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Les garderies submergées de demandes, malgré un nombre restreint de places

Les services de garde doivent faire face à « un vrai casse-tête » pour sélectionner les enfants qui pourront revenir dans leurs installations.

Des enfants dans une garderie

Il n'y aura pas de la place pour tous les parents qui souhaitent remettre leur enfant dans un service de garde dès le 11 mai.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« On est très surpris, on ne s’attendait pas à avoir autant de réponses de ce genre des parents. Le nombre de parents voulant remettre leur petit est vraiment très élevé », assure Samir Alahmad, le président de l’Association des garderies privées du Québec.

Alors que le gouvernement du Québec a limité, dans un premier temps, à 30 % le taux d’occupation des centres de la petite enfance (CPE) et garderies privées, subventionnées ou non, ces services de garde s’apprêtent à devoir faire des choix difficiles.

Un questionnaire a été envoyé en fin de semaine passée aux parents des enfants inscrits dans un service de garde, en leur demandant s’ils sont prêts à les ramener dès le 11 mai – ou 19 mai pour la région montréalaise – selon leur localisation.

Parfois, reprend Samir Alahmad, on a 75 % ou plus des parents d’une garderie qui veulent revenir tout de suite.

Le constat est identique du côté des quelque 1500 CPE de la province. Pour prendre la température de la situation, l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) a sondé ses membres. Le résultat est sans appel : 72 % des installations ont reçu des réponses qui dépassent le taux d’occupation imposé par Québec.

La demande est beaucoup plus grande. C'est un gros problème pour toutes les familles du Québec, confirme Geneviève Bélisle, la directrice de l’AQCPE, qui, elle aussi, a été étonnée.

« Le nombre d’appels de parents qui cherchent une place est vraiment immense. Certains pleurent, sont vraiment mal pris, en détresse, car ils doivent recommencer à travailler. »

— Une citation de  Geneviève Bélisle, directrice de l’AQCPE

Le ministère de la Famille, en collaboration avec le ministère de l’Économie, a pourtant établi une liste d’accès prioritaire à ces services de garde, en fonction de la profession des parents et de la réouverture du secteur économique.

La priorité est ainsi donnée à des travailleurs jugés essentiels, comme ceux œuvrant dans les soins de santé, les services de sécurité publique, les services gouvernementaux, le secteur de la construction, les activités manufacturières, de nombreux types de commerces, le secteur bancaire et financier, les transports ou encore les médias.

Mais rien qu’avec ce premier critère, des CPE dépassent le total des taux d’occupation. Il y a beaucoup de parents qui n'ont pas d'autres options, pas de plan B, souligne Geneviève Bélisle, qui se veut néanmoins prudente.

On ne savait pas comment les parents allaient réagir, mais on se dit que pour la zone chaude, à Montréal, la situation peut encore changer. Avec les dernières nouvelles, des parents pourraient encore changer de décision, imagine-t-elle.

Des choix, qui s'apparentent à un vrai casse-tête, devront néanmoins être faits par ces services de garde, ajoute-t-elle.

De nombreuses inquiétudes dans les milieux familiaux

Ce n’est pas tout. Potentiellement, des milliers d’enfants pourraient perdre, complètement, leur service de garde.

Selon l’AQCPE, également responsable des milieux familiaux reconnus, un tiers de ces responsables de service de garde sont indécis quant à reprendre leurs activités, ou ont carrément décidé de ne pas ouvrir.

L’AQCPE ne veut cependant pas chiffrer cette problématique, qui concerne également les enfants fréquentant un milieu familial non reconnu et non subventionné.

Entre un quart et un tiers de ces éducatrices, sur environ 5000, comptent arrêter de garder des enfants, confie Sophy Forget Belec, qui dirige l'Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés (AQMFEP).

Elles sont âgées, ont des problèmes de santé ou ont un membre de leur famille qui est malade. Faire rentrer le virus chez elles, ce n’est pas une possibilité, avance-t-elle.

« Les parents sont en panique, même des travailleurs essentiels, des médecins, des profs. Certains ne pourront pas retourner travailler et ça va être un choix déchirant. »

— Une citation de  Sophy Forget Belec, présidente de l’AQMFEP

Plusieurs parents ont d'ailleurs écrit à Radio-Canada pour faire part de leurs inquiétudes. Nous allons faire quoi? C’est pas tous les parents qui peuvent rester à la maison, surtout étant [des] services essentiels. C’est vraiment gros comme problème, a par exemple souligné cette mère de famille, infirmière, qui ne pourra plus emmener ses enfants en milieu familial.

On risque de déshabiller le système de santé, craint Sophy Forget Belec.

Un des deux parents risque donc, dans les prochains jours, d’avoir la tâche de s’occuper d’un jeune enfant qui ne pourra être accueilli dans un service de garde, tout en télétravaillant, si cette disposition est autorisée.

Jusqu’à maintenant, les parents avaient une routine et se partageaient les responsabilités familiales avec le travail à la maison. Là, ça va augmenter la pression sur un parent. Il va y avoir de la fatigue qui va s’installer chez les gens, c’est ce qu’on appréhende, avance Geneviève Béslisle.

Aux yeux de l'AQMFEP, c'est tout le réseau qu'il faudra revoir.

On était déjà en pénurie de places en service de garde au Québec, on était mal équipés. Le ministre devra prendre de grosses décisions, reprend Sophy Forget Belec.

Le ministre Lacombe au courant

Du côté du cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, on assure être au courant de ces inquiétudes et on demande de la flexibilité aux employeurs.

« On est en train de chercher des solutions en cas de débordements majeurs. »

— Une citation de  Antoine De La Durantaye, attaché de presse de Mathieu Lacombe

On souligne néanmoins que cette reprise est graduelle et que tout le monde doit s’adapter à cette épidémie et à ses conséquences.

La réouverture complète du réseau des services de garde est prévue pour le 22 juin.

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