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L'effondrement du prix du pétrole met l'Irak au pied du mur

En avril, le pays n'a engrangé que 1,4 milliard de dollars, soit cinq fois moins que l'an dernier, et surtout 3 milliards de moins que le nécessaire pour payer ses 8 millions de fonctionnaires et de retraités.

Des hommes marchent dans un marché où l'on vend des tissus et des vêtements.

Des hommes marchent dans le marché de Shorja, à Bagdad.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD AL-RUBAYE

Agence France-Presse

L'Irak, qui vient tout juste de se doter d'un nouveau gouvernement, s'enfonce parallèlement dans sa pire crise économique et n'a plus d'autre choix que de sabrer les salaires de ses millions de fonctionnaires, au risque de relancer la colère populaire.

Depuis la chute de la dictature de Saddam Hussein en 2003, l'Irak a connu nombre d'années noires. Mais, économiquement, avec un PIB qui s'est contracté de 9,7 % et un taux de pauvreté de 20 % qui pourrait doubler, l'année 2020 s'annonce comme la pire de toutes, selon la Banque mondiale.

Le deuxième producteur de l'OPEP subit de plein fouet la chute vertigineuse des prix du pétrole, entraînée par la pandémie de COVID-19.

En avril, il est péniblement parvenu à gagner 1,4 milliard de dollars, cinq fois moins qu'un an auparavant et surtout 3 milliards de moins que le nécessaire pour payer ses 8 millions de fonctionnaires et pensionnés.

Pour continuer à assurer un revenu à tous ces gens – un Irakien sur cinq –, les autorités envisagent de donner moins à chacun, assurent à l'AFP deux responsables gouvernementaux.

En ne touchant pas aux salaires de base et en supprimant seulement les primes – en argent ou en nature –, l'État pourrait économiser les deux tiers des 36 milliards de dollars qu'il a dépensés en salaires en 2019.

Pour les plus hauts salaires, les primes représentent plus de la moitié de la somme versée, pour les salaires les plus bas, 30 %, détaille l'un des deux responsables.

Une femme traîne un gros sac rempli d'objets divers dans un dépotoir.

Une femme récupère des objets qu'elle juge recyclables dans un dépotoir de Bagdad.

Photo : Reuters / Khalid Al Mousily

De manière plus radicale encore, Bagdad réfléchit à imprimer de nouveaux dinars. Mais cela forcerait à piocher dans les réserves en dollars – 60 milliards tout juste – pour éviter une dévaluation comme les Irakiens en ont déjà connu.

L'idée, assurent les responsables, est de resserrer le budget 2020 au maximum : le ramener à 54 milliards, soit un peu plus du tiers de ce qui était prévu dans un projet qui n'a toujours pas été examiné par le Parlement.

Mais, pour l'économiste Ali Mawlawi, c'est trop peu et déjà trop tard.

Car le problème est ancien. Depuis des années, le clientélisme des dirigeants a creusé le déficit d'un État toujours incapable de fournir eau et électricité 24 heures sur 24.

Le gouvernement sortant d'Adel Abdel Mahdi n'a pas échappé à la règle. Le prix du pétrole était élevé, alors ils ont gonflé, à leur aise, le nombre de fonctionnaires et c'est cela qui a mené à la crise économique, accuse M. Mawlawi.

Début 2019, le budget voté par le Parlement prévoyait 13 % d'augmentation des dépenses de salaires et... 127 % pour les retraites, dans un des pays pourtant les plus jeunes au monde.

Et alors qu'à l'automne la rue explosait pour réclamer sa part du pétrole à des dirigeants voleurs et incompétents, le gouvernement en rajoutait une couche : 500 000 embauches supplémentaires pour acheter la paix sociale.

Le jeune homme fait partie d'un petit groupe de protestataires juchés sur un mur.

L'Irak était le théâtre d'importantes manifestations antigouvernementales avant la crise de la COVID-19.

Photo : Reuters / Khalid Al Mousily

Une économie qui ne crée aucun emploi

Dans un système hérité du socialisme à la Saddam, où tous les diplômés attendent de l'État qu'il les embauche dans ses administrations pléthoriques ou paient de généreux pots-de-vin pour faire accélérer le processus, le secteur privé n'a jamais eu sa chance.

Résultat, résume Waël Mansour, qui suit l'Irak pour la Banque mondiale, cette économie ne crée aucun emploi. Et surtout, elle n'est pas viable face à l'un de taux de croissance démographique les plus élevés au monde : en 2030, l'Irak aura gagné 10 millions d'habitants.

Si les salaires sont un tel fardeau, c'est aussi dans cette enveloppe financière que se trouve la solution, préconise M. Mansour, car c'est le seul poste qui peut être jugulé.

Mais, ajoute cet économiste, une telle austérité pourrait mener à plus de soulèvements dans la rue.

Un Irakien transporte des marchandises entassées sur une charrette.

Un Irakien transporte des marchandises entassées sur une charrette au marché de Shorja, à Bagdad.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD AL-RUBAYE

Le tout nouveau premier ministre Moustafa Al-Kazimi espérait sûrement que le gouvernement démissionnaire depuis cinq mois procéderait aux coupes les plus impopulaires.

Mais, affirme un responsable gouvernemental à l'AFP, personne ne veut prendre de responsabilité dans des réunions où les ministres chargés des affaires courantes se contentent de signer des contrats de dernière minute – de quoi s'assurer des rentrées d'argent avant de quitter leur poste... et compliquer un peu plus la tâche des suivants.

Or, les nouveaux venus ont déjà d'autres problèmes en tête. Après la baisse mondiale de la demande de pétrole, l'Irak va devoir baisser sa production sur ordre de l'OPEP.

Si on ne trouve pas vite une solution, il n'y aura plus d'argent en juin, prévient le haut responsable.

On sera alors incapables de payer notre administration et donc de faire fonctionner l'État, détaille-t-il. Dans un Irak déchiré depuis des décennies par la guerre et les violences, ce n'est jamais arrivé, relève-t-il.

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