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Des milliers d'enfants n'auront pas de place en garderie lundi

Des milliers d'éducatrices pourraient aussi manquer à l'appel la semaine prochaine.

Des enfants écoutent une éducatrice leur faire la lecture.

Près de 6000 éducatrices pourraient ne pas revenir au travail d'ici les prochaines semaines.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le ministre de la Famille du Québec, Mathieu Lacombe, reconnaît que des dizaines de milliers d’enfants ne pourront pas réintégrer leur place en garderie lundi prochain en raison des ratios imposés aux services de garde, qui ne pourront accueillir que 30 % de leur clientèle habituelle, sinon jusqu’à 50 % en cas de besoin.

« Effectivement, il y a la moitié des enfants qui ne pourront pas y retourner et il faut vivre avec ça. C’est un fait. La seule alternative, c’est de ne pas ouvrir. »

— Une citation de  Mathieu Lacombe, ministre de la Famille du Québec

Selon le ministre Lacombe, qui répondait mercredi aux questions de l’opposition en commission parlementaire virtuelle, le gouvernement ne peut faire autrement, dans la mesure où il doit se plier aux consignes de la santé publique.

Il ne s'agit pas d'une décision politique, a assuré le ministre en se disant très conscient du fait que des milliers de familles devront se trouver un plan B au cours des semaines à venir.

Si vous pouvez garder vos enfants à la maison, ce serait une bonne idée de le faire, parce qu'évidemment, on ne pourra pas accueillir tout le monde. [...] Si vous connaissez quelqu'un qui peut venir faire de la garde à domicile, on vous encourage aussi à le faire. C'est possible, c'est permis, a conseillé Mathieu Lacombe aux parents du Québec.

Selon lui, deux choix s’offraient au gouvernement dans la situation actuelle : maintenir tous les services de garde fermés jusqu’à nouvel ordre ou les ouvrir en respectant un taux d'occupation de 30 %.

Le 30 %, c’est une cible qu’on a donnée au réseau […] de garder les plus petits groupes possible. On a aussi dit aux gestionnaires de garderie : "Si vous êtes prêts, vous pouvez aller entre 30 % et 50 % de votre capacité, ça respecte les recommandations de la santé publique", a expliqué le ministre de la Famille.

Le 27 avril dernier, le gouvernement Legault a annoncé la réouverture partielle des services de garde à compter du 11 mai en limitant les taux de fréquentation à 30 % de leur clientèle habituelle pour permettre aux parents qui le peuvent de retourner au travail.

Mais le fait que 30 % des enfants auront une place veut dire que 70 % n’en auront pas, a souligné l'opposition. Ce qui signifie que, dans une garderie de 80 places, 56 enfants devront rester à la maison où être dirigés vers d'autres ressources.

« Même si la majorité des parents pouvaient se permettre de garder leurs enfants à la maison, ça fait quand même des dizaines de milliers de parents qui se retrouvent sans place pour leur enfant et qui ne pourront pas retourner travailler. »

— Une citation de  Christine Labrie, députée solidaire de Sherbrooke

Un défi de taille, voire un véritable casse-tête pour de nombreuses familles qui ne peuvent plus compter sur l’aide des grands-parents en attendant le retour à la normale.

Les services de garde non reconnus mis à contribution

Pour leur venir en aide, Québec compte se tourner vers les milieux de garde non reconnus, qui pourront bientôt accueillir jusqu’à quatre enfants en attendant un retour à la normale dans les services de garde subventionnés.

Un programme d’aide financière pour ces milieux de garde non reconnus est d’ailleurs en préparation, a confirmé Mathieu Lacombe en précisant que c’est la première fois de son histoire que le gouvernement du Québec doit recourir à ce type de service pour répondre à la demande.

En ce qui a trait à l’attribution du 30 % de places qui seront disponibles dans les garderies dès lundi, le ministre Lacombe a expliqué qu’une liste de critères a été remise aux services de garde afin de les offrir en priorité à des travailleurs essentiels, comme ceux du réseau de la santé. Le ministre n’a toutefois pas voulu énumérer les professions et métiers qui auront priorité. Des choix devront être faits, a-t-il tranché.

Selon la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, qui a compilé des données sur le site Internet du gouvernement du Québec, il manquera environ 200 000 places en garderie, lundi, au Québec.

Des intervenantes manqueront à l'appel

Par ailleurs, environ 6000 intervenantes en petite enfance pourraient ne pas reprendre leurs activités dans les prochains jours en raison de leur état de santé ou de leur âge.

Ces données ont été recueillies par la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), qui a sondé ses membres.

On parle, par exemple, de personnes vulnérables, de gens qui ont des maladies chroniques, qui font du diabète, détaille la présidente de la FIPEQ, Valérie Grenon.

De ce nombre, on retrouve 3900 responsables de milieux familiaux, soutient-elle. Près de 20 000 enfants pourraient ainsi perdre leur milieu de garde.

On a fait le calcul. On est parti du principe que, dans un milieu familial, il y a en moyenne six enfants, reprend-elle.

« C'est vraiment un chiffre énorme. Ça veut dire qu'il y aura beaucoup de parents qui n'auront plus de places. Il faudra trouver des solutions. »

— Une citation de  Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ

Ces inquiétudes sont partagées par plusieurs organismes du milieu. L'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) évoquait de son côté qu'un tiers des responsables des milieux familiaux sont indécis quant à la reprise de leurs activités, ou ont carrément décidé de ne pas ouvrir.

Le FIPEQ demande une pleine rémunération des éducatrices

Selon la FIPEQ, le gouvernement du Québec devrait rémunérer à 100 % les éducatrices qui n'iront pas travailler dans les prochaines semaines. On leur dit de toucher le chômage, mais elles ne vont pas le faire longtemps et vont trouver un autre emploi, moins risqué, affirme Valérie Grenon. On souhaite que ces femmes puissent s'isoler, protéger leur santé et avoir leur salaire, afin qu'elles puissent revenir au travail dès que le réseau rouvrira entièrement.

Le nombre d'enfants concernés pourrait également être plus élevé, puisque la FIPEQ n'a pas sondé les milieux de garde privés non subventionnés.

Actuellement, on a des éducatrices qui sont sur la PCU [Prestation canadienne d'urgence] et qui ne veulent pas rentrer, confirme Marie-Claude Collin, présidente de la Coalition des garderies non subventionnées.

Ça nous angoisse, avoue également Samir Alahmad, qui dirige l'Association des garderies privées du Québec. On a des problèmes de personnel, on ne sait pas si nos éducatrices vont revenir au travail.

Il y avait déjà de la rareté de main-d'oeuvre, maintenant on va avoir une pénurie, craint Valérie Grenon. Des CPE pourraient trouver des remplaçantes, mais il va forcément y avoir des impacts, et des établissements vont peut-être devoir diminuer leur nombre de places.

Le ministre Lacombe prudent

En commission parlementaire, le ministre de la Famille n'a pas nié cette situation, mais a exhorté l'opposition à se montrer prudente face à ces données qui n'ont pas été validées par le gouvernement.

Je ne remets pas en doute ces chiffres, a-t-il néanmoins souligné. Ce sont des extrapolations d'un syndicat.

« Il y en a [des milieux familiaux] qui ne pourront pas rouvrir, mais on n'y peut rien. C'est bien correct, c'est une question de santé. On ne fera pas de miracles. Des places, on ne peut pas en inventer en claquant des doigts. »

— Une citation de  Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Le ministre Lacombe a cependant promis qu'une solution pourrait être trouvée pour tous les parents qui œuvrent dans le domaine de la santé. Je vais faire tout ce que je peux, a-t-il ajouté, en demandant l'aide de tout le monde.

Des équipements de protection pour les éducatrices

Des masques, lunettes de protection et gants vont être fournis par le gouvernement du Québec aux éducatrices. Les livraisons sont en cours, a précisé le ministre Lacombe. Selon l'AQCPE, chaque éducatrice pourra bénéficier de deux masques par jour.

Au total, près de 305 000 enfants fréquentent un service de garde au Québec.

Frais de garde : Mathieu Lacombe se défend d'avoir fait volte-face

Accusé par l’opposition d’être revenu sur sa parole, la semaine dernière, en déclarant que son gouvernement n’assumera pas les frais de garderie des parents en confinement jusqu’en septembre, comme il l’avait publiquement annoncé, Mathieu Lacombe a assuré l’opposition qu’il ne s’agit pas d’une volte-face de son gouvernement, mais bien d’une erreur de sa part, qu’il a reconnue à plusieurs reprises déjà.

Rappelons que le ministre avait dû rectifier le tir dernièrement en précisant que Québec n’assumera que jusqu’au 22 juin prochain les frais de garde des ménages québécois, et qu’après cette date les parents devront recommencer à contribuer pour assurer la place de leurs enfants en garderie subventionnée. Et cela, même si l’enfant n’a pas réintégré sa garderie.

Selon Mathieu Lacombe, en date du 22 juin prochain, cette mesure d’aide aux parents du Québec aura coûté plus de 75 millions de dollars.

Ne se disant pas convaincues qu'il s'agissait d'une erreur, la députée péquiste de Joliette, Véronique Hivon, et sa collègue libérale de Westmount-Saint-Louis, Jennifer Maccarone, ont invité le ministre Lacombe à faire amende honorable auprès des parents québécois en assumant leurs frais de garde comme promis à l'origine jusqu'au 1er septembre.

« Pendant cinq jours, c’est l’information qui a circulé. Je ne pense pas qu’on puisse qualifier ça d’erreur […] De toute évidence, c’est un changement de cap. »

— Une citation de  Véronique Hivon, députée péquiste de Joliette

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