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Déconfinement : apprivoiser sa peur de l’autre

« Même avec un retour à la normale, il y aura toujours une peur que la situation se reproduise ».

Des utilisateurs du transport en commun font la file à Vancouver.

Plus on a interiorisé l'image selon laquelle l'autre est dangereux, plus il sera difficile de « se réapprivoiser », selon des psychologues.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Même si la pandémie de la COVID-19 n’est pas endiguée et qu'un vaccin est loin d'être trouvé, les plans de déconfinement se succèdent au pays, notamment en Colombie-Britannique, où la stratégie de relance économique sera présentée mercredi. Ce « retour à la normale », qui n’en est pas un, sera marqué par un obstacle collectif à surmonter : la peur de l’autre.

Notre relation à l’autre a changé, lance d’emblée le professeur en psychologie de l'Université de Victoria, Frederick Grouzet. On a été bombardé de messages de peur, [des] messages qui ont pu développer une certaine peur de l’autre, remarque-t-il.

Un avis partagé par la professeure et titulaire d’une chaire de recherche en psychologie à l’Université d’Ottawa, Nafissa Ismail. On vit une situation qui demande énormément d’ajustement par rapport à l’autre, tant pour leur protection que pour la nôtre.

On ne sait plus parfois comment on doit agir.

Nafissa Ismail, professeure en psychologie à l’Université d’Ottawa

Mais à un certain moment, il va falloir s’apprivoiser, soutient Frederick Grouzet.

« Trop tôt »

Cet apprivoisement, les propriétaires du camion-restaurant Folie crêpes à Whistler, au nord de Vancouver, le trouve prématuré. C'est trop tôt, lance sans équivoque Bach Souayah. Je t'avoue qu'on est un peu stressé.

Bach Souayah et Leslie Trompeaux, posent dans leur camion-restaurant Folie crêpes.

«On va prendre toutes les précautions», assurent les propriétaires de Folie crêpes. Malgré tout, le risque d'attraper et de propager la maladie les inquiète.

Photo : Facebook/Folie crêpes

Ce n'est surtout pas l'envie de bosser qui manque à ses entrepreneuses d'origine parisienne. Mais on regarde ce qui se passe en France, et il y a toujours des [gens] qui ne prennent pas au sérieux la chose.

Je ne suis pas rassurée pour cet été, pas du tout.

Bach Souayah, copropriétaire de Folie crêpes

Une anxiété face à l’expérience vécue

Si on se compare à la France ou au Québec, le déconfinement sera différent en Colombie-Britannique, une province plutôt épargnée, parce que l’expérience vécue l’est aussi.

Or, tout dépendra de l’information retenue, note M. Grouzet : A-t-on retenu qu’il y avait moins de cas dans la province, donc moins de risque, ou a-t-on consommé des informations d’ailleurs?

Une femme portant un masque et sa fille dans un jardin de Vancouver.

Le trauma varie selon les personnes, les régions et les messages consommés. Une personne qui connaît une victime ou qui a eu très peur aura un trauma plus important, selon les experts.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

L’anxiété d’une personne dépendra davantage de l’information consommée que de la réalité.

Frederick Grouzet, professeur en psychologie de l'Université de Victoria

C’est pourquoi le message doit être soigné dans les institutions et dans les médias, fait-il valoir. Il ne faut pas, par exemple, que la peur devienne discriminante en raison de l'origine ou de l'âge, dit ce dernier.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Le traumatisme collectif d'un monde changé

Dans la mémoire collective qui est en train de se former, le traumatisme sera bien vivant, notent les experts. Il y aura un avant et un après, il y aura une génération COVID-19, insiste M. Grouzet.

Même avec un vaccin, il y aura toujours la crainte d’un nouveau virus. Même avec un retour à la normale, il y aura toujours une peur que la situation se reproduise.

Nafissa Ismail, professeure en psychologie à l’Université d’Ottawa
Des clients attendent en file à l'extérieur du magasin Costco de Burnaby, en Colombie-Britannique, le mardi 21 avril 2020.

La pandémie nous oblige à revoir notre société, notre culture, croit les experts.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Comme tout traumatisme, il y a un risque de syndrome post-traumatique mais surtout, une occasion de changer, de grandir, croit Frederick Grouzet : On peut soit se concentrer sur le danger et la peur, ou sur l'occasion d’entamer de nouvelles résolutions.

Nous vivons collectivement un moment où l'on peut réfléchir au genre de société et de culture qu'on veut.

Frederick Grouzet, professeur en psychologie de l'Université de Victoria

Le changement est brusque, et des parallèles sont à faire avec l'attentat terroriste du 11 septembre 2001. Or, dans le cas de la pandémie, le danger n’est pas lié à des notions politiques et de guerres, mais à des notions d'interactions avec les autres, explique M. Grouzet.

Ce sera ainsi tout l’aspect relationnel qui sera au coeur du changement sociétal qui suivra, conclut ce dernier.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure

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