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Des travailleurs dans une usine de transformation de poisson.

Transformation du poisson dans une usine de Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Radio-Canada

Depuis près de huit semaines, les Canadiens font face à une menace invisible, un virus si dangereux qu’il leur a fallu se confiner chez eux durant tout ce temps. Or, le virus se propage toujours, mais les autorités disent maintenant qu'il est temps de sortir et de faire face au risque.

Un texte de Kelly Crowe de CBC

Nous avons reçu un message pendant des semaines, nous disant que c'est vraiment dangereux, et maintenant les gouvernements changent de vitesse.

Richard Gold, professeur de droit à l'Université McGill de Montréal

Il n'existe toujours pas de traitement approuvé pour la COVID-19, et aucun vaccin n'est prévu avant quelques mois, voire des années.

À travers le pays, les gouvernements commencent à assouplir les restrictions sociales, même si de nombreuses personnes craignent encore d'attraper la maladie.

Cela ne devrait pas être une surprise totale : les politiques de distanciation sociale visaient à protéger les hôpitaux, et non les individus. L'objectif était d'éviter que tout le monde ne tombe malade en même temps - une politique à l'échelle de la population destinée à ralentir la propagation.

Et cela a fonctionné.

La première priorité était de ne pas inonder les hôpitaux, confirme Katherine Lippel, professeur de droit civil à l'université d'Ottawa.

C'était une réponse collective à un besoin collectif.

Katherine Lippel, professeur de droit civil à l'Université d'Ottawa

Risques élevés

On peut comprendre les Canadiens qui n'ont pas envie de sortir et risquer d’être infectés.

Pendant des semaines, ils ont été bombardés de titres alarmants décrivant les horreurs de la COVID-19, notamment des symptômes mystérieux, la mort soudaine de personnes apparemment en bonne santé et d'images de fosses communes.

Les experts prédisent toujours que la plupart des personnes infectées survivront et que beaucoup ne se rendront même pas compte de l'avoir été.

Mais les histoires de personnes qui se sont rétablies sans maux aucuns n'ont pas tendance à faire la une des journaux.

Personne n'écrit d'article sur le fait que j'ai eu la maladie, que je ne le savais pas et que j'ai couru un marathon, mais ces histoires existent aussi.

Dr Michael Gardam, chef du personnel de l'hôpital Humber River de Toronto

Pourtant, les statistiques alarmantes des hospitalisations et des décès révèlent un risque réel qui ne peut être écarté.

Je pense que nous avons tous un certain degré d'anxiété ou de peur, indique pour sa part le Dr Sanjeev Sockalingam, professeur de psychiatrie à l'Université de Toronto. Nous voyons de nombreuses personnes qui ont ces préoccupations et qui partagent ces soucis, dit-il.

Les avocats spécialisés dans le droit du travail sont appelés à se prononcer sur la question.

Il y a certainement des risques élevés pour les personnes qui retournent au travail, explique Alison Thompson, professeur associé de l'Université de Toronto qui étudie l'éthique de la santé publique.

Il est certain que les employeurs ont l'obligation de s'assurer que leur lieu de travail est sûr, dit-il.

Mais en fin de compte, la plupart des gens ne pourront pas refuser de reprendre leur travail.

En entrevue à l'émission Heather Hiscox de CBC, l'avocat Howard Levitt, spécialiste du droit du travail est affirmatif : vous devez travailler si vous êtes rappelé au travail.

Toutefois, fait-il remarquer, les employés ont le droit d'insister sur les mesures de sécurité, y compris les équipements de protection et les lieux de travail désinfectés. Et personne ne devrait être forcé de travailler avec une personne qui présente des symptômes de la COVID-19.

Un travailleur portant un masque dans une usine.

Un travailleur portant un masque de protection fait fonctionner une machine dans une usine de bottes.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le retour à la normale obligera certains à faire des calculs de risques qu'ils n'avaient jamais envisagés auparavant, notamment la prise de conscience qu'en retournant au travail, ils pourraient mettre en danger les membres vulnérables de leur famille.

Il y a aussi la possibilité d'être forcé de révéler des informations médicales personnelles à un employeur afin d'avoir la possibilité de travailler à domicile.

Il y a tout un tas de gens qui ont des problèmes de santé et qui devraient soudainement les rendre publics.

Richard Gold, professeur de droit à l'Université McGill de Montréal

La nouvelle politique de déconfinement

Après quelques mois seulement, les règles de base de l'interaction humaine et de la société civile sont réécrites à cause d'un virus.

Des questions sans précédent se posent quant à savoir si les obligations collectives l'emportent sur les préférences personnelles. Par exemple, faut-il exiger de chacun qu'il porte un masque pour protéger les conducteurs de bus et les autres usagers des transports en commun? Peut-on vous empêcher d'entrer dans un magasin si votre température est trop élevée?

Tout cela va tellement vite qu'il n'est pas évident de savoir qui doit être protégé. Comment décider si vous courez un risque plus élevé? Obésité, hypertension artérielle, asthme, âge : la liste des facteurs de risque potentiels commence à s'allonger.

Je ne veux pas que ce soient les individus qui fassent ces calculs de risque, car même en comprenant que si vous avez 70 ans et que vous êtes en bonne santé, votre risque est en fait très différent de celui d'une personne de 60 ans qui souffre de diabète et de maladie cardiaque sous-jacente.

Sandro Galea, doyen de l'école de santé publique de l'université de Boston

Il pense que c'est le rôle du gouvernement de fournir les conseils qui permettent essentiellement de parvenir à un consensus sur les risques acceptables au sein de la société.

Un groupe d'experts canadiens en santé publique a rédigé une lettre ouverte publiée dans Le Devoir mercredi, appelant les gouvernements à protéger les personnes contre le risque de perte d'emploi si elles décident que leur risque personnel lié à la COVID-19 est trop important.

Il s’agit de tenter de convaincre les gouvernements d'adopter des politiques qui sauveront des vies, dans le contexte du déconfinement, explique Janet Cleveland, chercheuse sur les droits et la santé des migrants à l'Université McGill, et l'une des signataires de la lettre.

Dans l'état actuel des choses, si ces personnes souhaitent rester chez elles parce qu'elles craignent (à juste titre) qu'un retour au travail puisse mettre leur vie en danger, elles risquent d'être licenciées, précise Mme Cleveland.

Simulation de l'immunité de groupe

Richard Gold plaide pour une flexibilité maximale, qui consiste à prolonger la distanciation sociale aussi longtemps que possible, et cela inclut le lieu de travail.

Si nous disons aux gens qu'il est en fait bon de ne pas aller travailler et que nous allons vous accommoder, cela diminue le risque pour tous les autres parce que vous éliminez une bonne partie de la population. Et donc la circulation du virus est beaucoup plus faible, ajoute M. Gold, qui y voit une forme d'immunité collective simulée.

Si la moitié de la population reste à la maison, vous venez de réduire de moitié la population qui peut être infectée, conclut M. Gold.

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