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Analyse | La crise de la COVID-19 entraînera-t-elle la fin de la mondialisation?

Une employée de manufacture qui porte des vêtements de protection tient une pile de masques chirurgicaux.

Plusieurs pays redoublent d'efforts pour éviter une pénurie de masques chirurgicaux et d'équipement médical.

Photo : afp via getty images / SAM PANTHAKY

Que ce soit en matière d’équipement médical, de médicaments ou d’aliments, la pandémie de coronavirus a paralysé les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale. La crise force les pays à reconnaître leur vulnérabilité.

La semaine dernière, le président américain Donald Trump disait viser une autosuffisance pour la production d’antibiotiques d’ici deux ans. Son administration semble miser sur une stratégie protectionniste pour relancer l’économie.

Au Canada, comme ailleurs, le réflexe a été de se replier sur soi. Le secteur industriel a déployé un effort de guerre au cours des dernières semaines afin de combler le manque de masques, de respirateurs et de tests de dépistage, entre autres.

Le premier ministre Doug Ford porte un masque et transporte une boîte de carton.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, est venu chercher des masques fabriqués en banlieue de Toronto, le mois dernier.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Nous ne pouvons compter sur personne dorénavant, avait lancé le premier ministre ontarien, Doug Ford, le mois dernier. Nous devons fabriquer ces articles essentiels ici au Canada. Nous sommes le moteur manufacturier au pays.

La question se pose : le Canada peut-il s’autosuffire à long terme?

Ressusciter l’activité manufacturière?

En cette pandémie de COVID-19, de nombreux politiciens et chefs d’entreprise remettent en question la dépendance de leur pays envers la Chine comme productrice de biens essentiels.

La Chine est incontournable parce qu'elle fabrique beaucoup des intrants qui vont dans des produits et des systèmes qu'on utilise tous les jours. Pensez à votre automobile, à votre téléphone intelligent, souligne Yan Cimon, professeur de stratégie à l’Université Laval.

Manufacturiers et Exportateurs du Canada estime, pour sa part, que la crise actuelle serait une occasion de rapatrier cette production en Amérique du Nord. Puisque plusieurs entreprises manufacturières canadiennes s’approvisionnent en Chine, toute perturbation des livraisons de pièces empêche l’assemblage de leurs produits.

Il est de bon ton dans le discours politique et public aujourd'hui d'en appeler à une autosuffisance du Canada, mais ce n'est malheureusement ni réaliste ni souhaitable.

Yan Cimon, professeur de stratégie, Université Laval

Brett House, vice-président et économiste en chef adjoint à la Banque Scotia, affirme que l’autosuffisance serait possible dans plusieurs secteurs de l’économie canadienne. Mais ce revirement, selon lui, serait incroyablement coûteux et inefficace.

Un travailleur d’une usine du Texas se sert d’un monte-charge pour transporter un rouleau de feuilles métalliques.

La crise sanitaire pourrait faire ressusciter l'activité manufacturière dans certains pays.

Photo : La Presse canadienne / Associated Press/Eric Gay

C’est pourquoi plusieurs entreprises ont délocalisé leurs activités, depuis les années 70, au profit d’une production à faible coût dans des pays comme la Chine et le Mexique.

Par conséquent, l’Ontario, le cœur de l’activité manufacturière au pays, a perdu des centaines de milliers d’emplois dans le même temps.

Mais cette mondialisation des chaînes de production et des échanges commerciaux permet aux consommateurs canadiens d’acheter tout un éventail de produits à des prix assez bas, affirme l’économiste Brett House.

Produire des biens stratégiques

Les deux experts proposent plutôt de développer une capacité de production pour certaines catégories de produits stratégiques, comme l’équipement de protection individuelle.

Ceci permettrait d'accélérer les efforts de production qui auront été jugés importants pour la sécurité sanitaire, nationale ou même alimentaire du Canada, souligne le professeur de stratégie Yan Cimon.

Garantir l’accès à certains biens critiques et stratégiques n’irait pas à l’encontre du leadership canadien pour un système d’échange ouvert et bien encadré avec des chaînes d’approvisionnement intégrées.

Brett House, vice-président et économiste en chef adjoint, Banque Scotia

Le président de l'Association des fabricants de pièces automobiles abonde dans le même sens. Flavio Volpe souligne que l’Ontario et le Québec envisagent de garder une capacité de production d'urgence afin de réagir rapidement lorsque ces chaînes d'approvisionnement sont perturbées.

Les premiers ministres du Québec et de l'Ontario considèrent cette possibilité. Les deux provinces ont un secteur manufacturier en santé. Nous pourrions le faire, dit-il.

Le comté de Simcoe a lancé la campagne Made In Simcoe County, pour faire valoir les entreprises du secteur manufacturier.

Le comté de Simcoe a lancé la campagne Made In Simcoe County pour faire valoir les entreprises du secteur manufacturier.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Autosuffisance alimentaire : « c’est rêver en couleurs »

Sylvain Charlebois, expert de l’industrie agroalimentaire à l’Université Dalhousie, estime qu’une des grandes faiblesses du Canada qui l’empêche d’atteindre une autosuffisance alimentaire, c’est le manque de capacité de transformation dans ce secteur.

On exporte nos produits à l’étranger pour ensuite les racheter enveloppés ou embouteillés à 10 fois le prix.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, Université Dalhousie

La pandémie démontre par ailleurs que les producteurs de viande, de champignons ou de pommes de terre, par exemple, sont très vulnérables aux fortes baisses de la demande et à la fermeture d’usines et d’abattoirs en raison d’éclosions du coronavirus.

Dès que les producteurs produisent une denrée et qu’il y a une perturbation dans le système, ils n’ont pas beaucoup d’options, affirme M. Charlebois.

Il souligne que le Canada peinerait à fournir à longueur d'année des denrées produites localement, en raison des hivers. C'est rêver en couleurs parce qu'on a une agriculture qui n'est pas aussi efficace, par exemple, que celle qu'on retrouve aux États-Unis, au Brésil ou ailleurs, dit-il.

Un homme consulte sa liste d'épicerie sur son cellulaire alors qu'il marche dans un supermarché.

L'autosuffisance alimentaire engendrerait des factures d'épicerie plus élevées et moins de variété.

Photo : iStock / monkeybusinessimages

Jusqu'où sommes-nous prêts à aller comme Canadiens pour être autosuffisants? Regardez dans votre frigo, lance Joseph Doucet, doyen de la Faculté d’administration à l’Université de l’Alberta.

Selon l’économiste, viser l’autosuffisance alimentaire ferait grimper les factures d’épicerie et les Canadiens devraient abandonner le café, les bananes et les avocats, entre autres, au profit de légumes en conserve ou congelés.

On n'a pas basculé du jour au lendemain vers une mondialisation que ce soit dans le monde manufacturier, agricole ou énergétique, affirme M. Doucet. Produire davantage de ce qu'on est bon à produire et échanger, on devient gagnant-gagnant.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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