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Un déconfinement dans la méfiance en France

C’est confirmé, les Français entreprendront dès lundi un lent retour à la vie normale. Certains entrevoient ce moment avec impatience, d’autres dans un mélange d’angoisse et de méfiance. Il y a d’une part la crainte d’être contaminé et d'autre part une méfiance envers les autorités.

Des statues à la place du Trocadéro à Paris portent des masques médicaux.

La France annonce le début du déconfinement.

Photo : Getty Images / Pascal Le Segretain

Yanik Dumont Baron

La une de l'hebdomadaire français Le Point résume très bien le sentiment qui règne en France ces jours-ci. On y voit le président Emmanuel Macron se grattant la tête. Au-dessus, la phrase qui résume tout : « Va-t-il vraiment nous tirer de là? »

Pour l'hebdomadaire, la question est avant tout économique. L’urgence sanitaire, elle, semble avoir reculé au même rythme que les admissions aux soins intensifs.

Or, pour bien des Français, l’angoisse demeure liée à leur santé. C’est une crainte d’être contaminé, de tomber malade. De mourir peut-être, attaqué par un ennemi invisible, très contagieux.

Une crainte qui tempère ce désir évident d’un retour à une certaine forme de normalité, d’un retour de certaines libertés brimées au nom de l’urgence sanitaire.

Les signes de ces angoisses se retrouvent un peu partout. Dans les sondages d’abord, qui indiquent un recul des appuis (Nouvelle fenêtre) et de la confiance envers le président français et son premier ministre.

Emmanuel Macron et Édouard Philippe avaient tous deux bénéficié d’un rebond des appuis en début de crise. Un peu comme la plupart des dirigeants étrangers.

Mais cette confiance s’est rapidement érodée. Disparue la bonne volonté! Comme si la méfiance bien visible lors de la crise des gilets jaunes n’avait pas tout à fait disparu.

Une forte impression de mensonges sur les masques

Les incohérences et les revirements dans la politique française sur le port du masque en public expliquent probablement le mieux cette perte d’appuis.

En début de crise, les élus n’ont cessé de marteler un message : pas besoin de masque, sauf pour les malades. Les policiers n’en portaient pas au début du confinement, les soignants n’en avaient que trop peu.

Des gens portant des masques marchent le long de la Croisette, à Cannes, dans le sud de la France.

Des gens portant des masques marchent le long de la Croisette, à Cannes, dans le sud de la France.

Photo : Getty Images / VALERY HACHE

Puis une réalité est apparue : la France n’avait pas assez de masques pour ses besoins. Les commandes massives allaient arriver plus tard. En attendant, il fallait rationner.

Dès lundi, le port du masque sera obligatoire dans les transports en commun. Un changement de politique qui, officiellement, suit l’évolution des avis scientifiques.

Les Français voient la chose autrement : une grande majorité juge que les élus leur ont menti pour masquer leur incapacité à anticiper les besoins, pour camoufler la pénurie.

L’épineuse question de la réouverture des écoles

La reprise des classes la semaine prochaine est l’autre décision qui alimente la méfiance des Français envers leurs dirigeants.

Depuis le début de la crise, les politiciens ont souvent assuré suivre les conseils des experts scientifiques consultés. C’est ainsi que le confinement a été justifié, de même que les diverses positions sur le port du masque.

Puis est tombée cette décision de rouvrir les écoles primaires à deux semaines de préavis. Quelques jours plus tard, l’opinion des scientifiques consultés a été rendue publique : ils ont plutôt suggéré de tout reporter à septembre.

Pour bien des Français, la décision des élus répond donc d’abord à un impératif économique : permettre aux parents de retourner au travail. Peu importe si cela met les enfants et leurs parents en danger.

Reprise trop rapide, distanciation physique quasi impossible à maintenir. Parents et syndicats du monde scolaire ont vite fait connaître leurs craintes et leurs doutes.

« Si c'est pour sacrifier la santé sur l'autel de l'économie, nous, on n'est pas d'accord », a lancé Benoit Teste, secrétaire général de la FSU, le plus important regroupement syndical en éducation.

Les maires de nombreuses villes se sont aussi opposés. Certains ont carrément décidé de ne pas rouvrir les écoles sur leur territoire. Paris et 300 autres villes de la région, elles, demandent un report de la date de réouverture.

Des doutes qui mineront le déconfinement?

Parents, élus et syndicats partagent cette méfiance envers le gouvernement, envers ses capacités à dicter une politique sanitaire cohérente, à permettre sa mise en oeuvre dans les temps.

Ces soupçons d’incompétence et de duplicité pourraient influencer le délicat exercice de déconfinement dans lequel s’embarque le pays, en dépit de l’objection de plusieurs.

Ils pourraient limiter l’adhésion à une application d’identification des contacts entre personnes infectées à l’aide des téléphones intelligents. Or, sans cet outil de suivi, bien des experts doutent de la capacité des autorités à étouffer les nouveaux foyers de contamination.

La méfiance et la crainte pourraient aussi réduire la quantité de gens qui retourneront dans l’espace public la semaine prochaine. Tant dans les transports en commun que dans les écoles.

Édouard Philippe tient un document à la main.

Le premier ministre français Édouard Philippe.

Photo : Reuters / POOL New

En confirmant que la France allait entreprendre cette nouvelle étape, le premier ministre a fait allusion à cette méfiance. Édouard Philippe a parlé d’un difficile équilibre à atteindre entre les préoccupations sanitaires et les impératifs économiques.

« Cet équilibre, a-t-il rappelé, il ne peut être atteint, il ne peut être respecté que si nous nous faisons confiance, les uns les autres. »

« J’ai confiance », a-t-il conclu… reste à voir si les Français lui rendront la pareille.

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