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La COVID-19 changera la dentisterie, comme le VIH il y a 30 ans

Le reportage de Sébastien Tanguay

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

La COVID-19 a mis la société sur pause, mais pas les maux de dents. Partout au Québec, les dentistes adaptent leur pratique pour soulager les patients dont le traitement ne peut plus attendre. Protections rehaussées et toiles de plastique en quantité : le coronavirus est en voie de transformer la profession, comme l’a fait le VIH il y a 30 ans.

À la Clinique d’endodontie de la capitale, une nouvelle phrase accueille les patients après le Bonjour! habituel depuis quelques semaines :

Votre téléphone dans le Ziploc, s’il vous plaît!

C’est devenu un rituel : tous ceux qui entrent doivent abandonner leur cellulaire dans le fameux sac à lisière. Pas question de se contaminer les mains à nouveau.

Personne ne peut s’empêcher de toucher son téléphone quand il sonne : pourtant, il n’y a pas pire, comme vecteur de microbes!

La Dre Marie Gosselin, propriétaire de la Clinique d’endodontie de la capitale

Avant l’arrivée d’un patient, les hygiénistes s’agitent pour préparer les salles d’opération.

En plus de la désinfection habituelle, chaque instrument — du microscope à la lumière, en passant par le fauteuil du patient et les chaises des dentistes — est enrobé de plastique à usage unique.

Plastique empilé sur une chaise de dentiste avec une hygiéniste en jaquette jetable jaune en arrière-plan.

Chaque point de contact est enveloppé d'une toile de plastique qui est remplacée après chaque patient.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Tous les outils susceptibles de soulever les aérosols de la bouche, comme les détartreurs et les fraises dentaires, sont quant à eux proscrits.

En plus de ces précautions, la Dre Gosselin songe à améliorer la ventilation de sa clinique flambant neuve pour accélérer l’évacuation de l’air.

En Saskatchewan, les cliniques rouvrent, mais les autorités demandent d’attendre deux heures après la désinfection d’une salle avant d’y accueillir un nouveau patient, indique la Dre Gosselin. Si je suis capable de changer 100 % de l’air plus rapidement, ça me permettra de soigner plus de monde.

Nous soumissionnons aussi pour construire des salles à pression négative, comme celles utilisées dans les hôpitaux.

La Dre Marie Gosselin, propriétaire de la Clinique d’endodontie de la capitale
La Dre Marie Gosselin rivée aux lunettes d'un télescope recouvert d'une toile de plastique.

Le microscope qui sert aux interventions est lui aussi recouvert de plastique pour prévenir le dépôt des gouttelettes et des aérosols susceptibles de propager la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Des mesures radicales, mises en place pour un nombre minime de patients : seuls les cas les plus urgents sont désormais admis en clinique.

Tous les dentistes ont vu 99 % de leurs revenus disparaître du jour au lendemain, souligne la Dre Gosselin.

La mise sur pause a eu un impact colossal sur le nombre de traitements effectués.

Normalement, j’aurais vu 600 patients en un mois et demi, confirme le Dr Philippe Martineau, parodontiste et vice-président de la Fédération des dentistes spécialistes du Québec.

J’en ai vu deux.

Une hygiéniste porte une visière de la marque CCM.

Le port des visières pourrait devenir la nouvelle norme sanitaire après la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

COVID-19 : les services ouverts ou fermés dans votre région

Du VIH à la COVID-19

Tous les dentistes le diront : l’asepsie, ou la prévention des infections, est une seconde nature dans leur métier.

C’était avant que la COVID-19 ne bouleverse les habitudes. Cette maladie se dévoile, mais à pas de tortue, et en attendant d’avoir des certitudes, les dentistes avancent vers l'inconnu.

Nous naviguons à vue, explique le Dr François Boulanger. J’ai le sentiment d’être un étudiant qui fait face, pour la première fois, à un problème dont j’ignore la solution.

François Boulanger assis devant un mur de briques.

Le Dr François Boulanger a commencé sa pratique en 1989, en pleine épidémie du VIH.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Pourtant, le Dr Boulanger a commencé sa carrière en 1989, en pleine épidémie de sida.

Oui, le VIH nous préoccupait, mais je dirais que le drame est plus grand aujourd’hui. À l’époque, nous n’avions pas fermé la société et l’ensemble de l’économie.

Le Dr François Boulanger

Le président de l’Ordre des dentistes du Québec, le Dr Guy Lafrance, a lui aussi travaillé pendant l’épidémie du VIH. Nous avions appris à considérer tous les patients comme des porteurs potentiels, se souvient-il. C’est à la suite du VIH que le port du masque et des gants chirurgicaux est devenu systématique dans la pratique.

La stérilisation systématique de chaque instrument après le passage d'un patient est aussi héritière de l'épidémie du VIH. Autrefois, seule une désinfection des outils était obligatoire.

Une lumière enrobée par une toile de plastique.

La lumière utilisée lors des opérations est elle aussi enveloppée dans une toile de plastique.

Photo : Radio-Canada

L’épidémie d’aujourd’hui, comme celles d’hier, amènera la pratique ailleurs, croit la Dre Gosselin.

Les nouvelles procédures vont devenir la norme. Je ne crois pas que nous allons revenir à notre pratique d’autrefois.

Le stress qui accompagne maintenant chaque traitement va lui aussi persister encore longtemps.

C’est comme si nous sommes constamment surveillés. Est-ce que j’ai bien mis mes protections? Est-ce que je me suis contaminée? Est-ce que j’ai contaminé mon patient? Est-ce que je me suis touché le visage? Est-ce que j’ai touché mon masque?

La Dre Marie Gosselin

Avec la COVID-19, le stress a augmenté d’un cran, conclut la Dre Gosselin. Pour la première fois de ma vie, mon travail est un travail : il n’y a plus le même plaisir, il y a une lourdeur nouvelle sur nos épaules.

La légèreté d’avant, c’est ça que je trouve le plus difficile à perdre.

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