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Matamajaw bientôt lieu historique national du Canada?

Au cœur de Causapscal, on raconte l'histoire de la pêche au saumon dans la Matapédia.

Le site Matamajaw, à Causapscal.

Le site Matamajaw, à Causapscal

Photo : courtoisie site Matamajaw/Louis-Philippe Cusson

Le site patrimonial de pêche au saumon Matamajaw, à Causapscal, pourrait devenir un lieu historique national du Canada.

Le musée géré par la corporation Faucus a réussi à passer la première étape en vue d'une désignation officielle par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

L'étude préliminaire de la candidature présentée en septembre mènera à l'élaboration d'un dossier plus étoffé par l'organisme fédéral.

Concrètement, dès que les règles sanitaires le permettront, un historien de Parcs Canada doit se rendre sur place et faire un rapport.

Ils peuvent nous redemander des informations, des validations et, après ça, on attend de voir si ça passe à la Commission, précise la directrice du site, Édith Ouellette.

Vu que plusieurs choses sont arrêtées, on espère plus avoir une réponse en septembre

Édith Ouellette, directrice, site Matamajaw

Cette reconnaissance ne serait pas accompagnée d'un chèque et de guides parfaitement bilingues portant une chemise officielle de Parcs Canada. Cette option a déjà été écartée par les hautes instances fédérales.

Par contre, Matamajaw serait sur l'itinéraire des lieux historiques canadiens. Ça vient avec des protocoles pour mieux protéger nos bâtiments, confirme la directrice.

Un protocole, c'est bien, mais ce serait surtout une immense source de fierté, estime le maire de Causapscal, André Fournier.

C'est le patrimoine bâti le plus important de la Matapédia, affirme le premier citoyen, fier de rappeler que la Ville n'a jamais hésité à sortir beaucoup d'argent pour maintenir une certaine activité dans ce lieu fréquenté depuis la nuit des temps par les Autochtones.

On met, la Ville, entre 85 et 90 000 $ par année. C'est notre patrimoine, c'est notre histoire.

Les bâtiments font d'ailleurs l'objet d'une rénovation majeure, un projet de près de 800 000 $. Les travaux interrompus en raison du coronavirus devraient d'ailleurs reprendre dans les prochains jours.

Des canots et de vieilles photos au mur.

Intérieur du musée du Site patrimonial de pêche Matamajaw, à Causapscal

Photo : Radio-Canada

Il n'y a que trente lieux historiques nationaux au Québec. Le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie en comptent deux, soit le site historique maritime de la Pointe-au-Père, à Rimouski, et le lieu historique national de la Bataille-de-la-Ristigouche, dans la Baie-des-Chaleurs.

Une histoire de pêche depuis la décennie 1870

Le site compte cinq bâtiments plus que centenaires qui se retrouvent aujourd'hui en plein cœur de la municipalité, à la confluence des rivières Causapscal et Matapédia.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, ce secteur est prisé depuis longtemps par les Autochtones en raison de l'abondance du saumon.

Des pêcheurs avec de gros saumons, début 1900.

Pêcheurs du Matamajaw

Photo : Courtoisie : Site patrimonial de pêche Matamajaw

Le premier propriétaire des lieux est un notable du nom de George Stephen, plus connu sous le nom de Lord Mount Stephen. Cet Écossais anobli a été président de la Canadian Pacific Railway et maître d'œuvre du chemin de fer Intercolonial.

C'est justement lors de la construction du chemin de fer dans la Matapédia que Mount Stephen a découvert un paradis pour s'adonner à sa passion.

Ce camp, version bourgeoise, est aussi le premier domaine de pêche de la Matapédia.

Ç'a été un club qui est demeuré de propriété privée presque jusque dans les années 80, rappelle l'historien Pascal St-Amand, qui est aussi conseiller en développement culturel à la MRC de la Matapédia.

Dans les années 60, les clubs privés régnaient en roi et maîtres sur les grandes rivières à saumons du Québec. Moins de 1 % de la population contrôlait 87 % des zones accessibles. En 1978, le gouvernement de René Lévesque décide de mettre fin aux privilèges et de redonner accès au territoire à la population.

Le site Matamajaw au siècle dernier.

Le site Matamajaw au siècle dernier.

Photo : Courtoisie : Site patrimonial Matamajaw

Ce camp constitue donc l'un des derniers témoins de cette époque où le Québécois moyen n'avait pas le loisir de profiter de la rivière et de ses ressources, se contentant d'être porteur d'eau pour l'élite saisonnière.

Beaucoup ont vécu du site Matamajaw, rappelle le maire. Vous pouvez parler à des gens de 80 ans qui ont été guides sur la rivière, cuisiniers et beaucoup de gens de Causapscal étaient surveillants sur la rivière.

Mais Matamajaw résonne bien au-delà des bâtiments, des canots et des poissons, croit Pascal St-Amand. Il est le corollaire d'une transmission culturelle unique qui fait aujourd'hui la fierté des Causapscaliens.

Depuis les Autochtones qui pratiquaient la pêche, depuis Mount Stephen, depuis les guides qui se sont transmis de génération en génération des connaissances jusqu'à aujourd'hui, c'est un patrimoine qui est toujours vivant.

Pascal St-Amand, historien

D'ailleurs, depuis 2015, la pêche au saumon dans la Matapédia fait partie du patrimoine culturel immatériel du Québec, selon un classement du ministère de la Culture.

Reste maintenant à obtenir une telle attention de la part du gouvernement fédéral.

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