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D'où viennent tous ces milliards dépensés par l’Alberta et qui paiera la facture?

Jason Kenney.

La dette brute de l'Alberta, qui prend en compte tous les emprunts, est présentement de 86 milliards de dollars.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Depuis que la pandémie de coronavirus a frappé l'Alberta, le gouvernement de Jason Kenney a dépensé 13 milliards de dollars pour aider la population et les entreprises à faire face à la crise. Or, bien avant celle-ci, le budget provincial était déjà déficitaire de plusieurs milliards de dollars. Il y a donc lieu de se demander : d'où vient tout cet argent et qui paiera la facture?

Selon Jerrica Goodwin, la porte-parole du ministre provincial des Finances Travis Toews, les fonds engagés dans la lutte contre le coronavirus proviennent tous d'emprunts.

À titre comparatif, l'an dernier, le déficit dans la province était de 7,5 milliards de dollars. L’Alberta a donc déjà emprunté deux fois plus d’argent, en deux mois, pour financer les dépenses liées à la pandémie.

Ce montant n'a pas fini d’augmenter, puisque le ministre des Finances a récemment reçu l’autorisation d’emprunter jusqu’à 25 milliards de dollars pour renflouer les caisses et aider la province à faire face à la crise.

À qui la province emprunte-t-elle ces milliards?

Jerrica Goodwin indique que le gouvernement emprunte de l’argent par le biais de divers mécanismes de marché, principalement des obligations, sur les marchés nationaux et internationaux.

Autrement dit, pour amasser les milliards dont elle a besoin, la province se tourne vers des milliers d’investisseurs à qui elle demande de lui prêter de l'argent.

En échange, pour que ce soit un partenariat gagnant-gagnant, elle s'engage à leur verser de l'intérêt durant une période déterminée, en plus de leur rembourser le montant total du prêt à la fin du contrat.

C'est ainsi que, grâce à des milliers d’investisseurs, que la province parvient à financer les dépenses liées au coronavirus.

Vous financez peut-être la dette sans le savoir

Selon l'économiste David Caron, du Centre collégial de l’Alberta, ces investisseurs peuvent être des banques, des fonds de pension, la banque centrale ou encore des gouvernements qui, par souci de diversification, se tournent vers des titres d’un peu partout dans le monde.

Alors, dit-il, si vous mettez présentement de l'argent de côté dans un REER privé, il est possible que ce REER soit en train d’acheter des titres de la province.

Il se peut que vous soyez déjà en train de financer la dette de la province via vos placements.

David Caron, économiste au Centre collégial de l’Alberta

Est-ce viable d’emprunter autant?

Selon trois économistes, David Caron, Charles St-Arnaud et Pedro Antunes, le taux d'intérêt lié à l'emprunt des gouvernements est présentement faible sur les marchés financiers.

Ils avancent que même si l’agence de notation ontarienne DBRS Morningstar a récemment abaissé la cote de crédit de l’Alberta, cette dernière continue de faire bonne figure auprès des investisseurs, en raison de son faible ratio d'endettement et de son fonds du patrimoine, un actif évalué à près de 20 milliards de dollars et qui est perçu comme une garantie auprès des investisseurs.

Selon eux, le facteur non négligeable qui doit être considéré, c'est que l'emprunt fait par la province pour financer la crise sanitaire était nécessaire. Qui plus est, plusieurs États se retrouvent dans la même situation.

La question qu'il faut se poser, c'est : s’il n’y avait eu aucune intervention, quelle aurait été l'activité économique?, explique M. St-Arnaud.

Étant donné le choc [de cette crise], la situation économique aurait été pire que ce qu'elle est en ce moment. Il y a avait donc une nécessité d'intervenir pour supporter l'économie.

Charles St-Arnaud, économiste en chef, Alberta Central

Pour Pedro Antunes, l’Alberta est en meilleur état, en termes de sa dette totale, par rapport aux autres provinces. Ce sera un fardeau fiscal moins lourd pour elle quand viendra le temps de payer les intérêts pour soutenir cette dette dans le futur.

Par contre, il s'attend à ce que l'économie albertaine tire de la patte au moment de la reprise économique mondiale en raison du secteur énergétique, qui prendra plus de temps à suivre si le prix du baril ne remonte pas au-dessus de 50 $ US, dit-il.

Qui paiera la facture?

Quant à savoir qui devra payer, les économistes évoquent plusieurs pistes, même si la conclusion est toujours la même : les Albertains.

Selon eux, il est difficile, pour l'instant, de savoir sous quelle forme la dette sera remboursée tant qu'on ne saura pas quel aura été le choc économique de la pandémie.

David Caron et Pedro Antunes estiment que cela se traduira par des coupes budgétaires à plus long terme. M. Antunes évoque aussi la création d'une taxe de vente provinciale qui pourrait aider la province à augmenter ses revenus. Une mesure qui n'est toutefois pas très populaire dans la province.

M. Caron évoque la possibilité de hausser les impôts même si, selon lui, la priorité du gouvernement sera de stimuler l'activité économique pour favoriser une croissance, avant d'évaluer des mesures d'ajustement fiscal.

Certains économistes ont énoncé la possibilité que la dette soit éliminée par inflation. C'est-à-dire qu'on pourrait avoir une hausse des prix dans l'économie. Si on a cette hausse, ça coûterait moins cher de rembourser la dette que ce qu'elle nous a permis d'acheter au moment où on a emprunté, explique David Caron. Cette mesure qui concernerait le Canada dans son ensemble ferait baisser la dette plus rapidement dans la mesure où la dette augmenterait moins vite que l'activité économique.

L'économie albertaine, frappée par le double effet de la pandémie et de la chute des prix du pétrole, pourrait reculer de 5,8 %, cette année, selon la province.

C'est à travers une réduction des dépenses, une austérité, si on veut, pour réduire le fardeau fiscal, le déficit sur le futur que l'Alberta viendra à bout de la dette accumulée durant la pandémie, précise Pedro Antunes.

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