financiers et des services aux consommateurs.

Sur le site Internet de la commission, on apprend que la Fiddlehead Renewable Cooperative a été créée en 2017 et que son adresse est à Fredericton.

Une capture d'écran du site Internet où il y avait des détails sur l'adresse et le président de la Fiddlehead renewable cooperative.

Un peu plus d'information était disponible sur la coopérative ailleurs sur Internet.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran/Commission des services financiers et des services aux consommateurs

Le président de cette coopérative est nul autre qu’Amit Virmani, qui est aussi le PDG et fondateur de Naveco Power.

Par ailleurs, l’adresse exacte de cette coopérative est le 320, rue Queen, à Fredericton. Il s’agit de la même adresse que les bureaux de Naveco Power.

En décembre dernier, le PDG de Naveco Power, Amit Virmani, ainsi que Daniel Brassard ont évoqué le modèle coopératif pour assurer la participation de la population locale au projet.

En janvier, cette option a été présentée à la population locale. Mais, jusqu’à maintenant, Naveco n’a pas été en mesure de nommer la coopérative participante, malgré les nombreuses questions soulevées par le public à ce sujet.

Une ligne de transmission au Village historique acadien

Naveco compte construire une ligne de transmission qui traverserait le terrain du Village historique acadien à son extrémité ouest.

Environ 4,7 kilomètres de la ligne électrique traversera la propriété du village et comprendra l'installation d'environ 85 poteaux pour soutenir le réseau, peut-on lire dans le document envoyé au comité du gouvernement chargé d’étudier le projet.

On y indique que les poteaux seront hauts de 18 à 30 mètres. Naveco précise par courriel qu’ils seront installés à 1 kilomètre du site historique, et donc, hors de vue des visiteurs.

Une carte montrant le tracé prévu de la ligne de transmission.

La ligne de transmission devrait passer à l'ouest du site touristique, et ne devrait pas être visible selon Naveco et la direction du Village historique.

Photo : Courtoisie / Village historique acadien

Les dirigeants du site historique avaient l’impression que les infrastructures électriques allaient être souterraines. Mais le directeur, Sylvain Godin, assure qu’elles ne vont pas polluer l’espace visuel du site touristique.

Par ailleurs, la direction affirme qu’elle n’a encore rien signé avec l’entreprise. Ce passage sera seulement autorisé si les éoliennes ne sont pas visibles du Village, maintient Sylvain Godin.

Des opposants au projet sont persuadés que ces éoliennes seront bien visibles depuis le Village acadien, dénaturant ainsi l’authenticité du site, qui montre la vie des Acadiens après la Déportation. Nous allons effectuer des tests (ballon, drone) pour vérifier si les éoliennes seraient visibles depuis le Village, explique le directeur.

Pour sa part, Naveco Power a souvent répété que les éoliennes ne seront pas visibles à partir du Village historique.

Deux photos sont côte à côte, l'une illustre à quoi ressemblerait le paysage avant et l'autre après la construction des éoliennes.

Naveco Power assure par des photos d'avant et d'après la construction que les éoliennes ne seront pas visibles du site du Village historique acadien.

Photo : Naveco Power

Un porte-parole local controversé

Naveco Power a aussi dévoilé ces dernières semaines son Rapport de consultation publique. C’est dans ce document, que l’entreprise indique comment elle perçoit les inquiétudes de la population et précise comment elle compte y répondre.

Le promoteur y explique que pour assurer une communication avec la communauté d’Anse-Bleue, elle souhaite créer un comité de citoyens.

Ce comité sera créé pour veiller à ce que les résidents locaux soient en mesure d'exprimer leurs préoccupations et recommandations, que les politiciens soient informés et tenus informés des progrès accomplis, et pour garantir un engagement et une exécution réussis du projet, lit-on dans le document.

Le responsable local de ce comité est Daniel Brassard, résident de la région de Montréal, instigateur du projet Chaleur Ventus et associé de Naveco Power.

Un homme à une table tient un micro et lit un document.

Daniel Brassard, de Naveco Power, le 2 février 2020 à Anse-Bleue au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Dans les documents de Naveco Power, Daniel Brassard est présenté comme un membre de la communauté locale depuis plus de 10 ans et comme consultant en liaison communautaire.

C’est lui qui a répondu aux questions et fait la présentation au public lors de la très houleuse réunion du 2 février dernier.

Ces dernières années, Daniel Brassard a aussi fait du porte-à-porte dans la communauté. Il négociait des contrats avec des résidents pour l’utilisation de leurs terres en vue de construire des éoliennes. Il se présente régulièrement comme le porte-parole du projet et est propriétaire de terrains à Anse-Bleue.

Deux hommes assis à une table. L'un d'entre eux parle dans un micro.

Martin Dionne et Patrick Thériault à l'assemblée publique le 31 octobre 2019 à Anse-Bleue.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

M. Brassard a acquis des terrains sur le territoire où il voulait mettre des éoliennes, soutient pour sa part Martin Dionne, un résident qui s’oppose au projet. À partir de là, M. Brassard, qui habite dans la région de Montréal, a commencé à s’identifier comme un “résident local”.

Ce n’est pas la réalité, Monsieur Brassard n’est pas ici.

Martin Dionne, résident d'Anse-Bleue

Est-ce que Monsieur Brassard est membre de la communauté, ou plutôt un homme d’affaires qui cherche à générer du capital? Moi, je vous laisse l’interprétation.

Un rapport des consultations fait par le promoteur

Le sort du projet à Anse-Bleue est en grande partie entre les mains du comité de révision technique du ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux. Ce comité est chargé d’étudier le projet tel que présenté par l’entreprise Naveco Power. Il doit s’assurer que toutes les normes et règles environnementales soient respectées.

Une foule écoute un représentant de l'entreprise Naveco dans un centre communautaire.

Le 2 février, plusieurs résidents sont venus fait part de leur opposition au projet lors d'une bruyante assemblée publique.

Photo : Radio-Canada / François Lejeune

Naveco a joint des lettres, courriels et messages qu’elle a obtenus de citoyens qui s’opposent au projet. Toutefois, bien que la rencontre du 2 février dernier soit évoquée, son caractère houleux ne figure pas dans le rapport, fait remarquer Martin Dionne.

Si on lit ça sans aucun historique, on n’a aucune idée qu’il y a une opposition majeure à Anse-Bleue.

Martin Dionne, résident d'Anse-Bleue

Moi pour moi, ça pose problème, explique le résident. Je crois que d’omettre d’identifier la réalité sur l’opposition de la communauté d’accueil [...], c’est grave.

Le service des communications du ministère de l’Environnement et des gouvernements locaux assurent pour sa part que les résidents locaux et le grand public ont la possibilité d'apporter leur contribution au processus décisionnel concernant des propositions de développement spécifiques.

Cependant, le ministère n’a pas donné d’exemples précis pour expliquer comment la population peut réellement faire valoir ses points de vue dans ce processus.

Une tête de violon, plus particulièrement une fougère-à-l'autruche.

La coopérative porte le nom de « tête de violon ».

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

À propos du nouveau partenaire potentiel de Naveco, Martin Dionne déplore qu’il ait fallu attendre que des documents soient rendus publics pour avoir le nom de la Fiddlehead Renewable Cooperative.

[En février] quand on a demandé à M. Virmani le nom de la coopérative, il ne s’en souvenait pas. Et pas plus tard que fin avril, j’ai demandé à Naveco de l’information sur la coopérative, il ne pouvait pas m’en donner.

On se rend compte que la coopérative existe, qu’elle est 100% néo-brunswickoise, mais à Anse-Bleue, on ne veut pas nous en parler, ajoute-t-il.

Finalement, on pourrait traduire « Fiddlehead Renewable Cooperative » par la Coopérative Tête de violon. Est-ce qu’Anse-Bleue est vraiment réputée pour ses têtes de violon?

Je n’en ai pas cueilli ici encore... ça aurait pu s’appeler la coopérative des palourdes ou du homard!, lance à la blague le résident.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Énergies renouvelables