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Une aide fédérale de 252 millions pour les agriculteurs canadiens

La Fédération canadienne de l’agriculture réclamait plutôt la création d'un fonds d'urgence de 2,6 milliards.

Une vache derrière un enclos

L'industrie bovine est importante dans les régions touchées par les feux de forêt en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Radio-Canada

Le gouvernement Trudeau a annoncé mardi une série de mesures totalisant 252 millions de dollars pour venir en aide au secteur agroalimentaire, durement touché par la pandémie de coronavirus.

Une somme de 125 millions sera notamment investie par l'entremise du programme Agri-relance, qui vise à soutenir les agriculteurs après une catastrophe naturelle, pour aider les producteurs de boeuf et de porc à s'adapter à la nouvelle réalité du marché.

L'argent doit aider à trouver des solutions à un épineux problème : faute de débouchés pour leurs produits, comme le steak ou le bacon, des producteurs doivent garder leurs animaux plus longtemps, ce qui entraîne d'importants coûts.

Puisque les restaurants et les hôtels sont fermés, de nombreux producteurs se retrouvent avec des surplus importants de certains produits.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Une somme de 77 millions doit aussi permettre aux transformateurs de fournir des équipements de protection individuelle à leurs travailleurs, mais aussi d'adapter leurs protocoles sanitaires.

Ça va aussi permettre aux transformateurs d’adapter leurs usines de façon à ce qu’on puisse produire plus de produits au Canada, a précisé le premier ministre.

Le reste de la somme, soit 50 millions de dollars, permettra au gouvernement d'acheter des produits alimentaires et ainsi d'éviter qu'ils soient gaspillés. Les produits doivent être acheminés vers des banques alimentaires.

C'est un premier investissement et, si on doit en faire plus, on va en faire plus, a déclaré Justin Trudeau en conférence de presse.

Justin Trudeau descend les marches de sa résidence, feuilles en main.

Justin Trudeau continue de donner ses points de presse quotidiens devant sa résidence officielle de Rideau Cottage, à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Les producteurs laitiers dans l'attente

Ottawa annonce aussi son intention d'augmenter de 200 millions de dollars la ligne de crédit de la Commission canadienne du lait. Cela nécessitera toutefois l'approbation de la Chambre des communes.

La Commission a déjà un programme en place pour entreposer et conserver les produits laitiers. Elle entrepose du beurre et du fromage depuis le début de la crise, et elle prévoit atteindre sa capacité maximale bientôt, a dit Justin Trudeau.

En augmentant la ligne de crédit de la Commission, on peut éviter de perdre des produits frais de chez nous et aider les producteurs laitiers à composer avec les conséquences de la crise.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Depuis le début de la crise de la COVID-19, des producteurs laitiers ont notamment été contraints de jeter une partie de leur production en raison de leur incapacité à l’écouler. Avec son plan, le gouvernement veut notamment éviter qu’une telle chose ne se reproduise.

Même si certains dons ont été faits à des banques alimentaires, nous n'avons pas actuellement la capacité pour redistribuer de telles quantités de nourriture. Et des producteurs n'ont pas eu d'autre choix que de jeter leur production, a convenu le premier ministre.

C'est une perte de nourriture et une perte de revenus pour les gens qui travaillent si fort pour la produire.

Des vaches dans l'étable.

Des vaches laitières dans une étable

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Loin de la somme demandée

L'annonce du gouvernement est loin de répondre aux demandes de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), qui a réclamé jeudi dernier la création d'un fonds d'urgence de 2,6 milliards de dollars pour aider l'industrie.

La FCA indiquait que la somme correspondait aux pertes accumulées jusqu'ici en raison de la fermeture de services d'alimentation ou d'usines de transformation alimentaire et de l'augmentation de coûts de main-d'oeuvre.

Elle plaidait que ces circonstances n'étaient couvertes ni par les programmes gouvernementaux annoncés pour contrer l'impact de la crise ni par les programmes de gestion des risques du ministère fédéral de l'Agriculture.

La FCA avait préalablement soutenu que ses membres ont un urgent besoin d’aide pour empêcher que des pénuries d’aliments ne se produisent au pays.

Dans une déclaration publiée il y a deux semaines, sa présidente, Mary Robinson, a exhorté Ottawa à faire de la production alimentaire sa plus grande priorité, après les soins de santé.

En l’absence d’un soutien réellement utile de la part du gouvernement fédéral, le système d’approvisionnement de notre pays est menacé, disait-elle, en arguant que les agriculteurs sont à un point de basculement.

Alors que les agriculteurs sont en train de définir leurs projets de plantation et de production animale pour 2020, nous devons avoir la certitude que nous ne ferons pas faillite à cause des répercussions de la COVID‑19 sur nos fermes et la chaîne d’approvisionnement alimentaire et que nous pouvons compter sur le gouvernement, écrivait-elle.

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Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse.

La ministre Bibeau temporise

Interrogée sur cet écart entre les demandes de la FCA et la réponse du gouvernement, la ministre fédérale de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a plaidé que les agriculteurs devraient se tourner vers les programmes de gestion des risques déjà existants.

Ces programmes – Agri-protection, Agri-stabilité, Agri-investissement et Agri-relance – sont gérés en collaboration avec les gouvernements provinciaux et versent environ 1,6 milliard de dollars par année aux agriculteurs, a-t-elle rappelé lors d'une conférence de presse suivant celle de M. Trudeau.

Ces programmes seront cependant modifiés pour mieux répondre aux circonstances actuelles, a-t-elle précisé.

Ainsi, la date limite au programme Agri-stabilité, normalement destiné à stabiliser les revenus des agriculteurs en cas de baisse des prix, a par exemple été reportée du 30 avril au 3 juillet.

Pour obtenir plus de liquidités, ceux et celles qui présentent une demande pourront par ailleurs obtenir une avance de paiement qui équivaut à 75 % des bénéfices anticipés, plutôt que 50 %, comme c'est le cas normalement.

Cela ne s'applique cependant que dans les provinces qui ont accepté d'agir de la sorte, soit le Québec, l'Alberta, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et l'Île-du-Prince-Édouard.

Qui plus est, le cadre Agri-relance sera modifié afin que les producteurs qui ont subi des pertes puissent réclamer 90 % des coûts exceptionnels admissibles, plutôt que 70 % à l'heure actuelle.

Agri-relance est habituellement mis en oeuvre lorsqu'une province en fait la demande; le gouvernement fédéral assume 60 % des coûts et la province, 40 %.

Mme Bibeau a toutefois annoncé mardi qu'Ottawa était prêt à verser sa contribution dans le cadre du programme, tout en laissant le choix aux provinces d'y contribuer ou non.

La ministre a aussi invité les provinces à élargir l'accès au programme Agri-protection, qui vise normalement à dédommager des agriculteurs pour les pertes liées à une catastrophe naturelle.

Elle souhaite que le programme puisse dorénavant couvrir des pertes engendrées par le manque de main-d'oeuvre qui pourrait venir compliquer la vie des producteurs de fruits et de légumes.

Selon la ministre de l'Agriculture, 11 200 des 13 000 travailleurs étrangers temporaires qui étaient attendus au pays en avril pour aider les agriculteurs canadiens sont bel et bien arrivés, soit une proportion de 86 %.

Lors de la récolte, dans plusieurs mois, il va y avoir besoin d'autres et de plus de travailleurs étrangers temporaires, et on est en train de travailler avec l'industrie pour s'assurer qu'on puisse subvenir à ces besoins, a souligné Justin Trudeau.

L'UPA déçue

En entrevue sur les ondes d'ICI RDI, le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, a fait part de sa déception quant à l'ampleur de l'aide financière annoncée par Ottawa.

C'est en deçà de ce que l'on espérait, a-t-il indiqué. La Fédération canadienne de l'agriculture avait demandé un fonds d'urgence de 2,6 milliards [de dollars] pour le secteur agroalimentaire [...] Alors, vous comprendrez que, même si on apprécie l'effort qui est fait, c'est en deçà des besoins que nous estimons et des attentes que nous avions.

Toujours selon M. Groleau, l'industrie agricole est aux prises avec divers problèmes, notamment la surproduction, en raison de l'arrêt des activités en restauration, ou la transformation des produits, puisque les abattoirs n'arrivent pas à transformer en raison du ralentissement des opérations. En outre, des secteurs comme l'horticulture ornementale sont « complètement perturbés ».

Et le président de l'UPA n'a que peu d'éloges pour les programmes de gestion de risque en agriculture, qui existent déjà depuis plusieurs années, mais qui ne permettent pas au secteur touché de traverser une crise comme celle que nous traversons actuellement.

Résultat, dit-il, les producteurs s'endettent et « l'industrie se fragilise ».

Une intervention spécifique d'urgence aurait été nécessaire.

Marcel Groleau, président de l'UPA

Pour éviter la surpopulation animale, par exemple, et ainsi faire en sorte que les producteurs n'aient pas à dépenser des sommes importantes pour nourrir et prendre soin des animaux qui attendent pour être envoyés à l'abattage, une préparation à long terme est requise, a précisé M. Groleau. À preuve, selon lui, les deux ans de prévoyance nécessaire avant qu'une génisse ne puisse donner du lait, par exemple.

Les producteurs ne peuvent pas agir à court terme sur un phénomène comme celui que nous vivons, actuellement.

Même son de cloche du côté de Rich Smith, directeur général des Producteurs de boeuf de l'Alberta. D'après lui, les programmes fédéraux actuels existent pour traiter des cas de surplus de produits transformés.

Ce que nous avons, en ce moment, est un surplus d'animaux... des boeufs qui n'ont pas été transformés. Les gens ne verront donc pas un surplus de boeuf en magasin; il n'y a pas de surplus sur les tablettes, a-t-il déclaré, lui aussi lors d'une entrevue par vidéo.

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