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Un médicament contre l'arthrite peut-il protéger contre la COVID-19?

L’hydroxychloroquine, un traitement présentement étudié pour la COVID-19, est un médicament utilisé quotidiennement chez de nombreux patients souffrant d’arthrite.

Le reportage de Marie-Pier Bouchard

Photo : Reuters / Lindsey Wasson

Immunosupprimées, les personnes qui souffrent d’arthrite et sont traitées à l’hydroxychloroquine sont-elles mieux protégées contre la COVID-19? La question est soulevée par un groupe de chercheurs du CHU de Québec. Pour y répondre, ils suivront des milliers de patients de partout au Canada.

C’est vraiment une question intéressante parce que d'emblée, on aurait plutôt tendance à penser qu'ils [les arthritiques] vont développer une maladie plus sévère, explique le Dr Paul Fortin, rhumatologue et chercheur au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec-Université Laval.

Le Dr Fortin et son équipe veulent comprendre l’effet du nouveau coronavirus chez les gens souffrant d’une maladie auto-immune traitée avec l'hydroxychloroquine, un médicament qui pourrait potentiellement être protecteur.

Par contre, il ne faut pas partir avec l'idée que parce qu'on prend l'hydroxychloroquine, on va être protégés, prévient le Dr Fortin. On n'a pas encore les réponses.

Dr Paul Fortin, rhumatologue et chercheur au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec-Université Laval

Dr Paul Fortin, rhumatologue et chercheur au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec-Université Laval

Photo : Radio-Canada

Ce dernier rappelle que les recommandations sont toujours les mêmes et que les personnes souffrant d’arthrite doivent demeurer très prudentes.

On pense quand même que, dans la balance des choses, le risque est plus élevé d'avoir des infections ou des complications infectieuses, dit-il.

Des échantillons précieux

Ayant accès à 3000 échantillons de sérum prélevés avant la crise chez des patients volontaires déjà impliqués dans différents projets de recherche, le chercheur parle d’une occasion unique .

Ces échantillons pourront être comparés à de nouvelles prises de sang qui seront faites en 2021 et en 2022.

La clé là-dedans, c'est d'avoir une prise de sang avant cette pandémie de COVID-19.

Dr Paul Fortin, rhumatologue et chercheur au CHU de Québec-Université Laval

Les chercheurs vont ainsi pouvoir suivre quelque 2000 patients souffrant de lupus et 1000 personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde.

Ce sont des millions de dollars sur plusieurs années qui ont été investis dans ces cohortes-là, estime le Dr Fortin.

Une équipe de chercheurs au CHU de Québec

Une équipe de chercheurs au CHU de Québec

Photo : Radio-Canada

Recrutement déjà fait, formulaires signés, premières prises de sang réalisées : cet accès à des cohortes de patients existantes est très précieux, dans le contexte actuel, et aussi rentable, selon lui.

C'est plus qu'un projet de recherche, c'est une bibliothèque qui va être publique et qui va être disponible pour d'autres projets de recherche, illustre-t-il.

Trois équipes de chercheurs ont d'ailleurs déjà invité Dr Fortin à collaborer à leur propre projet de recherche afin d'avoir accès aux fameux échantillons.

Financer la recherche

Le Dr Paul Fortin avait tout de même besoin de 300 000 $ pour démarrer son projet de recherche urgent et la Société de l’arthrite a répondu à l’appel.

Cet argent-là n’était pas prévu pour ce genre de recherche. On a fait des pieds et des mains et, en quelques jours, on a pu collaborer avec l'équipe de Dr Fortin, raconte Carl Julien, directeur général de la Société de l’arthrite, division du Québec.

Carl Julien, directeur général de la Société de l'arthrite, division Québec

Carl Julien, directeur général de la Société de l'arthrite, division du Québec

Photo : Radio-Canada

Le lien de confiance étant déjà bien établi entre la Société de l’arthrite et le chercheur, l’organisation a décidé de saisir cette occasion en devenant la principale bailleuse de fonds de la recherche.

Il fallait y aller. Je pense que c'était un no brainer en bon chinois. Il fallait vraiment y aller! lance Carl Julien.

Des patients comme consultants

Souffrant de polyarthrite rhumatoïde depuis 35 ans, Jean Légaré se réjouit d’assister au déploiement de ce projet de recherche.

Il faut penser que ça donne l'occasion aux chercheurs de faire une recherche dans le cadre d'une pandémie. Ce n’est jamais arrivé, lance M. Légaré, qui sera impliqué dans ce projet avec cinq autres patients.

Jean Légaré fait partie du groupe de Patients intéressés par la recherche sur l’arthrite (PIRA) depuis une vingtaine d’années.

Jean Légaré souffre de polyarthrite rhumatoïde depuis 35 ans.

Jean Légaré souffre de polyarthrite rhumatoïde depuis 35 ans.

Photo : Radio-Canada

Ça va être tout simplement de recentrer la recherche sur la vraie vie en cours de route, au fur et à mesure. C’est comme un check point pour les chercheurs avec les vrais patients, explique-t-il.

Quelque 31 000 personnes ont une prescription régulière d'hydroxychloroquine au Québec pour une dizaine de diagnostics possibles. Cependant, on ne connaît pas la proportion exacte de patients arthritiques.

SOURCE : Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec

Au début du mois d'avril, craignant une pénurie devant une demande mondiale en forte hausse, Québec a suspendu toute distribution d'hydroxychloroquine sauf pour le lupus, l’arthrite juvénile et les femmes enceintes.

Le 1er mai, cette ordonnance a été levée, de sorte que les pharmaciens peuvent recommencer à renouveler les ordonnances des patients. Malgré tout, le projet de recherche demeure pertinent, selon le Dr Paul Fortin parce qu'à son avis, cette situation pourrait se répéter.

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