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Le nombre de prisonniers baisse de 30 % au Manitoba pendant la pandémie

Un homme tient les barreaux d'une cellule de prison.

Le ministre de la Justice, Cliff Cullen, affirme que la pandémie a permis de mettre en place une justice plus efficace et plus rapide.

Photo : Shutterstock

Radio-Canada

Le gouvernement manitobain se félicite de l'accélération du processus judiciaire, ayant rendu possible une baisse de près de 30 % du nombre d’adultes incarcérés au Manitoba au cours des deux derniers mois. Alors que la province voulait éviter une éclosion de cas de COVID-19, certains experts soulignent l'importance de repenser le système d'incarcération tout en gardant en tête la sécurité publique.

En date du 4 mai, la province affichait un total de 1642 prisonniers dans ses sept centres correctionnels. Cela représente 618 de moins par rapport aux données du 3 février, soit juste avant que la pandémie ne touche le territoire canadien.

Ces données représentent une première pour le Manitoba, où les cellules des prisons ne désemplissent pas depuis 2009.

Certains centres, comme le centre de prédétention Winnipeg Remand Centre, n’hébergeaient que 160 détenus le 4 mai, soit 300 de moins qu'en moyenne au cours des dernières années.

Cette pandémie a créé des changements, et je pense que ce sont des changements posifitifs, assure le ministre de la Justice, Cliff Cullen. Nous voyons un système judiciaire qui se serre les coudes. Je pense qu’il fonctionne mieux que jamais  il est plus efficace et plus rapide.

Le ministre assure toutefois qu’aucune directive n’a été donnée aux tribunaux ou aux systèmes judiciaires pour relâcher des détenus. Il souligne néanmoins que des efforts conjoints ont été faits par l’ensemble des parties pour trouver des solutions, afin que les personnes en détention provisoire puissent sortir de prison.

Un fort pourcentage des détenus étaient en attente de voir leur cas porté devant un juge. Nous avons accéléré ce processus, affirme le ministre tout en soulignant que cela a permis un accès plus rapide à la justice.

Le Manitoba n’est toutefois pas la seule province à avoir réduit le taux d’occupation de ses prisons à l’heure de la COVID-19. Ces mesures visent à réduire les risques de voir des foyers d'éclosion de la maladie entre les murs des établissements carcéraux.

En Ontario, par exemple, la prison de Brampton avait dû fermer ses portes à la mi-avril, lorsque 60 détenus et 8 membres du personnel avaient reçu des tests positifs à la maladie.

La province du Manitoba assure pour sa part n’avoir aucun cas de COVID-19 parmi la population carcérale.

Une décision à ne pas prendre à la légère

Un avocat de Winnipeg, Chris Gamby, observe de son côté de nombreux changements dans les peines prononcées.

Il dit avoir vu plus de mises en liberté sous caution, de libérations anticipées et d’autres mécanismes permettant aux personnes d’être libérées.

On dirait que tout le monde trouve important que les prisons ne dépassent pas leur capacité en ce moment, remarque-t-il.

Il ajoute avoir des clients qui sont sortis, mais qui étaient [au préalable] en prison et qui avaient de fortes chances d’y rester pour une période prolongée. Ces personnes sont maintenant dans la rue sous certaines conditions.

L'avocat Chris Gamby assis à un bureau.

L'avocat Chris Gamby, observe davantage de remises en liberté de ses clients.

Photo : Radio-Canada

La présidente du syndicat des employés gouvernementaux et généraux du Manitoba, Michelle Gawronsky, s’inquiète des effets de ces décisions sur la sécurité publique.

Tout doit être pesé avec attention. Quels sont leurs antécédents criminels? Qu’ont-ils fait par le passé? Quelle est l’ampleur du crime?, précise-t-elle. Ce que disent les agents correctionnels, c’est que, lorsqu’il y a une libération, la première chose à considérer est la sécurité et la protection du public.

Revoir l’utilisation des prisons

Pour d’autres, ces nombreuses libérations sont le reflet d’un système judiciaire qui emprisonnait à outrance avant la pandémie. C’est notamment le point de vue de l’ancien enquêteur correctionnel Howard Sapers.

S’il est sécuritaire de relâcher ces personnes maintenant, ou même non nécessaire de les incarcérer, alors c’était probablement sécuritaire avant le virus. [Au Canada] nous nous sommes habitués à utiliser l’emprisonnement lorsque nous n’en avons pas vraiment besoin, affirme-t-il.

Le ministre de la Justice tout comme Howard Sapers et Chris Gamby disent vouloir que les changements apportés au système judiciaire se poursuivent après la pandémie.

Avec des informations de Kristin Annable

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