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Comment Montréal est devenue l’épicentre de la crise au Québec

Un homme masqué marche sur un trottoir de l'arrondissement de Montréal-Nord.

À Montréal-Nord, la COVID-19 a trouvé un terreau fertile.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Ville de Montréal est au cœur de l'épidémie au Québec, et les autorités estiment que la situation dans la métropole est encore préoccupante. État des lieux.

En date du 6 mai, il y avait 17 442 cas confirmés à Montréal, soit la moitié des cas du Québec. Depuis le début de la pandémie, 1562 Montréalais sont décédés des complications de la COVID-19, soit 62,2 % de tous les décès de la province.

Le nombre de nouveaux cas par jour à Montréal a toujours été beaucoup plus élevé qu’ailleurs dans la province.

Montréal a 844 cas confirmés par 100 000 habitants, comparativement à la province, qui a un taux de 404 cas confirmés par 100 000 habitants. Laval a un taux similaire à celui de Montréal, avec 835 cas confirmés par 100 000 habitants. 

Les points chauds à Montréal

Le premier cas au Québec – une femme revenant d'un voyage en Iran – a été confirmé à Montréal. Si les premiers cas étaient tous liés à des voyageurs, la transmission communautaire a rapidement pris le dessus.

Bien que Montréal-Nord ait fait les manchettes au cours de la dernière semaine en raison de l’explosion du nombre de cas, d’autres arrondissements sont également à surveiller.

Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce a été le premier arrondissement à connaître une éclosion. Ce n’est que le 27 avril que la situation est devenue plus inquiétante à Montréal-Nord, après que l'arrondissement eut connu une explosion du nombre de cas en seulement deux semaines.

Si ces deux arrondissements ont le plus de cas confirmés, Ahuntsic-Cartierville, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Rivière-des-Prairies ne sont pas très loin derrière, avec chacun plus de 850 cas confirmés. Ces arrondissements connaissent eux aussi une hausse marquée du nombre de cas depuis 10 jours.

On peut également voir que la courbe est assez stable dans une quinzaine d’arrondissements et de villes liées. Cependant, les courbes de Rosemont–La Petite-Patrie, de Verdun et de LaSalle sont à surveiller au cours des prochains jours.

Montréal-Nord a non seulement le plus de cas cumulatifs, mais a le plus de cas par 100 000 habitants, suivi par LaSalle.

Si Montréal-Nord compte présentement le plus de cas, les arrondissements d'Ahuntsic-Cartierville, de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et du Sud-Ouest ont le plus de décès liés à la COVID-19 à Montréal.

Toutefois, lorsqu’on observe le taux par 100 000 habitants, Mont-Royal arrive en tête, suivie du Sud-Ouest, de Dorval et d’Ahuntsic-Cartierville.

Le nombre de décès par 100 000 habitants est de 75.6 à Montréal, comparativement à 29 pour l’ensemble du Québec.

Environ 5 % des personnes infectées à Montréal ont moins de 19 ans; 41,9 % des cas ont plus de 60 ans. Ces proportions sont à peu près les mêmes qu’à l’échelle provinciale.

La courbe montréalaise contre la courbe québécoise

Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, estime que le sommet de la courbe a été atteint à Montréal le 4 avril dernier, mais que le « phénomène des CHSLD » est venu changer la donne.

Plus de 75 % des CHSLD et 23 % des résidences pour personnes âgées à Montréal sont aux prises avec une éclosion de COVID-19, a précisé la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM.

Selon l'Observatoire du Grand Montréal, 80 % des personnes décédées dans le Grand Montréal demeuraient en CHSLD ou dans une résidence privée pour aînés.

Selon la Dre Tremblay, la courbe a « réellement descendu » à l’extérieur de Montréal.

Mais quand on voit des éclosions se reproduire dans des quartiers de Montréal qui n’avaient rien il y a quelques jours… pour moi, ce n’est pas sous contrôle.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue, CHUM

Voilà pourquoi le premier ministre François Legault le répète depuis plusieurs jours : si la situation ne se stabilise pas à Montréal, il n’y aura pas de déconfinement.

Quartiers vulnérables

Une personne tient des sacs de course avec des gants et un masque.

À Montréal-Nord, le nombre de personnes contaminées par le coronavirus a augmenté de manière fulgurante ces derniers jours.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Qu’est-ce qui explique qu'on recense un nombre plus élevé de cas dans certains quartiers?

La mairesse Valérie Plante avance que la densité de la population à Montréal a certainement un impact sur le nombre de cas.

La directrice de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, ajoute que, dans certains quartiers, « il y a des enjeux de capacité à maintenir la distanciation en raison d’une forte densité, parce qu’il y a moins de parcs, il y a beaucoup de petits commerces… »

Par exemple, l’arrondissement du Sud-Ouest dispose de 36 parcs pour 10 000 familles, tandis que celui de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce ne dispose que de 9 parcs pour 10 000 familles et que celui de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension n’en a que 14 pour 10 000 familles.

Les quartiers qui comportent le plus de personnes âgées, le plus de travailleurs essentiels et une grande diversité semblent avoir le plus de cas confirmés à Montréal.

La mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, précise pour sa part que plusieurs réalités ont mené à une explosion du nombre de cas dans son arrondissement. « On a plusieurs travailleurs de la santé, on a plus de 26 000 personnes qui ont 65 ans et plus, il y a beaucoup d’appartements, des familles nombreuses, une population très diversifiée », a-t-elle expliqué sur les ondes d’ICI Première.

Ahuntsic-Cartierville, Montréal-Nord, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Verdun ont tous plus de 15 % de leurs résidents qui ont plus de 65 ans, des gens qui risquent davantage de subir les complications de ce virus.

L’âge médian dans les arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville, de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies est plus élevé que l’âge médian pour l’ensemble de la ville de Montréal, qui est de 40,6 ans.

De plus, de nombreux Montréalais ont des problèmes chroniques qui les mettent plus à risque de subir des complications liées à la COVID-19. Par exemple, à Montréal, la prévalence du diabète est de 6,8 % et dépasse les moyennes québécoise et canadienne.

Plus de tests

Un homme s'apprête à subir un test de dépistage de la COVID-19 par une professionnelle de la santé.

Les tests de dépistage ont débuté dans la clinique mise sur pied dans le quartier Saint-Michel.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Rappelons qu'à Montréal, le nombre total de cas est beaucoup plus élevé que le nombre de cas présentement confirmés, puisque le nombre de tests de dépistage y est limité.

Depuis les dernières semaines, la plupart des tests ont été faits auprès des travailleurs de la santé plutôt que de la population générale, a indiqué mercredi le Dr Horacio Arruda.

Le gouvernement promet d’augmenter le nombre de tests faits, surtout à Montréal, et des cliniques de dépistage sont notamment prévues dans les quartiers chauds de Montréal-Nord, d’Ahuntsic-Cartierville, de Rivière-des-Prairies et de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Ainsi, le nombre de cas confirmés dans ces arrondissements risque de bondir au cours des prochaines semaines.

En augmentant le nombre de tests de dépistage, la Ville de Montréal espère mieux comprendre la propagation du virus dans la communauté. « On veut mieux comprendre pourquoi à Montréal-Nord ou à Saint-Michel et à Rivière-des-Prairies, il semble y avoir une plus grande transmission communautaire », a dit la mairesse Plante en entrevue à l’émission Tout un matin.

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