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Non, l'hydroxychloroquine n'a pas « guéri » le Nouveau-Brunswick

Gros plan sur une ordonnance de médicaments dans un contenant en plastique tenu des mains gantées.

L'hydroxychloroquine est entre autres utilisée pour soigner l'arthrite et le lupus.

Photo : Reuters / Lindsey Wasson

Nicolas Steinbach

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonçait le 2 mai que toutes les personnes déclarées positives après un test de dépistage de la COVID-19 dans la province étaient rétablies. Depuis, deux nouveaux cas d’infection ont été découverts, mais la province se targue de n’avoir enregistré aucun décès lié au coronavirus.

L’une des hypothèses que l’on entend le plus souvent depuis cette annonce, c'est que le Nouveau-Brunswick a eu, davantage qu’ailleurs, recours à l'hydroxychloroquine, un médicament commercialisé entre autres sous le nom de Plaquenil.

Cette affirmation est fausse.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Le Dr Gabriel Girouard, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, explique que rien ne porte à croire que le médicament, entre autres prescrit pour l'arthrite, a contribué au rétablissement de 118 personnes atteintes de la COVID-19 dans la province.

Le contrôle de la COVID-19 au Nouveau-Brunswick n'est pas attribuable à l'hydroxychloroquine, déclare-t-il.

Il l'est plutôt à l'implantation très rapide et précoce des mesures de distanciation physique par le gouvernement, la taille de la province, la taille de nos villes, un pourcentage plus bas de voyageurs internationaux, et l'implantation très rapide des tests de dépistage au laboratoire de référence de diagnostic virologique du Nouveau-Brunswick, au CHU Dumont, avec des résultats généralement le jour même ou en dedans de 24 heures, alors que dans d'autres provinces canadiennes, on pouvait attendre plusieurs jours, souligne le Dr Girouard.

Gabriel Girouard à l'extérieur.

Le docteur Gabriel Girouard est microbiologiste et infectiologue.

Photo : Radio-Canada

Un guide de traitement sur l'hydroxychloroquine au Nouveau-Brunswick

Il est vrai cependant que le 2 avril, le Réseau de santé Vitalité confirmait la mise à l'essai de l'hydroxychloroquine sur certains des patients atteints de COVID-19 au Nouveau-Brunswick.

L’administration du médicament devait se faire à un stade précoce de la maladie et les patients devaient répondre à certains critères.

L'étude a été mise sur la glace le 17 avril en raison du manque d'études tangibles sur l’hydroxychloroquine.

Le Dr Gabriel Girouard affirme qu'une dizaine de patients ont participé à cette étude et ont pris de l'hydroxychloroquine contre la COVID-19 avant qu’on ne mette fin à l’exercice.

Il y a très peu de patients au Nouveau-Brunswick qui ont été traités avec l'hydroxychloroquine.

Le Dr Gabriel Girouard, microbiologiste-infectiologue

On a établi au mois de mars un guide de traitement, un outil pour le clinicien lui donnant les dosages, les précautions à prendre pour pouvoir prescrire l'hydroxychloroquine de façon non homologuée. Pour l'instant, c'est sur pause, indique le Dr Girouard.

Un pharmacien exhibe des comprimés d'hydroxychloroquine dans leur emballage.

Des comprimés d'hydroxychloroquine.

Photo : Reuters / Yves Herman

Selon le Dr Girouard, certaines publications préviennent d’effets secondaires graves, alors que d’autres rapports évoquent des résultats positifs. Rien ne prouve hors de tout doute que ce médicament est efficace contre la COVID-19.

Des pharmaciens refusent de vendre de l'hydroxychloroquine

Au début de la pandémie, il y a eu une ruée vers le médicament après qu’une étude sur 24 patients atteints de COVID-19 eut laissé entendre que l'hydroxychloroquine avait amélioré leur état.

Les résultats préliminaires d’une étude subséquente ont été peu probants.

Ce n’est pas le médicament qu'on pense que ça va être. Écoutez votre médecin, avertit Dennis Abud, pharmacien propriétaire et membre du conseil d'administration de l'Association des pharmaciens du Nouveau-Brunswick.

Dennis Abud en entrevue dans son magasin.

Le pharmacien Dennis Abud en 2019.

Photo : Radio-Canada

Il n'y a toujours pas de médicament autorisé contre la COVID-19, souligne M. Abud. Les pharmaciens, dit-il, exécutent les ordonnances pour les médicaments qui s’attaquent aux symptômes de la maladie – comme des inhalateurs pour les voies respiratoires et des Tylenol contre la fièvre– mais aucun n’est prescrit pour traiter directement la COVID-19.

Dennis Abud indique avoir refusé de vendre de l'hydroxychloroquine à bon nombre de patients qui voulaient s’en procurer.

Au début, les gens ne savaient pas que ça prenait une prescription pour le médicament, donc ils venaient à la pharmacie pour en demander, et on faisait un peu d'éducation en même temps, dit-il.

Une petite étude de 50, 100 personnes, ça ne prouve rien, [...] la façon la plus efficace de se prémunir contre la COVID-19 est de se laver les mains, [et] la distanciation physique.

Dennis Abud, pharmacien

Dennis Abud dit garder espoir qu’un vaccin pourra immuniser la population contre la COVID-19.

Santé Canada ne recommande pas la chloroquine ni l'hydroxychloroquine

Santé Canada s'inquiète du fait que certaines personnes pourraient acheter directement de la chloroquine ou de l'hydroxychloroquine dans l’espoir de prévenir ou de traiter la maladie causée par le nouveau coronavirus.

Une personne portant un masque tient une boîte de médicaments.

Plaquenil est l'une des marques sous lesquelles l'hydroxychloroquine est commercialisée.

Photo : Reuters / Stephane Mahe

Dans un avis de sécurité du 25 avril (Nouvelle fenêtre), Santé Canada mettait en garde la population contre les effets secondaires du médicament.

La chloroquine et l'hydroxychloroquine peuvent entraîner de graves effets secondaires, notamment de graves troubles du rythme cardiaque, écrivait le ministère.

Santé Canada rappelle que ces médicaments doivent être prescrits par un médecin et être utilisés seulement sous la supervision d'un spécialiste.

Un registre de la COVID-19 au Nouveau-Brunswick

Au Nouveau-Brunswick, un registre des cas de COVID-19 a par ailleurs été mis sur pied. Le Dr Gabriel Girouard, microbiologiste-infectiologue du CHU Dumont, indique qu’il s’agit d’une étude observationnelle qui cherche à dresser le portrait de la COVID-19 dans la province.

Les personnes qui ressentent des symptômes de la COVID-19 sont invitées à participer à la recherche lors de leur passage à la clinique de dépistage.

Un homme avec un masque sur le nez et la bouche marche dans une rue sale en transportant plusieurs sacs de plastique.

Un homme portant un masque déambule à Moncton, au Nouveau-Brunswick, en mars 2020.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Quels ont été les symptômes les plus communs? Quelle était la moyenne d'âge des gens infectés? Combien de temps pour que les gens présentent une amélioration clinique, [...] la distribution géographique des cas, est-ce qu’il y a eu de la transmission dans certaines familles plus que d'autres? Ce sont toutes des choses que l’on peut regarder, explique le spécialiste.

La façon dont on a soigné les malades au Nouveau-Brunswick pourrait être une autre des données colligées par ce registre, précise le Dr Girouard.

Parallèlement, c'est sûr que si le patient aurait reçu un traitement [à l'hydroxychloroquine ou autre] on va le capter comme une information. Est-ce que c'est un registre qui étudie spécifiquement un traitement pour la COVID-19 ? Non, dit-il.

Le registre est le fruit d’un partenariat entre les réseaux de santé Vitalité et Horizon. La participation au registre est volontaire.

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