•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une soirée à deux mètres de la police de Longueuil

Le quotidien des policiers est aujourd’hui rythmé par les appels de délation en lien avec le coronavirus.

Les agents Martin Giroux et Nicolas Chevrier du Service de police de l'agglomération de Longueuil en patrouille à Boucherville.

Les agents Martin Giroux et Nicolas Chevrier, du Service de police de l'agglomération de Longueuil, doivent répondre à plusieurs appels de délation en lien avec le coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Frédéric Lacelle

Avec le confinement, les rues de l'agglomération de Longueuil sont plus calmes que jamais. Les mesures de distanciation sociale ont aussi un impact sur la criminalité. Au mois d'avril, on dénombre 35 % moins de crimes qu'à la même période l'an dernier. Le quotidien des policiers est aujourd'hui rythmé par les appels de délation en lien avec le coronavirus.

Mardi soir. Une famille soupe tout bonnement dans son appartement d’un quartier résidentiel de Longueuil. Une scène qui aurait été tout à fait normale il y a quelques semaines. Mais quatre personnes n’habitent pas à cette adresse. Il s’agit donc d’un rassemblement illégal.

Les agents Martin Giroux et Nicolas Chevrier sont appelés sur les lieux. La famille leur demande s’ils peuvent simplement terminer leur repas.

On va vous demander de quitter tranquillement, dit l’agent Giroux. Mon intention, ce n’est pas de vous donner un constat, c’est juste de vous avertir.

Depuis le 12 mars, les policiers de Longueuil ont remis 95 constats d'infraction pour rassemblements illégaux. Et les amendes sont salées : plus de 1500 $, avec les frais d'administration. À Montréal, en date du 4 mai, 2049 amendes en lien avec la COVID-19 avaient été distribuées.

L'agent Martin Giroux du Service de police de l'agglomération de Longueuil en patrouille.

L'agent Martin Giroux, du Service de police de l'agglomération de Longueuil, en patrouille.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

On va toujours favoriser l’avertissement, ajoute le policier, en sortant du bâtiment. Si jamais ils se faisaient prendre à nouveau, on pourrait sévir. Mais les gens n’ont pas nécessairement les moyens. Ce sont des temps qui sont difficiles économiquement.

Fête de famille

Le prochain cas à apparaître dans l’ordinateur de l'autopatrouille des deux policiers est encore un cas de rassemblement illégal présumé. Un voisin a remarqué un groupe de jeunes dans une cour arrière de Boucherville.

Le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) reçoit entre 60 et 100 signalements par jour en lien avec la COVID-19, surtout des appels de délation.

L’agent Chevrier sonne à la porte d’une maison cossue. Une femme lui répond, surprise de voir des policiers sur son perron. Ce n’est pas un attroupement illégal, on est une famille, répond la résidente. On est une famille reconstituée et c’est la fête de 18 ans de mon fils aujourd’hui.

Les agents Martin Giroux et Nicolas Chevrier du Service de police de l'agglomération de Longueuil en patrouille à Boucherville.

Les agents Martin Giroux et Nicolas Chevrier, du Service de police de l'agglomération de Longueuil, en patrouille à Boucherville.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Malgré une soirée chaude de printemps, les rues de l’agglomération de Longueuil sont particulièrement calmes.

Pour le mois d’avril, le SPAL dénombre 35 % moins de crimes qu’à la même période l’an dernier dans l'agglomération de Longueuil. En comparaison, du 12 mars au 26 avril, à Montréal, la criminalité est en baisse de 30 % cette année, par rapport à la moyenne de 2017, 2018 et 2019.

Mais avec le beau temps et le déconfinement progressif annoncé, les policiers anticipent plus de boulot. Les gens sont tannés d’être à la maison, observe Martin Giroux. Je pense que la socialisation, ça leur manque beaucoup.

Combattre la pandémie

Le dernier appel de la soirée a lieu vers 23 h. Encore un cas de rassemblement illégal. Les deux policiers sonnent à la porte d’un immeuble à logements modeste.

Ils sont au 8e étage, ils fument et font du bruit, s’exclame une dame âgée, visiblement exaspérée. Ils sont quatre. Ce n’est pas la première fois que j’appelle. On est vieux et on ne peut pas sortir, et ça m’écoeure de voir ça!

Les deux policiers se rendent à l’étage en question. Pas de réponse. Ils font le tour du bâtiment et il n’y a aucun signe de vie.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Les agents Martin Giroux et Nicolas Chevrier du Service de police de l'agglomération de Longueuil en patrouille à Boucherville.

L’agent Giroux admet que son nouveau mandat est angoissant. En plus de prévenir le crime, les deux collègues doivent aujourd’hui combattre une pandémie. Et le virus peut se terrer derrière chaque porte.

J’ai peur pour ma santé, dit-il. Quand on reçoit un appel, ça vient généralement du voisin. On ne sait jamais à quoi s’attendre. J’ai peur d’attraper le coronavirus, de le donner à ma famille, à mon partenaire de travail. C’est vraiment un ennemi invisible.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !