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COVID-19 : l’Association des libertés civiles réticente quant aux applications de traçage

Ces applications soulèvent des préoccupations majeures quant au respect de la vie privée.

L'image du coronavirus apparaît sur l'écran d'un téléphone intelligent que tient dans ses mains une femme vue de dos.

Le gouvernement fédéral a été approché par de nombreuses firmes afin de développer une application pour repérer les cas de coronavirus au pays.

Photo : Getty Images / DIRK WAEM

La Presse canadienne

Des membres de groupes de défense de la vie privée s’inquiètent au sujet de propositions avancées un peu partout au pays de créer des applications mobiles de suivi numérique qui avertissent les gens ayant croisé le chemin d’une personne contaminée par le coronavirus.

Le Nouveau-Brunswick, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador et la Saskatchewan sont des provinces qui envisagent une telle initiative. L’Alberta est la première province à être allée de l’avant en lançant son application vendredi dernier.

Seul le Québec a manifesté des réticences claires quant à l’utilisation de la technologie liée au traçage de contacts et aux applications de ce type. Dans une déclaration, le ministère de la Santé insiste sur le fait que la géolocalisation ne peut pas remplacer la recherche de contacts mise en pratique par les agences de la santé publique.

Surtout, ajoute le Ministère, elle ne doit pas rendre possible l’identification d’un individu, particulièrement une personne souffrant de la COVID-19.

Ces applications permettent de retracer qui sont les gens avec lesquels une personne est entrée en contact en se servant du signal Bluetooth d’un appareil. L’utilisation de cette technologie et l’information que l’application peut stocker sont devenues le sujet de débats au Canada.

Un homme porte un masque sanitaire et consulte son téléphone mobile dans le métro de New York.

Plusieurs provinces canadiennes examinent la possibilité d'avoir recours à une telle application.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

L’Association canadienne des libertés civiles s’interroge sur les questions liées à la surveillance et sur la façon dont l’information sera partagée.

Une telle demande de la part d’un État démocratique est vraiment une extraordinaire invasion de la vie privée, déclare Brenda McPhail, directrice du projet sur la protection de la vie privée, la technologie et la surveillance au sein de l’ACLC.

Selon Christopher Parsons, associé de recherche principal au Citizen Lab, un laboratoire interdisciplinaire basé à l'École Munk des affaires internationales de l’Université de Toronto, les gouvernements ont possiblement de bonnes intentions, mais ils doivent être prêts à faire face aux conséquences à long terme de la collecte de telles données.

Lorsque nous mettons au point ce genre d’outils ou d’applications, nous entrons dans une toute nouvelle catégorie ou forme de surveillance, mentionne-t-il. Nous n’avons jamais eu un tel niveau de surveillance dans ce pays, dit-il.

Si le gouvernement ne précise pas quelles données les organisations gouvernementales pourront ou ne pourront pas recueillir avec n’importe quelle application de suivi, ça va presque certainement priver les individus de certains droits

Christopher Parsons, associé de recherche principal au Citizen Lab

La réaction à divers ordres gouvernementaux au sujet de la création et de l’implantation de telles applications a été mitigée.

Le premier ministre Justin Trudeau a reconnu que le gouvernement fédéral avait reçu un certain nombre de propositions, mais il comprend que les Canadiens et Canadiennes tiennent à leur vie privée et ont besoin de certaines garanties.

Vendredi, l’Alberta a lancé son application, nommée ABTraceTogether. Elle utilise le signal Bluetooth pour trouver les utilisateurs et utilisatrices, et si une personne est atteinte de la COVID-19, l’application va joindre les gens avec lesquels cette personne pourrait être entrée en contact.

À Singapour, une application mobile qui utilise la technologie Bluetooth informe les gens quand ils ont eu des contacts étroits avec des personnes chez qui la COVID-19 a été détectée.

L'application de suivi de Singapour se nomme TraceTogether.

Photo : AFP / Getty Images / CATHERINE LAI

La province affirme qu’aucun renseignement personnel n’est échangé entre les personnes se servant de l’application et que les données de géolocalisation ne sont pas collectées.

Un porte-parole du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick a déclaré que son application allait permettre de diagnostiquer les personnes atteintes de la COVID-19 et d’envoyer un message anonyme aux gens avec lesquels elles sont entrées en contact.

D’autres provinces prônent une approche plus prudente. La Colombie-Britannique ne songe pas, à l’heure actuelle, à aller de l’avant avec une telle initiative, tandis que du côté du ministère de la Santé de l’Ontario, on a fait savoir qu’aucune décision n’avait été prise.

Le sujet a incité le commissaire à la vie privée du Canada à suggérer aux gouvernements une manière d’encadrer pareille pratique.

Pendant une crise, les lois peuvent être appliquées avec flexibilité et de façon contextuelle, mais elles doivent continuer de s’appliquer. Le cadre que nous proposons vise à mettre l’accent sur ce que nous croyons être les principes les plus importants dans le contexte, sans abandonner les autres, a fait savoir le commissaire, Daniel Therrien.

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