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Le projet pilote de la GRC aiderait finalement les cadets francophones

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Des cadets de la Gendarmerie royale du Canada au centre formation de Regina.

Des cadets de la GRC pendant la cérémonie de fin de formation à Regina.

Photo : Reuters / Valerie Zink

Un an après la mise en place d’un projet pilote de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, estime que les plaintes reçues à ce sujet sont infondées et que le projet de la GRC vise plutôt à corriger les inégalités.

Auparavant, la formation policière suivie à l’école de la GRC à Regina pouvait être complétée dans l'une ou l'autre des deux langues officielles. Depuis avril 2019, elle est offerte seulement en anglais ou dans un format bilingue.

Lors de l’annonce de ce projet pilote de deux ans, le commissaire aux langues officielles lui-même avait affirmé que la situation semblait préoccupante et d’autres voix s’étaient élevées pour la protection du fait français dans les troupes de la police fédérale.

Des plaintes concernant l’abolition de la troupe unilingue en français avaient aussi été formulées et transmises au Commissariat aux langues officielles.

Dans son rapport préliminaire dont Radio-Canada a obtenu copie, le commissaire Raymond Théberge indique finalement que la décision de la GRC de modifier la formation aux cadets francophones est conforme au principe d’égalité réelle des chances d’emploi de la Loi sur les langues officielles.

En d’autres mots, la décision de la GRC vise à corriger les inégalités qui touchent l’un des groupes en lui offrant les ressources et la formation dont il a besoin pour obtenir des chances d’emploi réellement égales.

Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles du Canada

Jasmin Breton, commandant à la division Dépôt, abonde dans le même sens. Selon lui, il s’agit d’un « avantage pour les francophones » étant donné que les postes bilingues leur sont plus accessibles.

Partout au pays, il y a des postes bilingues, dit celui qui travaille à la GRC depuis 30 ans. La plupart des postes bilingues sont pourvus par des gens qui ont le français comme langue maternelle et sont devenus bilingues en apprenant l’anglais.

Toutefois, selon Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de science politique du Collège militaire royal du Canada, cette conclusion fait en sorte que le bilinguisme repose sur les épaules des francophones.

Au sein de l'institution, le message qu'on envoie est qu'on s'attend à ce que les francophones doivent parler anglais pour éviter que cela les retarde dans leur progression professionnelle. Tandis que les cadets anglophones ne font pas face à ce problème.

Le rapport rappelle que le principe d’égalité réelle des chances exige que tout groupe désavantagé doit recevoir les ressources dont il a besoin afin de pouvoir accéder aux occasions d’emploi. Toutefois, il n’exige pas que les Canadiens d’expression française et d’expression anglaise occupent un nombre égal de postes au sein d’une institution fédérale.

Selon le rapport, en novembre 2019, 17 657 postes d’agents de police de la GRC exigeaient l’anglais essentiel, 3477 étaient bilingues et aucun n’exigeait seulement le français.

Un exercice d'entraînement des cadets de la GRC.

Dans l’ensemble, 222 détachements de la GRC sont désignés bilingues (le public peut y obtenir des services dans l’une ou l’autre des langues officielles), 602 détachements sont des unités unilingues anglophones et un détachement est une unité unilingue francophone selon le rapport..

Photo : CBC News

La police fédérale a précisé que la plupart des détachements sont situés au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta, en Colombie-Britannique, au Yukon, au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest. Dans ces provinces et territoires, l’anglais est la principale langue officielle de travail ainsi que de communication avec le public et de prestation des services.

Puisque tous les postes que les cadets pourraient possiblement occuper exigent une certaine maîtrise de l’anglais, les cadets francophones doivent détenir un certain niveau de compétence dans leur deuxième langue officielle pour être admissibles à la formation, puis obtenir un emploi permanent d’agent de police. Quant à eux, les cadets anglophones n’ont pas à maîtriser une deuxième langue afin de pouvoir occuper un emploi au sein de la GRC, sauf pour les postes bilingues, mentionne Raymond Théberge.

Pas d’abolition de la troupe francophone

Selon le commissaire aux langues officielles, l’enquête menée d’avril à septembre 2019 a permis de déterminer que la troupe francophone n’avait pas été éliminée.

La GRC a souligné que le modèle de prestation amélioré permettra plutôt de faire passer le nombre de troupes francophones d’un à trois par année et, par le fait même, d’augmenter le nombre de cadets francophones qui réussissent la formation.

Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles du Canada

La GRC affirme que grâce au modèle de prestation amélioré, qui vise à renforcer les compétences en anglais des francophones, elle pourra au bout du compte accroître sa capacité bilingue à l’échelle nationale.

Raymond Théberge ajoute que la décision de modifier la formation des cadets francophones n’a pas été prise à la légère ou de façon expéditive. La GRC allègue avoir conçu son projet pilote après un sondage mené en 2017 auprès de diplômés de la troupe francophone et de leurs supérieurs. À ce moment, 84 % des répondants se sentaient plus ou moins aptes ou inaptes à remplir leurs fonctions après la formation intensive en anglais langue seconde.

Dans l’ensemble, la police fédérale a expliqué que 49 % des cours sont offerts en français, tandis que 44 % sont donnés en anglais. Le reste de la formation correspond à des examens et à des évaluations qui sont effectués en français ou en anglais selon la langue officielle d’évaluation préférée du cadet et le sujet du cours.

Après avoir assisté à un module en classe enseigné en anglais, l’enquête a permis de constater que les cadets de la troupe francophone reçoivent le matériel de formation dans les deux langues officielles et qu’ils peuvent interagir avec les instructeurs et les autres cadets dans la langue officielle de leur choix, témoigne Raymond Théberge.

La GRC compte évaluer en 2021 son projet pilote. Une évaluation que le commissaire aux langues officielles entend surveiller. Un rapport final doit normalement conclure l’enquête.

Avec des informations recueillies par Angie Bonenfant

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