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Une année 2020 « difficile » pour l’industrie forestière canadienne

Des billots dans une cour à bois.

Plusieurs scieries ont dû fermer leurs portes temporairement en raison des contrecoups de la pandémie de COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La crise de la COVID-19 préoccupe fortement l’industrie forestière du Canada, déjà aux prises avec d’importants défis, comme les tarifs douaniers américains pour le bois d’oeuvre. Les dirigeants du secteur réclament d’Ottawa une aide financière mieux adaptée à leur réalité.

Le ralentissement économique causé par la pandémie a forcé la mise à pied d’environ 1000 employés dans les usines de Produits forestiers Résolu, principalement au Québec.

Le marché de la pâte est en relative croissance et le marché du papier tissu, dans le contexte actuel, est très sollicité, explique le directeur principal des affaires publiques et des relations intergouvernementales de Produits forestiers Résolu, Karl Blackburn.

Par contre, tous les autres secteurs d’activité, que ce soit les papiers d’imprimante commerciaux ou les produits du bois, sont malheureusement des marchés qui sont affectés durement, ajoute-t-il.

Malheureusement, rien ne nous laisse présager que la situation risque de s’améliorer à court terme.

Karl Blackburn, directeur principal des affaires publiques et relations gouvernementales, Produits forestiers Résolu

En Ontario, les trois usines actives ont été épargnées par les mises à pied, mais la scierie de bois d’oeuvre d’Ignace, dans le Nord-Ouest, fermée en avril 2019, ne reprendra pas ses activités ce printemps comme prévu à cause des conséquences de la pandémie.

S’il admet qu’on ne pourra jamais dire que l’industrie du bois est un long fleuve tranquille, Karl Blackburn croit que la COVID-19 survient à un bien mauvais moment, alors que le secteur se relevait à peine de la chute des prix du bois d’oeuvre amorcée en 2018.

Karl Blackburn.

Karl Blackburn est directeur principal des affaires publiques et des relations gouvernementales de Produits forestiers Résolu.

Photo : Radio-Canada/Lisa-Marie Fleurent

L’année 2019 a été une année extrêmement difficile pour tous les secteurs d’activité dans lesquels on se retrouve et on entrevoyait l’année 2020 d’un meilleur point de vue, confie M. Blackburn.

Les premières semaines au niveau du bois d’oeuvre étaient de bon augure, il y avait une demande accrue et un raffermissement sur les marchés. Malheureusement, la COVID-19 est venue freiner cet élan, note-t-il, rappelant aussi le ralentissement causé par les blocages ferroviaires plus tôt cette année.

Karl Blackburn dit espérer que les mesures d’aide gouvernementale sauront permettre [à Produits forestiers Résolu] de faire une relance économique le plus rapidement possible.

Les mesures actuelles jugées insuffisantes

L’Association des produits forestiers du Canada (APFC) estime que les mesures déjà annoncées par Ottawa ne cadrent pas avec la réalité de l’industrie forestière.

L’organisme estime à 40 le nombre de scieries canadiennes qui ont dû temporairement fermer leurs portes à cause de la pandémie, causant la mise à pied de plus de 5000 personnes.

Son directeur général, Derek Nighbor, souligne par exemple que peu d’entreprises pourraient tirer profit de la Subvention salariale d’urgence du Canada, compte tenu de l’exigence d’une baisse de revenus de 30 % par rapport à l’an dernier à pareille date.

En mars 2019, nous étions déjà à un point très bas, nos revenus étaient très faibles, il serait presque impossible d’envisager 30 % moins de revenus. La plupart de nos entreprises n’ont pas pu atteindre ce seuil, fait-il savoir.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

Dans notre industrie, il est aussi important de savoir que même si les prix baissent de manière significative, comme cela a été le cas en mars et avril, l’impact sur nos revenus ne se manifeste que quatre à six semaines plus tard. Nous sommes une industrie qui fonctionne en se basant sur les prévisions, les marchés comme celui des États-Unis, nous ne sommes pas une industrie tournée vers le passé.

Un homme qui porte une veste grise et une cravate.

Derek Nighbor est le directeur général de l'Association des produits forestiers du Canada.

Photo : CBC

Derek Nighbor dit comprendre qu’il y a un cadre législatif dans lequel il faut opérer, mais souhaite davantage de flexibilité dans la livraison du programme.

Peut-on adopter une approche d’échelle mobile? Peut-on ajouter peut-être l’option d’une baisse de revenus de 10 % ou de 15 % pour obtenir des subventions salariales de 40 % ou de 50 % au lieu de 75 %? demande-t-il.

Il ajoute que plusieurs entreprises forestières ont besoin d’un soutien qui dépasse de loin ce qu’elles peuvent obtenir à travers le Programme de crédit aux entreprises de la Banque de développement du Canada.

Un accès à des liquidités

Le directeur général de l’APFC indique que la capacité de l’industrie canadienne du bois d’oeuvre à se remettre des effets de la pandémie dépendra largement du rétablissement de l’économie américaine.

C’est un marché très important pour nous, mais il n’y a pas beaucoup de constructions de maisons actuellement, observe Derek Nighbor, ajoutant que l’industrie est toujours aux prises avec les tarifs douaniers américains.

Les deux prochains trimestres seront difficiles.

Derek Nighbor, directeur général de l’Association des produits forestiers du Canada

Des mesures gouvernementales afin d’octroyer des liquidités aux entreprises forestières s’imposent, selon lui, pour leur permettre d’envisager une croissance à la fin de la crise.

Un homme dans une station radiophonique.

Jean-Charles Cachon est professeur en relations industrielles à l'Université Laurentienne, à Sudbury.

Photo : Radio-Canada

Professeur en relations industrielles à l’Université Laurentienne, Jean-Charles Cachon est du même avis.

C’est clair et net que s’il n’y a pas d’injection directe de liquidités dans cette industrie-là, un accès à des fonds rapides, les banques ne font pas de cadeau. Ces entreprises-là ne sont pas nécessairement en état de recevoir d’augmenter leur marge de crédit, d’autant plus que leur niveau de risque les soumet à des taux d’intérêt très élevés.

Jean-Charles Cachon, professeur en relations industrielles à l’Université Laurentienne

Nous ne voulons pas un sauvetage financier, soutient Derek Nighbor. Notre industrie est très optimiste pour l’avenir à la fois du côté du bois d’oeuvre, étant donné les avantages environnementaux de construire avec le bois, mais aussi du côté des pâtes à papier quand on regarde la demande de masques médicaux, des blouses d’hôpital et de papier de toilette.

Nous avons juste besoin d’assez de soutien pour gérer les niveaux de dettes, garder les scieries ouvertes, pendant que nous traversons cette tempête, conclut le directeur général de l’APFC.

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