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Reprise économique : les garderies restent dans le flou

Des enfants écoutent une éducatrice.

Beaucoup de garderies ne savent pas si elle pourront accueillir tous les enfants d'ici l'été.

Photo : Radio-Canada

Si l’activité économique reprend vie doucement au Manitoba, les garderies ont de la difficulté à entrevoir de quoi demain sera fait. Elles tentent de répondre à la demande tout en respectant leur nouvelle réalité sanitaire.

Un retour de l’activité économique, cela veut dire le retour au travail de certains au Manitoba et, donc, le retour des besoins en service de garde.

Cela a l'air d'une bonne nouvelle. Après deux mois d’inactivité, certaines garderies accusent déjà le coup du ralentissement économique.

J’ai perdu toute la clientèle. Des familles ont perdu leur emploi. J’ai une garderie qui est un peu déserte en ce moment, constate avec tristesse le directeur de la garderie familiale les Bisons bricoleurs, à Saint-Boniface, Laurent Poliquin.

Ainsi, de 3000 à 3500 $ par mois se sont envolés. Laurent Poliquin reconnaît que le téléphone ne sonne guère pour des demandes de garde.

Pour Mariem Manga, de la garderie familiale Isabelle Courtois, la reprise est en revanche présente, bien que timide.

Depuis lundi, j’ai un deuxième enfant [à garder] parce que sa mère est infirmière. Les autres sont avec leurs parents. Mais c’est temporaire, ce n’est pas un des enfants que je garde habituellement, explique-t-elle.

Elle ajoute avoir reçu d’autres appels depuis l’annonce de la reprise, mais les parents n’ont pas donné suite.

Selon elle, le fait d’être inscrite comme garderie subventionnée sur le site de la province est un coup de pouce.

Des garderies rurales très sollicitées

À l’extérieur de Winnipeg, la situation de certaines garderies est tout autre.

Alors que le maximum d’enfants a été fixé à 16 dans la province, la garderie Les petits amis, à Sainte-Anne, accueillait déjà 14 enfants lundi.

C’est parce qu’il y a des garderies qui ont fermé leurs portes. J’ai deux enfants qui viennent d’une autre garderie à côté et un autre loin d’ici. J’ai encore reçu d’autres appels de personnes qui cherchent des places, explique la directrice, Syvelie Mesidor Vanéus.

À Lorette, la garderie Les Chouettes se prépare à recevoir une douzaine d’anciens enfants.

Des choix à faire parmi les enfants

Puisque le nombre d’enfants est limité, les garderies ont dû trouver des façons de choisir ceux qui seront acceptés.

La directrice des Chouettes de Lorette, Juliette Chabot, explique que la priorité est donnée aux anciens clients et notamment aux travailleurs de première ligne.

Ce sont des anciens enfants dont les parents sont déjà au travail ou ce sont des travailleurs de première ligne. Je pense que ça va être difficile de prendre d’autres enfants, affirme-t-elle.

Juliette Chabot (archives).

Juliette Chabot regrette un manque d'information de la province concernant les démarches à suivre dans les prochains mois.

Photo : Radio-Canada

Mariem Manga donne également la priorité aux anciens parents.

Les parents habituels ont la priorité parce qu’ils payent leur place, explique-t-elle. Elle ajoute que dans la mesure où sa garderie est ouverte, elle n’est pas responsable de la décision des parents de garder leurs enfants à la maison.

Syvelie Mesidor Vanéus, de la garderie Les Petits amis, espère de son côté que d’autres garderies ouvriront dans les prochains mois pour libérer des places.

Pour l’instant, j’ai trois enfants qui ne sont pas de ma garderie. Je pense que les garderies qui sont fermées maintenant vont rouvrir et ça va me libérer, explique-t-elle.

Toutefois, il faudra encore attendre, car le médecin hygiéniste en chef de la province, Brent Roussin, a rappelé lundi qu'un retour à un service de garde normal n'est pas quelque chose qui va arriver dans cette phase, en faisant référence au plan de réouverture de l'économie de la province.

Difficile de se réorganiser

La pandémie pose un problème d’effectifs, mais également des difficultés logistiques.

On fait le ménage plus souvent. On pose aussi des questions aux parents quand ils arrivent chaque matin, sur la toux, la fièvre. Depuis lundi, on prend la température de chaque enfant et on a des formulaires bilingues pour vérifier les symptômes, les contacts avec d’autres personnes.

Syvelie Mesidor Vanéus, directrice de la garderie Les Petits amis

Il n'est pas simple de se procurer le matériel comme les gants et les masques. La garderie Les chouettes de Lorette a ainsi décidé de reporter la date de son ouverture, le temps de trouver ce qu'il lui faut.

La province a demandé aux garderies ce dont elles avaient besoin, mais les produits n’arrivent pas assez vite.

J’ai besoin de trouver des masques et des thermomètres. J’ai parlé avec ma coordinatrice [à la province] pour qu’elle puisse nous en trouver, mais, pour le moment, je veux au moins avoir quelque chose déjà en place. Il y a des choses qu’on doit faire nous-mêmes, explique Juliette Chabot.

Syvelie Mesidor Vanéus n’a guère eu plus de chance. Je n’avais pas de gants et les masques étaient difficiles à trouver. Ils m’ont juste donné un paquet de masques et dix autres dans un ziplock, raconte-t-elle en précisant qu’elle les utilise avec parcimonie.

Des budgets difficiles

La reprise timide de l’économie laisse les garderies dans une position d’incertitude quant à la possibilité de reprendre normalement leur activité.

À Lorette, tout le personnel de la garderie est pour l’heure mis à pied temporairement. J’ai juste rappelé trois personnes. Financièrement, on ne peut pas reprendre tout le monde. Il va aussi falloir faire l’entrée graduelle avec notre personnel. C’est un peu effrayant parce qu’ils peuvent choisir de ne pas revenir, explique Juliette Chabot.

Elle ajoute : J'ai posé la question à la province et on ne sait toujours pas comment on va gérer les demandes supplémentaires.

Si la garderie reçoit toujours les octrois de la province, qui couvre jusqu'à 70 % de son budget, la directrice accuse le coup de la perte des frais des parents et se prépare à ce que l’aide du fédéral ne soit pas éternelle.

D’autres, comme Syvelie Mesidor Vanéus, s'inquiètent des réductions budgétaires demandées par la province dans le secteur de l'éducation, alors que leur service est rattaché à une école.

Si les écoles doivent diminuer de 30 % leur budget, il se peut qu’on ne puisse pas avancer. On vit avec la subvention, souligne-t-elle.

Laurent Poliquin et un enfant (archive).

Laurent Poliquin ne prévoit pas de reprise pour sa garderie avant que l'école ne recommence.

Photo : Radio-Canada / Radja Mahamba

Enfin pour les autres comme Laurent Poliquin, c’est un travail à recommencer.

J’ai l’impression que je vais récupérer quelques clients, mais peut-être pas tout le monde. Il faudra refaire une démarche pour retrouver de la clientèle. On a sans doute besoin d’un 6 mois pour redémarrer la machine, conclut-il.

Notre dossier COVID-19 : les services ouverts ou fermés dans votre région

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