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Portes closes dans les centres de traitement des dépendances

Un homme fume une cigarette à l'extérieur d'un établissement.

Claude, un consommateur de cocaïne, fume une cigarette après l'entrevue.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Environ la moitié des ressources en dépendances de la province ont cessé les nouvelles admissions en raison de la pandémie de COVID-19. Malgré le fait qu’ils soient considérés comme des services prioritaires par le gouvernement du Québec, plusieurs centres de thérapie n’ont pas la capacité de rouvrir. Déjà, une personne est morte d'une surdose après s’être butée à des portes closes.

Polytoxicomane, Claude est au bout du rouleau. Au cours des derniers mois, l’homme de 64 ans a fait plusieurs surdoses et il craint aujourd’hui d’y passer. Il attend avec impatience une place au Sentier du nouveau jour, à Lantier, dans les Laurentides.

Depuis le début de la crise, le centre de traitement des dépendances est incapable d'accueillir de nouveaux résidents.

Ça fait 10 jours que je suis prêt, dit-il en prenant une bouffée de cigarette. L’attente, ça me tue. Je suis au bord du précipice. Si je ne me reprends pas, la prochaine fois, je vais y rester.

Il y a un mois, une personne qui a cogné à la porte du Sentier du nouveau jour est morte de surdose quelques jours plus tard. Président du conseil d’administration du centre, Renato Badalone avance qu’il n’avait pas l’autorisation nécessaire du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides pour ouvrir une salle de confinement pour les nouveaux résidents.

On reçoit des appels de détresse. Et pour les gens avec des problèmes de dépendance, c’est un rejet de plus.

Renato Badalone, président du C. A. du Sentier du nouveau jour

Par courriel, le CISSS explique qu’il suit les orientations ministérielles, les directives et les modalités associées à la période de pandémie. Ainsi, la réception des demandes de la population est assurée par les équipes. Toute demande qui présente un risque de préjudice (surdose, sevrage, rechute, absence de domicile, etc.) est prise en charge.

Livraison d’urgence

Pour accélérer la réouverture du centre, le Dr Jean Robert, spécialiste en microbiologie-infectiologie et pionnier de la médecine communautaire au Québec, a livré une cargaison d’équipement de protection provenant de sa clinique de Saint-Jérôme, le Centre sida amitié.

La fermeture des admissions a causé des catastrophes, observe le médecin. Le système a ces décès-là sur la conscience. Si tant est que le système en ait une.

À 81 ans, le Dr Robert continue de visiter ses patients dans les centres de thérapie de la région. Dans les années 1960, après avoir contracté la tuberculose, il a vécu un an en sanatorium. Le confinement, il connaît.

Je suis en forme et j’ai fait ça toute ma vie. Je ne me prive pas de travailler parce que c’est tellement riche comme enseignement. Je prends du plaisir à faire ça. Des virus, j’en ai déjà vu d’autres. Je fais attention. Si je l’attrape, ben coudon

Difficultés financières

Jeudi dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a annoncé une aide d’urgence de 3 millions de dollars qui sera versée aux ressources d'hébergement en dépendance.

En plus des difficultés d’approvisionnement en matériel de protection, plusieurs centres se retrouvent dans le rouge. De nombreux établissements sont financés en fonction du nombre de résidents.

Nous voulons assurer la sécurité de nos usagers, donc on diminue les taux d’occupation, affirme le directeur général de l’Association québécoise des centres d'intervention en dépendance, Vincent Marcoux. La distanciation sociale apporte des pertes financières.

Des membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs en intervention communautaire de la CSN collent des papiers sur la porte de la Direction générale de la santé publique du Québec.

Des membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs en intervention communautaire de la CSN collent des papiers sur la porte de la Direction générale de la santé publique du Québec.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Ras-le-bol

Depuis plus d’un mois, les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs en intervention communautaire demandent eux aussi au gouvernement provincial de l’équipement de protection et le financement nécessaire pour assurer la sécurité des intervenants et de la clientèle. Il y a quelques jours, des membres ont organisé un coup d’éclat à la Direction régionale de la santé publique, à Montréal. Ils ont placardé l’entrée du bâtiment d’affiches détaillant leurs revendications.

Avec le resserrement des contrôles aux frontières, l’approvisionnement en drogues est aujourd’hui plus difficile, remarque leur porte-parole, qui souhaite garder l’anonymat, par peur de représailles.

La qualité de la dope va baisser, et il y a de moins en moins d’intervenants sur le terrain, dit-il. Il va y avoir une augmentation des surdoses. Nous, on regarde ça et on se fait dire de continuer à faire notre job comme si de rien n’était.

Pour l’instant, le MSSS souligne que le Québec ne semble pas être en situation d’excès de surdoses de drogues ou d’opioïdes. Mais les intervenants du milieu communautaire craignent aujourd’hui une nouvelle crise.

Un centre comme le Sentier du nouveau jour, c’est un hôpital pour les gens de la rue et les toxicomanes. Quand ils appellent, c’est une urgence. Et quand on leur dit non, c’est l’équivalent de fermer nos hôpitaux.

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