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La pression de rouvrir provoque de la confusion dans les milieux de vie pour aînés

Ruée vers la sortie dans les résidences, CHSLD inondés de demandes de visites, proches aidants qui craignent de ne pas être acceptés... L'annonce de la ministre des Aînés, mardi, a pris tout le monde de court.

Une proche aidante communique avec sa mère à travers la vitre d'une résidence.

Une proche aidante communique avec sa mère à travers la vitre d'une résidence.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Des mesures d'assouplissement des entrées et sorties dans les centres d'hébergement pour personnes âgées sont déjà en vigueur, d'autres le seront dès lundi, mais beaucoup de questions demeurent sans réponses pour les familles et pour les établissements du Québec.

C'était comme la fin des classes ou la récréation. Le point de presse [de mardi] n'était pas encore terminé que, déjà, des aînés se dirigeaient vers les portes extérieures, voulaient sortir. Ils étaient tellement joyeux, raconte le PDG du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins. Mais ça n'a pas fait rire les gestionnaires.

J'ai eu beaucoup de commentaires de mes membres déçus de ne pas avoir été avisés d'avance, parce qu'on voulait éviter les regroupements dans les ascenseurs, les escaliers et dans l'entrée principale.

Yves Desjardins, PDG du Regroupement québécois des résidences pour aînés

Même s'il aurait souhaité un préavis pour se préparer, le RQRA applaudit à l'annonce, qualifiée de « bouffée d'oxygène ». Sont désormais autorisées les sorties sans supervision dans les résidences privées qui n'ont pas de cas de COVID-19. Près de 130 000 aînés peuvent ainsi en profiter après deux mois de confinement.

À partir de lundi, les aînés de ces résidences privées pourront fréquenter les commerces essentiels en portant un couvre-visage. Pour les autres commerces, cela dépendra des dates de réouverture selon les régions.

Des CHSLD inquiets du retour des proches aidants dès lundi

Une préposée aux bénéficiaires en train d’aider une patiente au CHSLD Éloria Lepage à Montréal.

Pour refuser des proches aidants, les établissements devront fournir une justification au ministère.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une autre annonce du gouvernement crée encore plus de confusion, particulièrement dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Plusieurs gestionnaires d'établissements se demandent s'ils auront assez d'équipement de protection et de personnel pour permettre le retour des proches aidants de façon sécuritaire, dès lundi.

Pour préserver « l'humanité » et « la santé mentale », Québec force les établissements, même ceux qui sont aux prises avec des cas de COVID-19, à ouvrir leurs portes aux proches aidants.

C'est certain qu'ils devront rester seulement avec leurs proches. Ils ne peuvent pas demander du temps à des préposés qui courent déjà pour aider dans la situation, explique Michel Nardella, propriétaire de la Résidence du Bonheur, à Laval, et président de l'Association des établissements de longue durée privés du Québec.

Je pense qu'il y a plusieurs établissements, surtout ceux avec des cas de contamination, qui vont demander un sursis avant de faire entrer les proches aidants, le temps de s'organiser, le temps d'être sûrs d'avoir le personnel pour les accueillir et les protections individuelles.

Mélanie Perroux, coordonnatrice au développement du Regroupement des aidants naturels du Québec

Pour refuser des proches aidants, les établissements devront fournir une justification au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). La présence d'une éclosion de COVID-19 ne sera pas considérée comme un motif suffisant, confirme le MSSS.

La santé publique de Montréal ne recommande pas la présence des proches en zone rouge

Mylène Drouin qui porte un masque.

La directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, a dû préciser une déclaration sur la présence de proches aidants dans des milieux infectés par la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alors que des CHSLD reçoivent beaucoup de demandes de visites de proches aidants, des déclarations de la directrice de santé publique de Montréal sont venues alimenter la confusion.

Mardi soir, en entrevue à l'émission 24/60, la Dre Mylène Drouin a déclaré : Normalement, dans les zones chaudes, on ne privilégie pas que le proche aidant soit là, sauf situation exceptionnelle, comme une fin de vie.

Son équipe a précisé mercredi avoir pris acte des assouplissements demandés par Québec et que sa position n'est qu'une « recommandation ».

Flou autour de la définition du proche aidant

Un homme photographié à travers des branches d'arbre.

Réal Migneault réclamait le droit de revoir sa mère, car sa présence la ramenait à la vie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Réal Migneault, dont l'histoire a contribué à assouplir la position du gouvernement du Québec, ne se définissait pas lui-même comme un proche aidant avant la pandémie de la COVID-19.

Officiellement, le gouvernement ne permet que les visites de proches aidants « significatifs », connus des établissements. Mais les CHSLD et les résidences réclament du ministère de la Santé une définition plus claire.

On craint que des gens s'improvisent proches aidants et se présentent dans les résidences.

Yves Desjardins, PDG du Regroupement québécois des résidences pour aînés

On parle de quelqu'un qui vient un minimum de quatre à cinq fois par semaine, affirme Michel Nardella, de l'Association des établissements de longue durée privés du Québec, pas la personne qui vient donner un petit coup de main une fois par deux semaines.

On peut s'attendre à ce que certains établissements profitent du flou.

Mélanie Perroux, coordonnatrice au développement du Regroupement des aidants naturels du Québec

Le Regroupement des aidants naturels du Québec attend d'autres précisions du ministère. Par exemple : que se passera-t-il si le proche aidant significatif est indisponible? Un résident pourrait-il nommer quelqu'un d'autre?

L'enjeu des tests

Une femme subit un test de dépistage de la COVID-19.

Les tests de dépistage ont débuté dans la clinique mise sur pied dans le quartier Saint-Michel.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour entrer dans les résidences aux prises avec des cas de COVID-19, les proches aidants devront signer une décharge de responsabilité.

Mais pour pénétrer dans les établissements sans COVID-19, ils devront présenter un résultat négatif à un test de dépistage, effectué moins de six jours auparavant. Le test sera ensuite répété aux 15 jours si la personne proche aidante désire poursuivre les visites, explique le ministère de la Santé du Québec.

Le problème, c'est que les tests sont réservés aux personnes présentant des symptômes. Ça prend absolument des cliniques de dépistage ouvertes aux proches aidants, même ceux qui n'ont pas de symptômes, a affirmé Johanne Audet, présidente du RANQ, en entrevue à Midi info.

Nous avons demandé au ministère de la Santé où et comment un proche aidant pourrait passer un tel test, mais la réponse se fait toujours attendre.

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